FL. JOSEPH; SA VIE
Il y avait alors près de deux cents ans que l'histoire du peuple jutf était vraiment entrée dans le cercle des connaissances helléniques. Et toutefois aucun grand ouvrage d'ensemble ne l'avait encore mise, comme un tout, à la portée des Grecs instruits et curieux. L'extension du judaïsme à travers te monde gréco-romain rendait une œuvre de ce genre chaque jour plus désirable. On rencontrait les Juifs sur tous les points de l'Empire, partout organisés en communautés,, gardant leurs lois, leurs mœurs, leur religion, partout actifs et industrieux. Il était naturel qu'on désirât savoir qui ils étaient, comment ils avaient vécu jusque-là, d'oii leur venaient ces lois si particulières, en un mot quel était leur passé, en tant que race et nation. La guerre furieuse qui éclata en Judée sous Néron donna encore à ces questions un intérêt beaucoup plus vif; et quand le général qui avait commencé cette guerre fut devenu lui-môme empereur, quand son fils, Titus, y eut mis fin, en 70, par la prise de Jérusalem après un siège mémorable, il arriva que l'histoire àa Juifs se trouva liée jusqu'à un certain point à celle do la nouvelle dynastie, puisque la gloire de Vespasicn et celle de Titus provenaient surtout de leur triomphe judaïque.
Or, justement en ce temps, un homme put se croire désigné parles circonstances pour devenir l'historien de la Judée.
Issu d'une famille sacerdotale, Flavius Joseph naquit à Jérusalem en l'an 37 ap. J .-C. ' Par les soins de son père Matthias, il reçut dans sa ville natale une éduc lion qui dut être exclusivement juive*. Do seize à dix-
I. La principale source de la via de Joseph est Bon Aulobiograpkie . Voyei aussi les deui notices de Suidas.
!. Anliq. juive, ch. m, !, ot il explique comment il n'a pas appris le grec de bonne heure, et où il dit, en parlant de ses conipalrioles '. H&voi; Sk aa^ivi [laprvpoûai toI; Tct vi|j,i[ta oaf û( imoiait^voi; u'i Ti|V lûv Iipùv Tpa|i|tiiu>v t-Jv>|iiv ip|ii)vtÛ9Bi .tuvatiivait'
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neuf ans, il s'attaclia à un ermite, nommé Banous, et vécut avec lui au désert. Rentré dans le monde en l'an 53, il embrassa les principes austères des Pharisiens, qui étaient, comme il i'a dit luî-mémc, les Stoïciens da judaïsme, et il prît part dés lors aux atTaires de son pays. A vingt-six ans, en 63, sous le règne de !Néron, 1 fut chargé d'aller négocier à Rome la liberté de quel- ]ue8 prêtres juifs, qui avaient été jetés en prison poui les motifs arbitraires. Grâce à la faveur de Poppéc, non seulement il réussit dans sa mission, mais il revint chez lui chargé de présents.
A co moment, la Judée commençait à s'agiter. Joseph fut un des agents les plus actifs du conseil sacerdotal de Jérusalem, qui essayait de résister à l'enlraincment du peuple, sans se compromettre auprès de Jui. Envoyé en Galilée, il dut à la fois négocier et combattre, et y courut les plus grands dangers. A la fm, il fallut en venir à la guerre ouverte avec les Romains (t;6 ap. J,-C.). Défait par Vcspasien, alors général de Kéron, à Garis, assiégé par lui dans Jotapata, Joseph fut pris. Mais, s'il faut l'en croire, il eut l'art de prédire à son vainqueur sa grandeur future ' et gagna ainsi sa bienveillance. Après la chute de Néron, Vespasieo, proclamé empereur par ses troupes, emmena Joseph à Alexandrie, puis il le confia à son lils Titus, qui le ramena en Judée et le garda auprès de lui pendant tout le siège de Jérusalem. Joseph assista donc en témoin à la ruine de sa patrie (70 ap. J.-C), après avoir essayé plusieurs fois, non sans courir de grands risques, d'amener ses concitoyens à cesser une résistance inutile. La ville une fois prise, il s'employa, nous dit-il, i sauver les livres saints et le plus grand nombre possible de prisonniers.