Voy. Caractère de Tkucijdide, ch. xxxir, fln
jM,Googlc
DENYS D'HALIGABNASSE TUÊOBICIEN 369
à 8on sujet une série de questions, arrélàcs d'avance et toujours les mêmes; c'est dresser .«on signalement sui vant un formulaire, qu'il s'agit simplement de remplir. Comment ce procédé monotone se prèterait-il à une étude vraiment vivante des esprits? C'est d'ailleurs, il faut le reconnaître, celui de touto la critique ancienne, de Cicéron en particulier '. Mais Cicéron atténue les défauts de sa méthode par la largeur de son plan, par la force de ses idées générales, par sa connaissance des hommes, par sa finesse et son éloquence naturelles. Denys, au contraire, les rend souvent plus sensibles par un dogmatisme raide, qui sent l'école, et par une certaine étroitesse de vues, que sa sincérité un peu âpre fait encore ressortir.
Admirateur passionné do Démoitthënc, il le considère volontiers comme la règle même du style oratoire. C'est de lui qu'on doit apprendre le choix des mots et l'art do les assembler '. Jugement fondamental en quelque sorte, surlequel reposent tousses jugements particuliers. £t non seulement cette superstition d'un orateur unique l'empêche d'être juste pour les autres, mais elle nuit même à rappréciation qu'il fait de celui-là. Ses vues sur Démosthènc, dominées par son parti pris, manquent de variété, et par conséquent aussi d'un certain degré de vérité. Il semble, à l'entendre, que le génie du grand orateur soît fait surtout d'une combinaison étonnante de petits calculs et d'une prodigieuse série de réussites partielles. Ainsi, ce qui nous frappe le plus en lui, c'està-dire la vie, le mouvement, la puissance de la dialectique, sensibles jusque dans les moindres détails de la
I. Consnlter aur e« point la préface de l'édition du Brutu* do J. Martha. Paris, 1892.
S. Arrang. des mott. ch. xtiii: 'Opoî yàp îf, tiî Ioth ixiOTilî t' ivoiiàtm ta\ xâUiouc vuvSiaiuc 4 A*)t»aSivi)(.
Hiit. da 11 Litt. ifraeqDe. — T. V. 24
jM,Googlc
phrase, voilà justement ce que Denys fait le moins res- Bortir.
Ces défauts, il faut l'avouer, sont de nature à rebuter un lecteur moderne. Mais il ne semble pas qu'ils aienl été aperçus de mt^me par les contemporains, ni, à plus forte raison, par les rhéteurs des âges suivants. Les uns et les autres appréciaient avec raison l'érudition de Denys, la justesse de son esprit, sa finesse dans le discernement des ressemblances et des différences, la solidité de sa doctrine, son goût dans le choix des exemples. De plus, ils se sentaient touchés, comme nous et plus que nous, par la vivacité de ses admirations, par cette sorte de foi communicative, qui faisait de lui le défenseur des traditions classiques. Ainsi s'explique la grande autorité dont il semble avoir joui dans son milieu et qui s'est perpétuée ensuite dans les écoles '. Quant à son influence immédiate, qu'il ne faut pas exagérer, elle fut certainement utile. 11 contribua, pour une certaine part, à cette amélioration générale du goût el à cette sorte de restauration du souci de bien écrire, qui se manifesta alors dans le monde grec '.
Persuadé qu'il possédait à fond les secrets du style, Denys eut l'ambition de les mettre en pratique dans une composition historique de longue haleine. Ce fut
1. On a TU plus haut que Qulnlilion le cite avec boniieur. Cbei les Byzantins, il 6lait ilt-vonu tout à fail granJ homme. Uu rbéteur du XI' siècle, Doxopater, l'appelle iiovùmo; ô iUt*;. o ttic f|)iiTif«( tt)(»ilî xafliiYT.Tiiî )i«i jtsTiip iT^aflôc -fîvdiiEïoc iRhel. gr. de Walz, t. VI, p. 17, 0).
2. Voyez F. Blass, Die grieckische Beredtamktit in dem Ztiiriam von Alexander bit auf Augustut, Berlin, 186S, ch. ti.
jM,Googlc
DËKTS D'H&LIiJARNASSE HISTORIEN 371
Bans (louto la raison principale qui lui Gt écrire son grand ouvrage intitulé Antiquité romaine ('P«(i.xÏkt5 cip- ^aïoloyix), c'est-à-dire Histoire primitive de Borne.
L'histoire de Rome éLaiL devenue, par suite des événements qui avaient changé la face du monde, le plus grand et le plus beau sujet historique qu'il y eut alors. D'autres Grecs, comme on l'a vu, avaient déjà raconté, depuis un siècle et demi, la série de victoires qui, à partir des guerres puniques, avaient fait du peuple romain le maître di^ monde. Mais l'histoire des premiers siècles, si curieuse, si riche d'enseignements, si nécessaire à l'intelligence des temps ultérieurs, aucun d'entre eux encore ne l'avait retracée en détail '. Denys comprit qu'il y avait là matière à une grande œuvre, et il crut pouvoir l'accomplir.
Le plan qu'il con<;ut était aussi large que possible. Partant de la fondation de Rome., son récit s'étendait jusqu'à la première guerre punique, c'est-à-dire jus- <}u'au temps où commençait celui de Polybe Ml embrassait doue cinq siècles ; et, dans cette longue période, l'auteur se proposait de mener de front l'histoire des institutions et des moeurs avec celle des guerres et des traités. Il voulait que son ouvrage fût utile aussi bien aux hommes d'Étal qu'aux hommes de guerre, et qu'il fournil en outre une lecture pleine d'intérêt à tous Ice esprits curieux ^
Pénétré de l'importance de sa tàcbe, Denys, malgré ses préoccupations littéraires, voulut s'y appliquer sérieusement. De l'an 30 à l'an 8 avant notre ère, il fut à l'œuvre cAistammenl pour réunir ses informatioiis,
i. Hiti. prim. de R., I, ch. tiii, fln.
2. li formait Sï livras. Nous possédons encore les H premiers, k pea préa compleU, et seulement un certain nombre de fragmenlB des 9 derniers.