‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 24 sur 514 · II · texte numérisé non relu

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THÉOPHRASTB 39

Aristole) ', voilà ce qu'il cherche et ce qu'il expose. Le Icrrain était ici beaucoup plu3 glissant à coup sur que dans le précédent traité; une description a plusdechancc d'être exacte, en pareille matière, qu'une explication. Heureusement l'érudition de Théophraste le préserve encore en ce sujet dudanger d'exécuter une œuvre vaine, par la quantité de faits réels, bien observés par lui-même ou par d'autres, qu'elle lui fournit, et d'où résulte que son livre, à côté de beaucoup d'explications éphémères, présente une somme considérable de documents positifs et de valeur durable. Le style d'ailleurs a les mêmes qualités que dans Y Histoire des Plantes.

Les Caractères ne sont pas aussi différents de ces deux ouvrages que pourraient le faire supposer ce titre de « Caractères », et surtout le souvenir de l'imitation très libre que La Bruyère en a donnée. C'est l'œuvre d'un savant plus que d'un littérateur proprement dit. L'ouvrage, sous sa forme actuelle, comprend trente et un a caractères )>, précédés d'une préface '. Chaque « caractère » porte un titre, qui est le nom d'un défaut moral (très rarement d'une qualité). Ce défaut est d'abord déGni à la manière d'Aristote. Suit une description plus ou moins longue des différents signes par lesquels il se manifeste extérieurement. Le style est net, simple, sans aucun ornement littéraire, et ne sert que de vêtement à une pensée exclusivement scientifique. S'il y a parfois de l'esprit dans ces portraits, c'est en quelque sorte malgré la volonté de l'auteur, et parce que la chose même est plaisante en soi. Qu'est-ce donc, on sonunc, que cet ouvrage, et quel a été le dessein de Théophraste ? Il est tout d'abord visible que le texte en est souvent' suspect. La Préface est incohérente et faible ; on ne peut

2, Trente et un, dans les manascrits lea plus complets, quinze ou seize dans les autres, et notatnmeat ceux de Paris.

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l'attribuer, souBcoUe forme, à Théophraste. Daaale reste de l'ouvrage, on trouve non seulement des lacunes, des réflexions de lecteur ou de scoliaste insérées indûment dans te texte, ce qui ne regarde que la critique verbale ; mais aussi, chose plus grave, des répétitions littérales qui indiquent que deux morceaux diversement intitulés ne sont parfois que deux rédactions différentes du même « Caractère. » Il est donc certain que l'ouvrage a subi toutes sortes de remaniements. Dans la liste de Diogène, il est évidemment désigné par ce titre: 'HOixoiyapox- TÏijsa;. Cela prouve qu'il existait déjà, au temps de Diogène, sous une forme assez voisine de celle que nous connaissons, et comme une collection de portraits moraux. Mais d'où venait cette collection ? Avait-elle été ainsi formée par Théophraste lui-même, sous ce titre, comme un i>n6[i.wi[ia, un recueil de matériaux et de documents analogue aux recueils d'Aristote ? M. Gompcrz le croit, et il expUquc par là l'inachevé delà composition et la facilité plus grande avec laquelle l'ouvrage s'altéra '. D'autres y voient plus volontiers un fpi/ome alexandrin, un recueild'fz^rai/s artificiellement détachés par quelque grammairien d'un ouvrage plus étendu, d'un ouvrage de morale ou de rhétorique (c'est l'opinion de M. Diels) *, ou peut-être du traité Sur la comédie (c'est l'opinion exprimée jadis par Casaubon, qui édita tes Caractères, et reprise par Christ ') , L'hypothèse de Casaubon est très séduisante au premier abord : il est facile en effet de remarquer, entre les titres des Caractères de Théophraste et ceux des comédies de Ménandre, des rencontres frappantes, et l'on aime à se dire qu'il y a peut-être, dans l'ouvrage du philosophe, plus d'un

1. Gomporz, dans les Ahhandt. de l'Académie de VieDoe. t. 187 (année 1SS8J : Die Characlere des Theoplirasts.

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