C. F. Ranke, Lukian und Pollux, p
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labeaulé, sans idées cl sans élégance. Le court traité Sur tAstfologie (lls,3: ifrrpoloi'iïii;), en dialecte ionien, offre une imitation artilicielle de la manière et du style des vieux, philosophes ioniens; l'auteur feint de croire à l'ustroloi^ie, mais il la réduit eo fait à peu de chose; il e.sl d'ailleurs incrédule à l'égard de la mythologie, qu'il interprète à la fa^;on d'Évhémère. Nous ne recoiiuaissuits pas là le tour d'esprit ordinaire de Lucien ; tout au plus, pourrait-on y voir un exercice de slylo, ou une fantaisie de Icltri!, appartenant à sa jeunesse, s'il n'était bien plus probable que l'ouvrage lui a été attril)ué simplement en raison de sa tendance généraie. L'opuscule Sur la déesse syrienne (n«plT7,ç2upvi]; Ofoû), également en dialecte ionien^ est une description du temple d'iliérapolis et des cérémonies qu'on y célébrait ; le mélange curieux de crédulité et d'observation critique qui s'y fait remarquer dénote un tout autre esprit que celui de Lucien : rien d'ailleurs ne lui ressemble moins (jue l'exactitude minutieuse dont l'auteur fait preuve; il n'a de connnun avec Lucien que sa nationalité, car il se donne pour Syrien (c. 1).
La présence de ces écrits apocryphes dans la collection de Lucien autorise a priori à en tenir pour suspects un certain nombre d'autres ; car elle prouve que le recueil a été composé sans esprit critique et sans garanties sulfisantes. De là des dcmtes, qui ont été parfois poussés fort loin. Bekker,dans son édition, exclut comme apocryphes 28 écrits divers, sans d'ailleurs donner de raisons. D'autres, avant ou après lui. sans se montrer aussi sceptiques, ont rejeté tels ou tels écrits; par exemple le Traité des Sacrifices, le Démonax, ['Ane, les drames en vers, les Épigrammes , etc. Contentons-nous de remarquer ici que ces doutes ou ces exclusions reposent pluiritsurdesimpressions personnelles que surdes preuves vraiment probantes ; et il arrive souvent que ces im-
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pressions ne licnncnt pas eisscz de compte des conditions particulières de certaines compositions '. Sans nous attaclier par eunséqu(;nt à un parti pris de conservation absolu, disons qu'il y a lieu, dans la plupart des cas, de se défier de jugements Iropprompts. Au reste, les écrits dont l'authenticité est certaine sont assez nombreux pour que l'appréciation du caractère et du talent de Lucien demeure en fin de compte parfaitement solide.
Ces écrits ne peuvent plus aujourd'hui, faute de renseignements précis, être rangés dans un ordre chronologique rigoureux. Mais comme quelques-uns d'entre eux pourtant ont des dates, aumoinsapproximative.s,et que ceux-là permettent d'établir, dans la vie de Lucien, certaines époques, il n'est pas impossible de répartir les autres, d'après leurs caractères, entre les grandes phases de sa carrière d'écrivain *.
Au début, 8C placent d'abord les exercices de pure rhétorique, le Meurtrier du tyran (TupawoxTÔvo;), le FUs chassé par son père ('A;Ki/,iipuTr6[iavo;), les deux Phalaris, qui n'ont d'autre intérêt que de caractériser la période oiî Lucien appartenait entièrement à la sophistique; puis, tout àcôlé, VÊloge de la mouche (Moîa; 6-)Tt&>;-iiov), V Ambre (neptT,>,£XTpou), les Dipsades (Hepi tGv Si^âSuv), la Salle (Ihpl toÛ oîjtou), le Jugement des voyelles (itxïi çwvfls'vTMV), enfin VÉloge de la patrie (nxTpî$oîiyx(i;A;ov),
1. C'est ainsi par exemple que leDimonai^, daoa tonta la secoode partie, semble démeiilir sod origine ; ce n'est qu'une collection de mots et d'aneoiloles ; mnis, à prendre l'<£uvre dans son ensemble, on y reconnaît Lucien à bien des traits; et dés lors, on peut supposer, ou qu'elle n'a pas âlé achevée, ou plulât qu'elle a ét^ abrégée et remaniée ; foir Schwarz, Vber Lakiam Demonax. Zeilachr. f. osterr. Gymnas. 1878, p. 581. et Ziegeler, Jabrb. f. Philol. 1881, p. 327. — Quant à mettre en doute l'authenticité d'une œuvre telle que le Peregrinus {Cockerill. Percgrxnta Proteui, Edinburgh, 1379), c'est, à mon avis, prendre parti contre l'évidence mSme.
