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THÉOPHR&STE. 41
aouvenir du poèto comique. Ce n'est pourtant là qu'une conjecture fort douteuse ; et, & supposer même que les Caractères aientété tirés du n>pl xa^t^iixi^il ne suit pas de là que Théophraste eût pris ses documents dans Ménandre ; il est même plus probable qu'il les avait demandés, selon l'exemple d'Aristote dans la Bhélorique, à l'observation directe de la nature. Résignons-nous donc à ignorer. Ce qui du moins n'est pas douteux, c'est l'intérêt moral et littéraire de ces Caractères ; car Théophraste est un On psychologue et un écrivain délicat.
Son champ d'observation n'est pas très étendu : il s'enferme dans un petit coin de la morale générale (les défauts), et ne montre guère les particularités qui dérivent de l'âge, de la profession, des circonstances (soldat fanfaron, cuisiniers, esclaves, parasites, jeunes gens et vieillards, amoureux de la comédie nouvelle), ni celles qui tiennent à l'individu (portraits do La Bruyère). Ce sont des défauts universels qu'il analyse : fausseté, Ûatterie, orgueil, grossièreté, sottise, etc. Mais il les analyse avec une extrême subtilité ; il y distingue des nuances variées. Dans l'espèce o flatterie d, ii étudie séparément le flatteur par intérêt et te flatteur par complaisance ou faiblesse (irepl u>).axtfaï et napi àçttsin\a.ç). Dans l'orgueil, il distinguo trois ou quatre suus-types différents ; de même dans la grossièreté. Et cotte subtilité n'est pas artificielle ; elle repose sur des différences réelles. Ces fines éludes de psychologie sont dans le goût du temps : ce sont elles qui remplissent la comédie nouvelle et qui font le prix de l'épopée d'ApolIonios. Aristote avait donné l'exemple dans la Rhétorique, mais il n'avait étudié que les «i passions » principales, sans entrer dans le minutieux détail des « défauts s.
De plus, les analyses d'Aristote étaient abstraites : celles de Théophraste sont concrètes et pittoresques. Chacun de ses caractères débute par une définition aris-
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43 CHAPITRE lï. — PHILOSOPHIE AU III' SIÈCLE
totélicicnne ;- mais tout de suite c'est l'orgueilleux, le ilatteurj le grossier, — non l'orgueil, la flatterie ou la grossièreté, — qu'il a devant les yeux et qu'il met on scène. 11 nousdit ses gestes ; il le fait parler. De là vient qu'on a pu croire à une influence directe de la comédie sur cette manière de philosopher. Mais, outre que mille détails n'ont rien de scénique ou de dramatique, cette vivacité de forme n'est évidemment chez Théophrasle, — comme souvent chez Démosthène, par exemple, — qu'un don naturel et spontané. C'est sa marque propre. Nul dessein d'ailleurs de faire à proprement parler œuvre d'art; rien en tout cela qui rappelle, même de loin, la composition savante de tel morceau de La Bruyère (Giton et Phédon, Irène, etc.) ni les grâces savantes de son style. Ici, le style est tout uni ; la composition existe à peine. L'orgueilleux, dira Théophrasle, est un homme qui... (tduiûto;oIoï..,) ; suivent quinze ou vingt phrases toutes à l'infinitif, toutes jetées dans le même moule, et qui ne sont même pas groupées suivant une gradation quelconque, en vue d'un effel à produire. Théophraste n'est jamais, dans les Caractères, qu'un savant, un naturaliste de la morale, mais un savant d'esprit délicat, d'imagination vive et (idèle, au langage souple et précis.
On sait la fortune de ce petit ouvrage. Quand il n'aurait que le mérite d'avoir inspiré La Bruyère, il serait déjà de grand prix. Mais il est probable qu'il dut avoir une influence sensible sur le goftt des contemporains pour les analyses psychologiques : s'il est un témoignage et un efl'et do ce goût général, il a sans doute contribué à son tour à l'étendre et à le diriger.
Les Fragments présentent aussi un vif intérêt. Quelques-uns (notamment les plus étendus) ont surtout de l'importance pour l'histoire des opinions philosophiques <.
i. Par 81. les tragm. I à XII (Wimmer). — Le fragm. XXX
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