Rohde, Griech. Rom., p. 432 sq
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tout au siècle où la Vie d'Apollonios de Tyane par Philostrate était lue avec dévotion '. On peut ajouter qu'on y sent aussi l'influence de celte sorte de religion homérique qui se maaifcslait si curieusement dans l'Héroïque de Philostrate de Lemnos '. En outre, quoique l'auteur transporte l'action au temps où l'Egypte était une province perse, l'idée qu'il nous donne de l'Ethiopie, la mention des Axîomites, alliés dcce royaume., scmhlent se rapporter à l'état de choses que nous laisse entrevoir l'histoire dans la seconde moitié du m* siècle. Ainsi enfin s'expliquerait la prédominance qui est donnée dans l'ceuvre tout entière à la religion du soleil, fort en honneur, comme on le sait, au temps de l'empereur Aurclien (2'Î0-275).
Le fond du roman est l'histoire d'une jeuDC princesse d'Ethiopie, abandonnée dès sa naissance par sa mère, la reine Persina. Transportée à Delphes et, là, élevée par le grec Calliclès sous le nom de Calliclée, elle s'éprend du heau thessalien Tliéagène; tous deux s'engagent l'un h l'autre. Pour obéir à un oracle, ils quittent Delphes sous la conduite du sage égyptien Calasiris, et, après plusieurs aventures, sont jetés par un naufrage en Egypte, aux bouches du Nil. Là, ils deviennent vraiment le jouet de la fortune. Nous les voyons aux mains des pâtres -brigands, ou Boucoles, établis dans les marais du Delta; puis à Mcmphis; tantôt rapproches, tantôt séparés; exposés à de terribles dangers, surtout par suite de la passion qu'Arsacé, femme du. satrape d'Egypte, Oroondatès, conçoit pour Tliéagène. Ils y échap-
1. Le souvenir précis dn c«t ouvrage se retrouTS peul-étre dass la fa(on dont sont représentés les Gymnosophiates d'Ethiopie, qui ressemblent fort aux sages Indiens de Philostrate.
2. Voir en particulier le passage du 1. II relatif aux .ï^nianes, i Achille, à Néoploléme et à Tht.^agène, leur descendant; ou encore, au I. V, l'apparition d'Ulysse \ Calasiris.
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pent pourtant et arrivent en Hthiopie, où règDent les parents de Caliiclée, le roi Hydaspe cl la reine Persina; mais ils y arrivent prisonniers et inconnus ; et c'est seulement lorsqu'ils vont être immolés au soleil que la reconnaissance attendue a lieu. Tout se termine par le mariage des deux fiancés^ qui ont su se conserver purs jusque là, et qui reprennent alors leur rang.
Si cet étrange tissu d'aventures manque absolument de vraisemblance intime et de liaison naturelle, on ne peut nier qu'il ne se recommande d'ailleurs par plus d'un mérite. L'ampleur du développement et la variété des épisodes s'y concilient avec une babileté de composition que nous n'avions pas encore rencontrée dans ce genre. Non seulement l'auteur nous jette dès le début in médias res, mais, jusqu'à la fm, il sait soutenir l'intérêt, nouer et dénouer des fils qui s'entrecroisent, et il conduit des événements compliqués de fa(;on à nous donner l'impression d'une marclie continue vers le dénouement ; ce qui ne l'empêche pas d'y introduire, quand il le juge bon, d'adroites péripéties, qui rejettent tout à coup son lecteur dans l'inquiétude. Il a en outre le don de décrire et d'animer. Que l'on compare à cet égard ses personnages à ceux de Philostrate dans la Vie d'Apollonios, sa supériorité est éclatante. Il est vrai que ses deux héros, Théagène et Chariclée, sont les moins vivants de tous, car ils n'ont presque rien de personnel. Mais, chez ses personnages secondaires, les traits intéressants ne manquent pas. Le sage Calasiris, le brigand Thyamis, surtout l'ardente et impérieuse Arsacé, se détachent avec un certain relief sur le fond du récit. Et cette même imagination, qui les anime, apparaît aussi dans la représentation d'un grand nombre de scènes et dans mainte description. Les tableaux d'ensemble, les cortèges, les cérémonies sont traités avec une habileté de main qui a son prix.
