Voir p
Hiit. i» la Liit. greoqa*. — T. T. 50
jM,Googlc
786 CHAP.TI— DE SEPTIME-SÉVÊRE A DIOGLÉTIEN déjà, il apparaît avec des Iraditions presque immuables, qu'il faut expliquer '.
Ce qui constitue proprement le roman, tel que nous le trouvons en Grèce, c'est le récit développé d'une aventure d'amour. Par ses origines lointaines, il se rattache à l'essor que prit dans la période alcxandrine la peinture des sentiments amoureux. Il dérive de l'élégie et de l'épigramme erotique, de l'idylle, de certaines scènes d'épopée, des contes milésiens, et de ces récits innombrables insérés alors dans l'histoire et la mythologie pour y introduire les sentiments à la mode '. Mais il procède surtout, et bien plus directement, des exercices d'école, de ces sujets inventés parla fantaisie subtile des rhéteurs, qui créaient des situations à leur gré, séductions, attaques de pirates et de brigands, enlèvements, séparations et reconnaissances, pour en tirer des matières de discours. C'est dans ces exercices en effet que l'esprit grec a contracté le goût des aventures invraisemblables, des accidents multipliés et compliqués, des concours et des conflits de circonstances les plus étranges; c'est là aussi qu'il a pris l'habitude de traiter les sentiments comme des thèmes oratoires et qu'il a constitué par conséquent les lieux communs de l'amplification romanesque. Ajoutons que, durant la même pé-
1. L'âtuda capitale sur le roman grec est celte de E. Bohdu, Der griechiseke Roman und seine Vorlâafer, Leipzig, 1S76. Elle avait élé jirécédàe ea France par celle de Chaaaang, Histoire du roman fl de ses rapport) avec l'histoire dans l'antiquité grecque et taline, 2t éd., Paris, 1SSS. La définition du ronnao n'y étant pas assez prérise, l'auteur a écrit plntOt l'biBtoîre do la Action, ce qui est assez différent. Cf. aussi Nicolal, L'eber Enltle/iung umi Wesendei Griechitchen Romans. 2f édition, Berlin, 1B67. Rappelons enfin, à cause du nom da l'aateur, l'étude de Villemain Sur les Ruinons arecs.
2, On a voulu ansai autrefois le rattacher aux contée orianlaui: Unet. Lettre à Segrais sur l'origine des romans. Cette opinion parait dcToir être rejetéa. Nous ne trouvons rien dans dans le roman grec qui ne s'explique par des antécédents helléniques.
jM,Googlc
riode, l'idée de la puissance du hasard {Tâ^pi) s'élait assise pro fondé inent dans les esprits. Une fois maîtresse des imaginations, ellu les a mises en état d'accepter avec plaisir le spectacle d'événements incoliérents, pourvu qu'ils donnassent lieu à des péripéties et h des coups de théâtre.
C'est avec ces trois éléments, amours d'élégie, conventions d'école, goût des péripéties, que s'est constitué le fonds du romin grec. Ces origines rendent raison de sa faiblesse native et de sa pauvreté. N'étant pas sorti de l'observation, il a manqué de réalité. Au lieu de s'attacher à l'élude de la vie et de la transporter dans des fictions qui en auraient mis en lumière certains aspects choisis, il n'a jamais fait que coudre les unes aux autres des aventures aussi monotones que compliquées et y mêler des discours d'amour, trop souvent fades et subtils. lia eu, du drame, certains caractères extérieurs, le mouvement, les surprises, et il en a de bonne heure reçu le nom (Spâ|tx, )pafi.xTixcv) . Mais ce qui donne au drame sa force, à savoir une action naturelle résultant des caractères, est précisément aussi ce qui lui a le plus manqué. Parfois seulement, certaines qualités de grâce et de finesse ont pu se faire jour dans ce genre faux et ont créé quelques œuvres aimables, dont une, par exception, s'est classée dans l'opinion de la postérité au rang des petits chefs-d'œuvre. C'est qu'une heureuse inspiration a rapproché alors la fiction de la réalité, et lui a communiqué un peu de cette vérité humaine, sans laquelle l'art littéraire n'est qu'un jeu de sophiste. Mais cela même ne semble pas avoir été le résultat d'une évolution régulière, d'un progrès normal, plus ou moins continu. L'histoire du roman grec semble, elle aussi, soumise aux caprices du hasard. Il est vrai que la chronologie en est mal fixée, que les éléments d'information sont encore très insuffîsants, et que par suite
jM,Googlc
jM,Googlc
LE ROMA^r; AMTONIUS DIOGÈME 789
le commencoment du second siècle '. D'autre part, le prénom romain de l'auteur ne permet pas de le faire remonter beaucoup au delà de l'ère chrétienne. El, dans ces limites, la vraisemblance semble indiquer de préférence la Un du 1" siècle, soit parce que l'auteur se montre en communion d'idées avec la forme du néopythagorismo dont Apollonios de Tyane est le représentant par excellence, soit parce que sa langue dénote déjà l'inlluence de l'atticismc renaissant '. — \ous ne connaissons plus l'ouvrage que par le sommaire qu'en a donné Photius *. Son principal intérêt est de nous montrer le genre romanesque empruntant son cadre à la littérature des voyages fabuleux. Dire que le roman ait eu besoin de cet emprunt pour se constituer ne serait pas exact, puisque nous venons de le voir, vers le même temps, s'incorporer à l'histoire. Mais il est incontestable qu'un fond géographique et descriptif laissait plus de liberté au romancier qu'un fond historique. Donc l'oeuvre de Diogène marque une date et ouvre une vole. Au reste, elle l'ouvre assez maladroitement. L'élément géographique et fabuleux y prédominait, comme le titre l'indique, sur l'élément psychologique. L'arcadien Dinias était censé y raconter un invraisemblable voyage autour du monde, non seulement jusqu'à Thulé, mais bien au delà vers le nord, jusqu'au voisinage de la lune. A ces fables se mêlaient mille aventures, notamment ses amours avec la lyrienne Derkyllis, dont les interminables malheurs, partagés par son frère Mantinias, étaient racontés tout au long. Selon Photius, l'auteur avait su prêter un air de vérité à ces inventions, que recommandaient en outre la clarté du style et l'agrément du
1. Ajontons que Porphyre le cite daoB sa Vie de Pythagore. i. Pbotiue, psgs. cité : ^a^ra j] XiEk ml xaBapct. 3. II 7 an a qnelqucs IragmenU dans la Vie de Pythagore de Porphyre, mais lia soDt ditflciles à isoler.
