‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 300 sur 514 · Hermot · texte numérisé non relu

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594 GHAP. IV.- SOPHISTIQUE SOUS LES ANTONISS

les Dialogues desmorts, V Arrivée aux Enfers {Kara-iou;), la Nécromancie, le Charon, les Lettres Saturnales, le Cl/nique, le Coq, le Timon, les Vœux; Lucien y marque, en Irails vifs, parfois cyniques, ccrlains aspecla généraux de l'iiumanilé, vanité des désirs, fausses opinions sur le bonheur, poursuite ardente des plaisirs, des richesses, des honneurs, de la gloire, durelo des riches, jalousie des pauvres, conflit des passions, naïveté iricorrigihlc des illusions, déceptions toujours répétées et toujours inattendues. La description particulière, celle qui se rapporte à certaines classes ou à certains hommes, a moins d'importance dans ces dialogues : elle apparaît toutefois, çà et là, dans plusieurs de ceux, qui ont été cités; mais elle remplit lesDialogues des Courtisanes, dont le titre même indique le sujet; le Banquet, où l'auteur met en scène les prétentions ridicules, les vices, la gros- ^■reté et l'esprit querelleur dos philosophes du temps; les Fugitifs enfin et l'Eunuque, doux œuvres pleines d'allusions moqueuses, ohscurcs pour iious. — Une incrédulité, tantôt légère ci dissimulée, tantôt avouée et hardiment agressive, fait le fond d'autres dialogues; elle perce déjà vivement dans les Dialogues des dieux, le Jugement des déesses, les Dialogues marins et l'fcaromém/)/je; elle est plus libre encore dans les Fêles de Cronos; elle éclate en protestations ou en moqueries brUyautes dans l'Ami du mensonge, dans Prométkée ou le Caucase, dans l'Assemblée des dieux; elle argumente insolemment dans Zeus tragédien et AanaZeusà court déraisons (Zei; Aey^^ôjiEvo;) . — Quelques autres dialogues traitent de sujets littéraires; ce sont : le Parasite, parodie des disputes que les rhéteurs et les philosophes soutenaient, depuis le temps de Platon, au sujet de la rhétorique ; le Lexipàane, où est tournée en raillerie la manie des Atlicistes, collectionneurs curieux d'expressions oubliées, auxquelles ils font un sort dans des écrits insipides; en-

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fui le Pseudohgiste ou Faiseur de sotécisines, contre les prétentioQS des grammairiens, arbitres infatués de la correction, à laquelle ils manquent eux-mêmes sans s'en apercevoir.

Mais le dialogue est loin d'èire l'unique forme sous laquelle Lucien donne alors carrière à sa verve. 11 écrit aussi de spirituelles causeries, des pamphlets biographiques, des diatribes personnelles, des parodies, des dissertations satiriques, un roman, des biogra|tliies. laissant son humeur et sa fantaisie aller en tous sens et prendre toutes les formes.

Quelques-unes de ces compositions se rapportent à sa vie littéraire : réponses enjouées à des compliments {A celui çui me disait : « Tu es le Prométhée du discours j>); ripostes acerbes à des critiques {Contre Timarque, au sujet du mol 'Aitotfipi;). D'autres, sous couleur d'avertissements utiles, semblent destinées, en grande partie, à satisfaire des ressentiments personnels : Contre tm ignorant collectionneur de livres, violente invective contre un anonyme; le Maître de Rhétorique, où Lucien prend à partie, non seulement la rhétorique du temps en général, mais un de ses représentants les plus connus, probablement Julius Pollux. Plusieurs antres sont de véritables instructions morales, où d'ailleurs l'élément satirique ne fait jamais défaut : tantôt il recommande de ne pas croire légjiremeut aux mauvais propos (riïpi Toy (tïi ^çâî»; luiorcjeiv Sia€o>,ï)), tantôt il décrit à un philosophe, tenté par l'attrait de la vie romaine, les humiliations cl tes misères de ceux qui se mettent au service des grands personnages (IlepE xà>t iv\ \i.v^Ci tsmiftw»).

En même temps, il soutient dans divers pamphlets la guerre à la crédulité, qu'il menait si vivement dans ses dialogues. Sa Causerie avec Hésiode est une dérision de la prétendue inspiration des anciens poêles, considérés

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l>ourgeoîses. La date de cetio compoeition nous est inconnue '.

Une truisièine et très courte sArie d'écrils comprend ceux qui appartiennent, d'une manière certaine, à la vieillesse de Lucien. Ce sont d"abord deux prologues de conférences, V Héraclès et le Dionysos, fort semblables à ceux qui ont été déjà mentionnés. Puis V Apologie pour ifis salariés, sorte de palinodie in^çénieuse, dans laquelle Lucien, rappelant le succès qu'il avait obtenu autrefois par son écrit Sur ceux qui se font salarier, se justifie d'avoir consenti lui-même à recevoir un salaire comme fonctionnaire public. Enfin ['Excuse à propos d'une mauvaise formule de salu:, 6imp\e icii d'esprit dont tout le sujet est une inadvertance de parole, un « bonsoir » dit à la place d'un « bonjour ». On peut y ajouter la Tragédie de la goutte et Pied léger, ces deux parotUes tragiques, qui ont pour sujet la puissance de la goutte et les vains efforts que font ses victimes pour la déjouer ou pour dissimuler sa victoire ; si elle») sont vraiment de Lucien, ce qui n'a rien d'impossible, elles se placent assez naturellement en ce temps, où, malgré l'âge et la maladie, son esprit demeurait vif, aimable, enjoué. — Ouant aux Éptgrammes, celles qui lui appartiennent doivent èlre réparties dans sa vie entière, sans qu'il .>ioit possible ni de les ilaler ni d'en contrôler l'autlienlicité.

I. On sait que le iiièmi! râcil a £tâ trail6 en latin, non sans d'iin* portaotos varialionn, par Apulée. Les deux écrivains somlilent indépenilants l'un di; l'autre ; muis la quesllon de leurs rapports mutuels, et avec Lucius de Patras, est uD sujet de controverses. Voir SurloutlTeulTel. Stuc/. vndCha.ractenitikenCi'éû.),'^. h'2: E. l\ùM<\ Veber Liicians Sclii-ifl .Wiïio:, Leipzig, 18r,9; K. Biirfier, De LucioPatremi. Borlin, 1837 ; H. Dec, De t-atione inler Pi. Luciani Asinutn et Apul. mttamorpk., Lei.len, iS9i.

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