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798GHAP.Vr.-DESaPTIUE-SÉVÉRE A. DIOGLÉTIEN Mais, il faut bien le dire, ce sont justemcot ces qualités qui accusent la faiblesse constitutive de l'œuvre et, par suite, le vice du temps. L'imitation, le convenu, les habitudes de l'école ont étouffé chez Hôliodore une originalité qui peut-être, en un autre siècle^ aurait pu se développer. Sans cesse, il se souvient, au lieu d'observer, et il copie, au lieu de créer. Son roman est plein de réminiscences d'Homère et des tragiques ; il est plein aussi des lieux communs de la sophistique. Rien n'y est traité avec le goût simple de la vérité. Une fausse élégance, une fausse poésie, un faux idéalisme, une fausse sensibilité, voilà ce qui enveloppe tout. Et le style luimême a ce caractère, de manquer profondément de sincérité ; il est, pour ainsi dire, entre la poésie et la prose, artilicieliemenl fabriqué avec des souvenirs, avec des éléments épiques et des éléments attiques, au^cquels se mêlent, çà et là, des solécismes et des barbarismes, dus sans doute à l'origine syrienne de l'auteur.
Après Iléliodorc, l'histoire du roman grec se continue pour nous, — faute sans doute de beaucoup d'œuvres disparues, — par les récits d'Achille Tatios et de Cliariton de Lampsaque '. Le temps où ils ont vécu l'un et l'autre ne peut plus. être sûrement déterminé; mais on incline à les rapprocher plutôt du v siècle que du iii*. I^omme d'ailleurs le roman, entre leurs mains, peut passer pour le prélude du roman byzantin, nous réservons l'étude très sommaire do leurs œuvres pour le chapitre où nous jetterons un coup d'oeil sur la dernière époque de l'hellénisme. — Au contraire, la pastorale de Longus, bien que nous n'en connaissions pas mieux la date, procède d'un eHort de création qui la rappro-
1. Suidas (âivofûv) cite eu outre deux romanciers ilu nom do XéDophon, l'un d'Antiochc, l'autre de Chypre, dont nous ne savons d'ailleurs rion.
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che des œuvres dont nous venons de nous occuper. Mieux vaut ne pas l'en séparer dans notre étude.
Par ses origines, la pastorale romanesque se rattache à l'idylle bucolique des Alexandrins. Elle a dû naître des souvenirs de Théocrile, de Bion et de Moschos ; et, en un certain sens, elle peut être considérée comme une résurrection de ce genre disparu, sous la forme nouvelle d'un récit en prose. La période de l'empire, par suite du développement de la vie urbaine, avait vu, dès ses débuts, se ranimer le goût des fictions rustiques. La philosophie du temps, détachée par principe du luxe et des habitudes mondaines, secondait ce mouvement spontané des esprits. Musonius, au premier siècle, recommandait l'agriculture et le séjour aux champs comme la meilleure vie et la plus saine. Dion de Pruse, un peu plus tard, se plaisait, dans son Euboique, à peindre les mœurs pures et simples do deux familles isolées au milieu des bois et vivant là de la chasse ou du travail de la terre. Naturellement, les purs littérateurs, toujours à l'alTùt de la mode, suivaient, \lkiphron vers le milieu du second siècle, Élien, au début du troisième, composaient des lettres de campagnards. La sophistique mettait au nombre de sesexercices, soit les lettres de ce genre, soit les descriptions de sites pittoresques. A quel moment au juste entreprit-on pour la première fois de transporter cette mode dans le roman? nous l'ignorons. Pour nous, l'œuvre de Longus est à la fois la première et la dernière de son espèce, et nous ne savons mémo pas quand elle fut composée.
L'auteur semble avoir été un sophiste, originaire do Lesbos '. Un a cru pouvoir conjecturer, sans preuve bien solide d'ailleurs, qu'il a fait quelques emprunts à Alkiphron et qu'il a été imité à son tour par Achille Tatios ';
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800GHAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÉRE A DIOCLÉTIEN ce qui le placerait après le second siècle et avant le cinquième. Son œuvre, intitulée Daphnis et Chloé (Ti xaTàiifpvivîcaiXXÔTiv), comprend quatre livres. Bien que la célébrité de l'ouvrage ne doive pas nous en faire exagérer la valeur réelle, celte célébrité est loin d'être entièrement imméritée, et elle demande à être expliquée.
Ce qu'on ne peut refuser à Longus, c'est d'avoir mieux discerné qu'aucun autre romancier grec la vraie nature du roman. Au lieu d'en faire un récit d'aventures, chargé d'incidents et de coups de tbéàlre, et d'en promener l'action de pays en pays, il l'a conçu comme une peinture de mœurs et de sentiments, presque dénuée d'6vcnements, et enfermée dans un même lieu. Innovation excellente. A vrai dire, cela bii était à peu près imposé par la nature même de soii sujet : la pastorale est essentiellement sédentaire; si les bergers qu'elle met en scène voyageaient, ce ne seraient plus des bergers, et le récit cesserait par là même d'être une représentation de la vie rustique. Le cadre enchainail donc le narrateur, et ce fut pour lui un grand bonheur.
