CHAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÈRE A DIOGLÊTIEN
propos, il vient à Rome, est joté en prison, comparaît devant Domilien et lui tient tète, puis rompt miraculeusement ses liens et quitte l'Italie librement. Ses dernières années se passent en Grèce et en lonie, où il meurt sous Nerva.
En composant cet ouvrage fade et prétentieux, Pliilostrate ne paraît pas avoir songé le moins du monde, comme on l'a supposé, à donner à la société païenne une sorte d'évangile ni à opposer Apollonios à Jésus ■ . Pas un mot dans son livre no laisse soupçonner pareille intention. Mais le rapprochement devait se produire de lui-même à son heure. Le néo-pythagorisme mystique, ascétique, thaumaturgîque, apparaissait là comme un idéal réalisé, dans le cadre d'une biographie merveilleuse, qui prétendait être historique, et qu'on acceptait pour telle. La forme mémo du récit, en ce qu'elle avait de sophistique, répondait au goût du temps '. 11 était fatal que le paganisme, lorsqu'il chercherait un livre à opposer aux évangiles, choisît celui-là. C'est ce qui fut fait à la fin du iii^ siècle par un certain lliéroclès, gouverneur de Bithynie, dans son Philatéthès^ . Cette tentative, et la réfutation qu'en a composée Eusèbc, ont
i. Voir Philotogiis, nouTelle série, V, p. 137.
2. On peut croiru qu'il conlribua à augmenter ia réputalioD d'Apollonios. Cararalla lui dédia un sanctuaire (Dion Cass., I. LXXVII, ch. xviii); Alexandre Sévère avait aa statue dans son larariiiin (Ilist. Aug., Alex. Sôv-, S)); il fut honoré, ou même adoré comme un dieu, à Éphése [LmI.. Iml.div., V, 3|; et dès la fin du III* siècle, son image se trouvait dans beaucoup de temples (Voplscus, Aurel., 2t). Yopiscus (pass. cité) écrit & son sujet : • Quid onim illo vira sancUus, vennraliilius divîniusque inler homines faitîllU mortuis rcddiditvitani. ille mulla ultra hominem fecit et dlxit. Quie qui velit dossq, grxcoa légat libros qui de ejus vita conscripti sunt. » 11 se proposait d'écrire lui-même sa vie en laUn.
3. L'ouvrage d'IIicroclès, pcrdti, peut encore être restitué dans ses grandes lignes, à l'aide de la rérutallon d'Eusèbc, dont on trouvera le texte ft la suite de la Yie d'Apoltonios, dans le Philostraie do Kaysor, 1. 1, Bibl. Teubnor.
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donné à l'ouvrage de Philostrate une sorte de succès de scandale, qui s'est prolongé jusqu'à nos jours *. 11 faut l'en dépouiller, pour le bien apprécier. Réduit à sa valeur propre, c'est une médiocre production de la sophistique, qui toutefois jette quelque jour sur l'histoire morale et religieuse du temps.
Cet ouvrage, déjà, nous laisse voir en Philostratc un homme habile à complaire au goût de ses contemporains. Il ne le fut pas moins, quelques années plus tard, lorsqu'il s'avisa d'écrire les Vies des Sophistes.
La première idée lui en vint à Anlioche, un jour qu'il s'entretenait dans le temple d'Apollon Daphnécn, rendezvous des sophistes, avec son condisciple, le futur empereur Gordien*. De ces entretiens, travaillés et complétés, sortit plus tard un livre que l'auteur dédia à sun ancien interlocuteur, alors proconsul d'Afrique, sous le règne d'Alexandre Sévère (de 222 à 233). Cet ouvrage aurait dû être une histoire de la sophistique; c'est, tout au plus, un recueil de notices sur un certain nombre de sophistes.
L'auteur, pourtant, prétend embrasser tout le d(''veloppemenl de l'art sophistique, depuis le v" siècle avant i.-C. jusqu'à son temps. — Dans un premier livre, il traite de quelques hommes qui se sont donnés pour philosoplies, mais ({ui, selon lui, uni été réellement des sophistes (Eudoxe de Cnide, Léon de Uyzanco, Carnéade, Dion de Prusc, Favorinus, etc.): puis il nous présente les maîtres de V Ancienne sophistique {if/jxia. oo^ictikiï), Gorgias, liippias, l'rodicos, Polos, Thrasymaquc, Antiphon, Critias, Isocratc, liischinc. De ceux-là, il passe aux représentants de la Seconde so/thisliguc i^Seortpx ooj;c-
1. Voir surloul Biiur, Apottunius und Chnslua, Tuliingue, 1832. Cf. Cbassang, Apollonlo* de T-jaue, traductbn unnotûe, Puris, 1L'G2, Introdaclion.