%. Maurice Croiael, Enai s. Lucien, c. II.
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VHippias, cl le Pseudosophiste, si ces trois morceaux sont vraiment de lui; non que ces diverses compositions aient une date certaine, mais parce qu'en tout cas elles ne révèlent dans leur auteur que le bel esprit, trèshabile à plaire. Tout cola est spirituel, Qd, coquet, quelquefois amusant, maïs sans aucune portée. Toutefois, dans ta Salle, les descriptions sont d'un artiste délicat, et le Jugement lies voyelles, sous sa forme plaisante, offre un intéressant document, relatif à la prononciation contemporaine. Il est prohlable qu'au milieu de ces futilités brillantes doit être insérée une ceuvre pins sérieuse, le Niçrinus, où Lucien raconte un épisode de sa jeunesse, sa visite au philosophe Nîgrinus à Rome, leur entretien, et l'émotion vive, mais passagère, qu'il en ressentit '. Ce fut comme une brusque apparition de la philosophio dans celte vie de succès frivoles, et 11 l'a notéo en traits frappants. Cette première série d'oeuvres se clôt par le Songe {flffî to5 Èvuirvioi*), oii Lucien, déjà connu, et rentrant dans son pays, raconte son enfance à ses compatriotes de Samosatc ; par les Portraits (Eïxôye;) et la Défense des Portraits ( Titép tûv Eixôyiâv), dialogues composés, comme on l'a vu plus haut, en 163, et dans lesquels l'auteur fait ingénieusement l'éloge de la belle Panthéa de Smyrnc qu'aimait alors l'empereur Lucius Verus; enfin, par la jolie satire Sur la manière décrire rhistoire (flô; Sfi tcTopiov cv^çi'^ivt), écrite peu avant la fin de la guerre des Parthcs, qui se termina on 165. Une seconde série d'écrits commence vers ce temps et remplit la plus grande partie de la vie de l'auteur. D'une manière générale, ils ont tous un caractère philosophï- <iue, plus ou moins prononcé. Cette série s'annonce par le dialogue sur X&Pantomime (Ileptôpjrviffiid;), V Anacharsis
I. '^atilB.t.Commentat'iOile Luàani œtate, vita et tei-iptit, Marburg, 1833. M.Croisct. teNigiinus de Lucien, Mém. de l'Ac. des Se. et Lettres de Montpellier, t. VI.
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LUCIEN; SES ÉGBITS 593
et le Toxaris, si ces trois coinposilions sont vraiment do Lucien. Dans le premier, l'auleur défend Tari de la pantomime contre les condamnations ou les préjugés des moralistes, ce qui i'amJ^nc à nous donner sur cet art quanlité de rensfiguernents intéressants. L'Anarharsis se rapporte à la question du rôle et de l'utilité de la gymnastique. Le Toxaris est surtout un recueil de [rails d'a- Kiilié, agréablement contés. — Mais c'est k partir de VBermotime, composé par Lucien à quarante ans ', probablement en 166, qu'ilest vraiment lui-même. Son parti est pris en matière de philosophie : il repousse le dogmatisme métaphysique, pour s'en tenir au sens commun et à un sccplicisme mitigé. Dans la Double accusation, qui est à peu près du même temps *, il déclare hautement sa rupture avec la rhéloriquc, art de mensonge et de coquetteries puériles, indigne d'un homme sérieux, et il délinit le dialogue satirique, dans lequel il débute avec éclat. La jolie scène intitulée, les Secjes * Cencan semble lui'avoir valu en ce genre un succès particulier, non sans quelque scandale. Ce scandale fait justement le sujet du Pécheur', véritable profession de foi philosophique Tet satirique, oit il se déclare investi par la philosophie elle-même de la mission de ijémasquer toutes les impostures. Très certainement, ces quatre compositions ont dû se suivre à fort peu d'intervalle.
Autour d'elles, se groupent tous les dialogues satiri- •ques; quelques-uns, peut-être antérieurs, mais de peu, à CCS manifestes retentissants; la plupart, ou contemporains, ou écrits sans interruption dans les années immédiatement suivantes. En général, la satire morale y <»st mêlée à la raillerie des mythes et des croyances ; toutefois, en proportion inégale. La morale prédomine dans