jM,Googlc
790 CHAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÈRE A DIOGLÉTIEN récit. Par là, ce livre se faisait lire, malgré l'enchevêtrement des événements; de'plus, ajoute le'même auteur, on avait la satisfaction d'y voiries méchants puniset les innocents justifiés. Curieux mélange, en somme, de morale et de magie, de rêveries mystiques et de fantastiques inventions.
La vraie nature du roman semble s'être dégagée plus nettement dans les Bahyloniques de Jamblichos dont le texte malheureusement n'est pas venu jusqu'à nous *. Né en Syrie, et de race syrienne, l'auteur devint grec par l'effet de son éducation : il semble même avoir été professeur de rhétorique grecque. Dans son roman, il se donnait pour babylonien ; c'était un moyen, sans doute, d'avoir plus d'autorité dans les choses babyloniennes. D'après une notice biographique anonyme, il aurait élé instruit de la langue, des mœurs et des traditions du pays de Babylone par^un prisonnier de guerre qui fut son éducateur. Quelle est dans ces renseignements la part de la fiction? nous l'ignorons : eu fait, le récit qu'il a écrit ne demandait aucune information bien particulière !. Ce qui est certain par son propre témoignage, c'est qu'il le composa sous le règne de Marc- Aurèlc, après la guerre des Parthcs, par conséquent entre 166 et 180 \
I. SnldaB, 'làittlixoc- — Pholius, 9i. Les renaeignemcnta biographiqneB sont au mllieit de l'analyse (p. T&, Bekker ; Hercher, Erot. Scrîp. Cr., t. 1, p. 225) ; évtdemmeDt Jamblicbos les donnait là dant ■on récit; mais ils doivent être conlrôlés â l'aide de la notlcs mareioale du Yenetvt, 4S0, reproduite dans 1» PhotinB de Bekker* p. 73, note ii. — E. Rohde, Gr. Rom., p. 361.
S. L'analyse de Pholius doit Atre lue dans l'édition des Eroliei grmci de Hercher, 1. 1, p. 2ai( et suiv. — Voir en onira ; 1» les fragmenta réunis dans le méms Tolume, p. 2n-!20 ; £• ceux qui ont été ajontés après coup en tête du second volume, p. 64-61 ; 3* enfin eenx qui ont été pnbliéi par H. Hincli, à la suite des Folemottii deelamalionei, Lipsiat, 1873 (p. 46-51),
3. Selon SnidBB, les Babt/toniqueB avaient 39 livres ; mais l'analyia
jM,Googlc
LE rouan; JA.MBLICHOS 791
Le drame de Jamblichos n'a pas pour thcàlre, comme celui d'Anlonius Diogène, le monde entier. Ses personnages ne sortent pas de la région de l'Euptirate, et même la plus grande partie de l'action se passe aux environs de Babylonc. Ainsi le roman chez lui ne se subordonne plus à la géographie descriptive; mais si ce n'est plus un voyage autour du monde, c'est toujours une série de courses éperdues, à travers des aventures paradoxales. Toutefois, l'intérèty estplus fortement concentré sur les personnages principaux, qui sont ici le jeune Rhodanès et ta belle Sinonis, épris l'un de l'autre. Persécutés par le méchant roi de Babylone, Garmos, ils finissent, aprôs mille épreuves, après des terreurs sans cesse renaissantes, par triompher de lui. Rhodanès devient même roi à sa place, conformément à une prédiction faite dans la premier;- partie : car l'auteur a eu l'inlention de conduire son nVil, malgré la multiplicité des détours, à une fin prévue. Et c'est là un progrès réel. Il semble aussi que la mise en valeur des sentiments y avait pris plus d'importance. L'auteur .l'était servi de ses inventions pour éclairer les caractères. Sinonis, amoureuse de Rhodanès, était jalouse jusqu'à ta fureur. Un fragment mutilé nous fait assister à une scène où le sage Sorœchos cherchait en vain à calmer ses transports '. Par malheur, il y avait, chez Jamblichos, plus de désir de briller que de goût pour la vérité. Contemporain d'IIérode Alticus, il avait mis en œuvre toutes les ressources de la sophistique contemporaine *. C'est là, avec les scènes de magie, ce qui contribua le plus au
qu'en donne Photius s'arrête au XVI' el semble complète; comma le livre eut grani] succès, on peut expliquer cette <livergence eu supposant qu'il y eût plusieurs éilitiona, diversement «lîTiaées.