‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 364 sur 514 · Lwsébe, Hiit.tccl.. VI · texte numérisé non relu

Lwsébe, Hiit.tccl.. VI

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748 GlIAP. V. — HELLÉNISME ET CHBISTIANISME

de commentaires sur la Genèse, J'Exode, les Psaumes, l'Ecclésiasle, et un certain nombre d'Épitres, notamment celles de saint Paul *. Si ce premier monument de l'exégèse chrétienne alexandrine nous eût été conservé, il n'estpas douteux que nousapprécierions mieux l'influence de Clément sur Origèoe et ce qu'ils ont dû l'un el l'autre à Philon. D'autres écpils perdus peuvent être négligés ici. De même, parmi ceux ijui ont été conservés, nous n'avons pas à parler du discours sur la Justification du RcAe (Tiî ô flttÇôiavoî TCloûnw;), sinon pour y signaler un des plus anciens débris de l'homilétique chrétienne. Pour nous, Clément est tout entier dans la série constituée par X'Exhortation (IIporpEirTixôç), l'Éducateur (U0.1iec(fiff6i), et Xes SCromates {^Tfa\}.mii';) , œuvres qui nous ont été transmises dans leur intégrité.

V Exhortation (Aiifo; -poTpeitrutôî icpôç 'EXk-nttf:), en un seul livre, s'adresse soit à des païens, déjà inclinés au christianisme, soit plutôt à des demi-chrétiens, encore hésitants dans leur foi. 11 s'agit de porter le dernier coup à leurs hésitations, de rompre les dernières attaches. Et, pour cela, reprenant la méthode des apologistes antérieurs avec plus d'érudition et plus de suite, l'auteur ramasse, en une sorte d'acte d'accusation passionné, tous les griefs de la raison et de la morale contre le paganisme.

V Éducateur (Tlai^7.'{w^i),ouvTag& on trois livres, fait suite à l'Exhortation, avec un dessein différent. Le paganisme est censé vaincu et rejeté. Mais il ne suffit pas de le désavouer, il faut encore l'expulser de la vie quotidienne. Voilà pourquoi le « Verbe » se fait à présent « éducateur », afin de tracer les règles de conduite que le chrétien doit s'imposer. Il expose dans le premier livre l'esprit de son enseignement, qui est fondé à la

i. PhOtius, 109.

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fois sur la révélation et sur la raison. Puis, dans les deux livres suivants, entrant dans les détails, il donne^ sans/ ordre apparent, des prescriptions pratiques sur la nourriture, l'ameublement, les banijuets, les conversations, sur la vie conjugale, sur la toilette, sur les relations sociales, sur les bains, etc. Ces prescriptions, plus modérées qu'on ne s'y attendrait étant donnée la tendance ascétique de l'auteur, proviennent en partie des écrits des philosophes grecs, notamment de ceux du stoïcien Musonius'; seulement, elles sont appuyées ici sur des textes de l'Écriture et rapportées à un idéal que l'auteur tire de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Préceptes, citations, commentaires, allégories, cITusiuns lyriques, réflexions subtiles se mêlent d'ailleurs sans cesse dans ce livre étrange et curieux ; et, comme il est naturel, la préoccupation des petites choses n'est pas sans y rapetisser l'intention générale ^.

Les Stromales (KctTà Tr,v <i),T,9»i çiXoioçîav "paxrzvn.iài Û7:o[ivvi[tâ'7WV'7Tf(i)ii.aTïï;, proprement Tapisseries de notes gnostiques selon la philosophie delà vérité*) forment le troisième terme de la série. Cette fois, L'auteur écrit pour des chrétiens aclicvés, pleinement adonnés à la vie spirituelle, et il se propose de traiter à leur intention les hautes questions de doctrine ou de morale qui se rapportent à ce qu'il nomme <f la gnose », ou philosophie de ta vérité. C'est ce qu'il fait, sans plus d'ordre d'ailleurs (jue précédemment, à travers les sept livres dont se compose son ouvrage *. Les sujets les plus

1. P. Wendianil, QucesUones musaiiiaiM iDe Musonio iloico Clem^nlit AUiandrini aliorumqut auclore), Berlin, 1886. î. WiDter, Die Ethik îles Ctemens ton Alexaiidrien, Leipzig, 188Î.

3. Les titres deçà genre, d'une fantaisie pritenlieuse, ùiaietit alors ù la mode. Voir Aulu-Gelle. N. AU., Préface.

4. Le ms. unique des Sifomalei (Laurenlianus, V, 3) donne uu fi' livre, qui Qgure dans loutes les cdllions. Il n'est pas sûr qa'il soit dcCIisment ni qu'il appartienne à cet ouvrage. Voir llarnack, ^IffrAr. LU.. I, p. 315.

750 CHAP. V. — HELLÉNISME ET CHRISTIANISME divers y sont traités leur à tour, parfois à plusieurs reprises. Visiblement, nous avons affaire à un ouvrage qui a grandi jour par jour entre les mains de son auteur, selon le liasard des circonstances, & mesure que surgissaient dans son esprit des souvenirs ou des pensées nouvelles. Ce qu'il se propose, c'est de suggérer des réflexions, d'ouvrir des voies, d'instruire, de fixer certains points essentiels de doctrine. Les plus importants pour lui sont les rapports do la vérité chrétienne avec lu philosophie hidléiiiquc, ceux de la science avec la foi, enlin la définition de l'idéal moral. Voilà sur quoi il revient sans cesse, sous mille formes diverses.