Au lieu de décrire des pays inconnus et des merveilles de convention, Longus nous met sous les yeux la campagne de Lesbos, aux environs de Mitylène : des champs, des bois, des montagnes, une grotte avec une source consacrée aux Nymphes, et le rivage de la mer. Ses descriptions ont beau être prétentieuses et maniérées, elles sont cependant prises dans la réalité; et ce qu'il y a en elles de vérité rachète leur élégance apprêtée. L'auteur a de l'imagination : il voit les choses, il s'entend à les grouper et à en dégager l'impression poétique. Chacune des saisons, qui forment comme les actes de son drame, est finement caractérisée; il sait en noter non seulement l'aspect et le décor, mais l'influence morale, pour ainsi dire, c'est-à-dire la manière doal elle modiBe l'action secrète que la aaturo exerce
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sans cesse sur l'hummo. Les scènes champêtres qu'il invente, ou qu'il imite, ont un charme réel. Ce sont de toutes petites choses, mais qui plaisent, li nous intéresse à la construction d'un piège à sauterelles préparé par Chloé, à l'accident do Daphnis tombé dans une fosse à loup, k la vendange, à la tristesse de l'hiver qui sépare les jeunes amants, à la description d'une maison de paysan où l'on fait bon feu pendant que le vent glacé soufile au dehors, à la simple peinture de deux vieux arhres revêtus de herre, abri hospitalier où les meP' les et les grives se réfugient en foule, tandis que le sol est couvert do neige. Tout cela est précis, vivant, amusant. Les événements proprement dits sont loin de valoir ces jolis tableaux do genre. L'enlèvement de Daphnis par les pirates, sa délivrance miraculeuse par le dieu Pan, la guerre entre .Mitylèno et Méthymne ne peuvent guère passer que pour do médiocres inventions. Mais ces événements sont peu de chose dans le récit, et ils n'en allèrent pas le caractère général.
Sur ce fond de réalité, les sentiments aussi devaient nécessairement se rapprocher de la vérité. Par malheuPj c'est ici que le défaut capital de l'œuvre apparaît. Le vrai sujet était la peinture d'un amour ingénu qui naît et se développe; et ce sujet, délicatement traité, était charmant. Mais rien n'est plus difficile à peindre que l'ingénuité pour qui en manque absolument. Comment un sophiste, même heureusement doué, n'aurait -il pas gardé toujours et partout ses habitudes de raHinement? C'en était assez pour tout gâter. En outre, ce qui semble avoir le plus tenté Longue dans la peinture qu'il entreprenait, c'est, il faut bien l'avouer, son côté scabreux. Sans doute, le trouble des sens, les désirs obscurs et inquiets y avaient leur place marquée; mais il ne convenait ni qu'ils fussent sans cesse au premier plan, ai surtout que l'auteur conduisit ses deux personnages.
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802GHAP.V1.- DE SEPTIME-SÉVÈHE A. DIOGLÉTIEN de l'ignorance à la pleine connaissance, par une série méthodique d'iniliations graduées. Là est le vice intime de son œuvre, ce qui en fait un livre suspect, et ce <jui lui a valu auprès do ses nombreux lecteurs un succès d'assez mauvais aloi. Vice moral el vice littéraire en même temps. Car non seulement l'auteur s'arrête avec complaisance àjdes scènes libertines, mais il prête simullanémenl à ses héros une ignorance prolongée et une curiosité incessante qui sont contradictoires. Nous sentons qu'il y a, dans ces inquiétudes qui s'analysent si savamment, dans ces plaintes raffmées, et surtout dans ces recherches malsaines, quelque chose de faux, qui a la prétention d'imiter la nature et qui en réalité la sophistique'. La traductiond'Amyot, revue par Paul-Louis Courier, a bien pu atténuer pour les lecteurs français les défauts du style de l'origiual, lui prêter une apparence de naïveté et de simplicité qui est très éloignée de son vrai caractère ; elle ne fait pas disparaître cette tare native, qui est la marque d'un âge de décadence.
La poésie du iii° siècle, si pauvre qu'elle soit, ne peut pas être ici entièrement passée sous silence. Mais c'est lui faire toute la part qu'elle mérite que de la caractériser en quelques mots. Dans tous les genres, elle continue très obscurément celle du siècle précédent, sans rien innover, sans rien rajeunir, vide d'idées et de sentiments, dénuée d'imagination, et, bien souvent, n'ayant plus même pour elle la correction ni l'élégance de la forme.
i. Lire à co sujcl S. Marc Girardin. LilUrat. dramat., IV, ch. lui, «n se défiant pourtant d'une certaine exagération qui s'y fait sen-
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