‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 243 sur 514 · FL- JOSEPH CONTRE APION 44S · texte numérisé non relu

FL- JOSEPH CONTRE APION 44S

de discuter. De là, l'écrit 'apologétique en deux livres, que nous appelons asscz^improprement Contre Apion ', Joseph s'y adresse à son ami Épaphrodite, et il entreprend à la fois do démontrer aux incrédules la haute antiquité du peuple juif et do répondre à certaines calomnies des écrivains grecs. Rien ne montre mieux que cet ouvrage à quel point les esprits cultivés .étaient alors dominés par la superstition de la science hellénique. Il leur semblait réellement impossible qu'il eût existé près de la Méditerranée une civilisation aussi forte, aussi élevée que celle qu'on attribuait à Moïse, sans que les historiens grecs en eussent parlé. C'est à cette objection, exprimée ou latente, que répond surtout Joseph dans son premier livre. Il explique l'isolement des Juifs, il montre avec force la jeunesse relative de la société grecque; puis il prouve que les Juifs n'ont pas été aussi ignorés qu'on veut bien le dire, et pour cela, grâce à son érudition étendue, il cite des témoignages empruntés aux historiens Manéthon, Dios, Ménandre d'Éphëse, Bérose, Hécatéo d'Ahdèrc, qui avaient fait connaître auxGrocsles vieil les traditions del'Égypte, de la Phénicie et de la Chaldoo; il y ajoute mémo quelques autres témoignages isolés, qu'il demande à divers écrivains. Si d'ailleurs tant d'autres n'ont rien dit des Juifs, il l'explique par dessentiments de jalousie, dont il trouve la preuve dans les calomnies qui couraient le monde {c. 23), et qu'il se met alors à réfuter (c, 24-fin). — On voit que, dans tout cela, il n'est pas même question d' Apion. Celui-ci fait le sujet d'une partie seulement du second livre*. On a vu plus haut (p. 403) qui était ce singu-

1. Ce titra se trouve déjà dans Bueèbe, H. Eccl., III, a, S, àvnpffiiii; «pi; "Anidivi. Porphyre (De abatia., IV, 11) l'appelle bien plus justement Ilpàiiov: 'EUiTiva;,

3. Cette partie ne noas est pas parvenue complète, en grec du moins. Poar les ck. v-tx, nous u'svona plus qu'une traduction latine, qui supplée an texte.

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44i CHAPITRE II. — D'AUGUSTE. A DOMITIEN lier personnage. Son outrecuidanceet sa légèreté expliquent le ton do mépris que prend Joseph dans celte parlie de son apologie, où il ne trouve en effet à réfuter que des affirmations sans valeur. Quand il en a fini avec Apion, il entreprend, contre ApoUonios Molon et I-ysimaque, la défense, des lois juives (à partir du chap. li jusqu'àla fin); et, sans doute, il dut faire entrer dans ces chapitres la substance de ce qu'il s'était proposé dedé- .volopper dans ses livres projetés sur Dieu et sur les lois.

. Cette apologie a dû être opportune et par conséquent intéressante, lorsqu'elle parut. Mais, comme beaucoup d'apologies, elle a perdu une partie de son intérêt en gagnant sa cause. Personne aujourd'hui ne songe à mettre en doute l'antiquité d'Israël ni à considérer les Juifs comme une bande de lépreux chassés d'Egypte. Par suite, nous ne cherchons plus guère dans l'ouvrage de Joseph que l'attestation curieuse de préjugés disparus, et nous y retrouvons avec plaisir un certain nombre de fragments d'historiens perdus. Les derniers chapitres, où il expose et loue la loi de son peuple, sont restés plus vivants. Le sentiment en est lier; on y voudrait un esprit plus philosophique; l'auteur a toujours quelque peine à se détacher du détail minutieux et à dégager les idées générales.

Le dernier écrit authentique de Joseph semble avoir été son Autobiographie, qui fut composée peu après l'Antiquité juiveet sembley avoirété rattachée. L'auleur nous y renseigne en détail sur son éducation, sur sa vie privée et publique, en complétant sur quelques points ce qu'il avait dit déjà dans sa Guerre des Juifs. L'ouvrage est intéressant à lire, non seulement en raisoa des faits précis qu'il énonce, mais parce qu'il découvre au mieux le caractère de celui qui se met ainsi en scène. Il y apparaît avec sa vanité naïve, sa pleine satisfaction

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de lui-même, et en somme une certaine médiocrité de caractère. C'était à coup sur un honoéte homme, dont la conduite dans l'ensemble semble avoir été sage et correcte, mais c'était aussi un politique, qui ne s'étovait jamais complètement au dessus de ses préoccupalions d'intérêt personnel.

Nous avons encore, sous le nom de Joseph, un discours ou plutôt une sorte de déclamation intitulée Les Maecabées ou \d. Souveraineté de la raison. C'est l'umvre d'un sophiste juda'fsant, où l'on ne retrouve ni l'esprit ni le style de l'historien do la guerre des Juifs.

Le nom de Joseph rappelle naturellement celui d'un autre historien juif, loGalilécn Justus deTibériadc'.qui fut son adversaire politique, son ennemi acharné, et qui écrivit, peu après l'an 100. Il avait composé uoe chronique, qui embrassait toute l'histoire nationale, depuis Moïse jusqu'à la mort du roi llérode-Agrippa II. Photius, qui la lisait encore, loue la concision du stylo et la rapidité substantielle du récit *. Joseph lui reproche formellement d'avoir écrit pour altéfer la vérité *. Il nous est impossible aujourd'hui d'apprécier jusqu'à quel point ce reproche était fondé.

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11 nous reste, pour compléter le tableau do la littérature du !•' siècle, à ajouter quelques mots sur la poésie de ce temps.

A vrai dire, on peut se demander s'il y a eu alors une poésie grecque. Une inspiration grande et sincère était impossible chez les Grecs humiliés et devenus les clients

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