Quels <jue soient les défauts de ce vaste ensemble, Iifait seul de l'avoir conçu dénote une puissance d'esprit que nous n'avions encore rencontrée chez aucun des apologistes ou'doclenrs chrétiens. L'auteur, au début de son Éducateur, révèle la pensée qui en constitue l'unité'. I! a organisé un plan, et il le suit autant que sa nature d'esprit le lui permet. Son entreprise cm! une sorlcd'initiation progressive, qui doit mener l'âme depuis le paganisme jusqu'au degré supérieur de la perfection chrétienne, en passant par certaines phases nécessaires. (Ir c'est là une idée empruntée à la philosophie grecque, en particulier à celte de Walon. En faire l'application au ciirislianisme, qui jusque là semblait ne relever (jue d'une révélation immédiate, c'était lui donner une direction nouvelle, en le poussant dans la voie de l'étude et de la réflexion. Tellectait bien, en effet, la pensée de Clémcnl.. cl cette pensée profonde lui prête une grandeur qui ne peut sans injustice être contestée. Ses prédécesseurs, même Justin, n'avaient été que des apolologistes. plus ou moins bien inspirés.- Il est, lui, un fondateur : car toute la philosophie du christianisme.

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qu'elle accepte ou non ses ductrines, relève de lui, par cela Neiil qu'elle est pliilosophie.

Su conception fondamentale, il n'y a pas à le nier, c'est d'établir les droits de la connaissance rationnelle, — de la gnose, comme il dit, — à côté de ceux de la tradition ou delà fui. Sans doute, la connaissance, telle qu'il l'entend, dépend de la tradition et de la foi; elle ne crée rien par elle-même ; mais elle éclaire le sens de la tradition, et elle rend possible par suite, cbez celui qui la cultive, un état de perfection supérieure, tant intellectuelle que morale. Cette connaissance a pour matière propre la vérité cbrétienins mais, pour se former, elle ne pi-ut pas se passer de riicllénisme. La pliilosophie grecque est une propédeutique i^Bfowjiâetat) : car elle habitue l'esprit à penser, elle le dégage et le purifie des préjugés bas, elle lui donne, pour ainsi dire, le goût de la raison. (Comment, dès lors. Clément se ferait-il scrupule de lui emprunter ce {|u'clle a de bon f II puise dans toutes les doctrines, surtout dans celle de Platon; il y puise souvent en le déclarant; quelquefois sans le dire. Toute son œuvre est pleine des idées des Grecs et de leurs méthodes. Et, naturellement, après l'avoir ainsi admise au premier degré de l'initiation qu'il poursuit, il ne saurait songer à s'en dégager ensuite. Elle s'atta clie à lui, ou plutôt elle devient lui-même. Qu'il en ait conscience ou non, une bonne part de ses pensées et de sets sentiments n'a pas d'autre source. Ht lors([u'il trace le purtraitdu « gnoslique », c'est-à-dire du parfait chrétien tel qu'il le conçoit, il introduit, tes formules stoïciennes au cœur même du christianisme.

Ces emprunts, d'ailleurs, n'étaient à ses yeux qu'une tégilinie reprise. Comme Justin, il accepte sans le moîndn- doute l'étrange conception selon laquelle toute la substance do l'hcHénisnie proviendrait de la révélation par un détournement. D'après celle théorie, le chris-

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752 GHAP. V. — HELLÈ;JISUE ET CHRISTIAKISMB liaiiisme, en s'appropriant la philosophie grecque, ce faisait réelleiiicnl que reprendre son bien. Et, dans cette reprise, lu rcvî'latiun ne devait rien à la raison Im ■naine, puisque celle-ci s'était bornée à mettre en œuvre ce qu'elle avait dérobé. Yoilà ce que Clément a cru de très bonne foi ; et, après tout, il n'y a qu'à se réjouir de cette erreur, puisqu'elle a permis une conciliation dont riiumanitô devait profiler.

Ce qui est regrettable, c'est que ce représentant du christianisme hellénisé n'ait pas eu à un plus haut dogré le sens de l'art littéraire. S'il y a chez lui quelque éloquence naturelle, de la véhémence satirique, en même temps qu'un certain lyrisme, ces qualités disparaissent sous la dilTusion, sous le désordre de la composition et de la pensée, sous l'abus de l'érudition, sous les digressions. Causerie confuse, où se mêlent tous les tons, oii manquent l'ordre, la lumière, le bon goût même. Du reste. Clément dédaigne par principe tout ce qui est beauté ou grâce, tout ce qui pourrait être soupçonné de viser à plaire. El c'est là, on a pu le voir, un Irait commun à presque tous les écrivains chrétiens de ce siècle. Justement offensés, dans leur sérieuse tendance, par le bavardage prétentieux des rhéteurs à la mode, ils croient que bien écrire est une marque Je frivolité. Aucun d'eux ne se rend bien compte de ce que la pensée gagne à être claire, ordonnée, dégagée, à se traduire dans des expressions justes et choisies. Une certaine barbarie leur plait, comme une preuve de sincérité. D'ailleurs, elle n'est pas uniquement chez eux affaire de principe. Élevés presque tous dans l'hellénisme, ils ont été plus ou moins troublés dans leur goût, dans leurs habitudes littéraires, par la brusque iniluence des lectures toutes dilfén-nles qui ont été la conséquence de leur conversion. L'Ancien et le Nouveau Testament sont venus sf. mêler chez eux à ce qui leur restait

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