Ensèbe, H. ecct.. VI, ch. m
Àituva . Porphyre, dans Eusébe, Ilitl. eccl-, VI, cb. %it, 8 : Euvfiv n fàp cti'i tA Illiiuivi ToT; ti No'j|niviou %a\ Kpav-ou 'AicoXXafâvoii< tl xat Ao-j'ylvou xs'l MoSipâcou Nixoiià^Mi ti %aii tût Iv tsT; TluSaYopiIoi; iXXo'i'iiiuv ivipûv ùtiUii auyyfiiMUtcii' ixp^J" ik <"■> Xnip^tiovo; tqv Sthïxoû Kopvo'JTBu Tc Toil; fiei-aii;. Jéràme, Ep. 70, dit qu'Origèoe k Toala troaver dans Platon et Aristotn, Noumcnios ot Cornutus, lu justification des dogmes du christianisme.
Hlatoi» d« 1* Litl. grtoqD*. ^ T. V. &4
850 GHAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÉRE A DIOGLÉTIEN toute son œuvre a le caractère d'une iiiiprovisaliou brillante et inégale, qu'un esprit supérieur a développée au jour le jour, où il a jeté abondamment ses vues personnelles, sa science, ses souvenirs, ses conceptions naissantes, mais qui manque de je ne sais quelle force intime d'organisalionet d'acbèvemeiil. Il suffira de la parcourir rapidement pour en donner l'impression.
Dans l'immense collection de ses écrits, en partie perdus, distinguons d'abord les ouvrages d'enseignement dogmatique '. Le seul dont nous puissions juger est le Traité des Principes, encore représenté par des cliapilres entiers. Les principes qui donnaient leur nom à l'ouvrage étaient ceux de la croyance chrétienne : la nature de Dieu, celle de l'homme, la chute et la rédemption, la liberté et la grâce, l'autorité des Écritures. Il noua resle un importaiil chapitre du livre IH sur la liberté, et ud autre du livre IV sur l'interprétation des Écritures. Le premier est d'une philosophie claire, d'une dialectique facile et ingénieuse, mais qui ne vont pas au fond des choses. Dans le second, Origène fait la théorie définitive de l'interprétation allégorique, qui, grâce à lui, est devenue comme le signe propre de l'école exégélique d'Alexandrie. 11 y pose la distinction du sens matériel et du sens spirituel. En le faisant, il ne parait se soucier ni des objections ni des conséquences possibles; il enseigne plus qu'il ne discute, avec un dogmatisme modeste, mais confiant en son principe, qui se satisfait trop aisément par la clarté de ses déductions. Au fond, sathéorie, renouvelée de Philon, et consistant à soutenir qu'un même texte dit deux choses à la fois, ou même qu'il ne
1. Sur la résurrection, quelques fragments seulement. Les Stromales, en dix Hïrea, poriius entièrement. Sur les Principes ([Iif't dp);(âv), en quatre livres, composé à Alexandrie avant S3( ; Tragments importants, surtout les chapitres conservés dans la Pliiloeatie, recueil d'extraits d'Origine, dû à Basile et à Grégoire de Nazianze.
ORIGÈNE 8ôl
dit pas co qu'il semble dire, est le contraire de toute saiue critique. Mais il ne faut pas oublier, pour la juger, que, d'une part, elle avait pour elle l'autorité d'une ancienne inotbodc et que, d'autre part, elle seule pouvait infuser largement rbcllénisiiie dans la tradition biblique.
C'est de celte théorie, à la fois fausse et féconde, que s'inspire l'immense collection de travaux exégétiques qui constituait la principale partie de l'œuvre d'Origène. Ces travaux eurent pour base l'établissement du texte sacré dans des conditions vraiment nouvelles; travail préalable, qui aboutit à la constitution de la Bible à six colonnes {-i 'EîjxicXS), oii se développaient parallèlement le texte hébreu en lettres hébraïques, le même en lettres grecques, et les quatre traductions d'Aquila, de Symmaque, des Septante et de Tliéodotien '. Ce texte ainsi établi, Origène passa toute sa vie à le commenter '. Son exégèse s'étendit peu à peu à tout l'Ancien et à tout le Nouveau Testament. Elle prit trois formes, selon qu'elle se produisait en Scolies (^■/6\\ct), en Homélies ('0[M>iai), ou enfin en Commentaires (probablement 'r7Cou.vr,[tïTa, mais ordinairement désignés par le terme deTô;j:j)i, volumes). Les Scolies étaient de simples notes ; le texte original en est entièrement perdu, mais il est probable que le contenu s'en retrouve en partie dans les explications attribuées à Origène par les exégètes qui l'ont suivi. Dos Commentaires, il ne reste que de.s parties, quelques-unes, il est vrai, assez importantes, que nous n'avons pas à 6numérer ici *. Ces commentaires,
1. Sur les Hexapla, voir BatiiTol, out. cité, p. 168 et suiv.
2. Cela ne veut paa dire qu'il ait attendu, pour commencer A commenter le texte, V ach&iement i\e3 HexapUa ; il est seulement Trai de dire que la question de la constitution du texte Vu préoccupé constamment.
3. Voir Bardenhewer, S9, 1, et BalilTol, p. 173 ; ou, pour plus de détails. Harnack. p. 3>3 cl suiv.
jM,Googlc
853CHAP.VI — DESEPTIME-SÉVÊRE A DIOCLÉTIEH en raison de leur abondance, de l'érudition dont ils sont pleins, des vues ingénieuses et philosophiques qui y sont partout répandues, n'ont cessé d'être considérés comme un des monuments de la littérature ecclésiastique. Selon que les docteurs chrétiens tenaient on non pour l'interprétation allégorique et l'hellénisme, ils les ont exaltés ou combattus. Quoi qu'on en pense, on ne peut nier qu'ils n'aient contribué à faire entrer dans la théologie chrétienne plus de philosophie grecque qu'aucun autre ouvrage. Mais si l'on y cherche surtout la personnalilc de l'auteur, il faut reconnaître qu'elle est loin de s'y manifester avec la force qu'on pourrait attendre. La philosophie d'Origène n'est pas une création originale, une doctrine marquée de son empreinte et qui demeure comme un système coordonné ', C'est une appropriation partielle et incomplète de vues diverses à des textes qui ne les admettent pas toujours. Et la forme de ces commentaires n'a rien non plus qui s'impose à l'attention. Une manière discursive et facile, souvent prolixe, qui sent l'enseignement, point de souci de condenser la pensée, point de recherche do l'expression vraiment propre et précise, et fort peu de traces de cette spontanéité vive qui seule aurait pu vivifier une langue négligée. On ne saurait tirer de toute la collection une de ces pages pleines et durables, toujours nouvelles, et où l'âme parle à l'âme.
Les Homéiies,p&T leur nature même, offrent plusd'intérèt à l'historien de la littérature. Car elles sont, comme on l'a dit, « les premiers spécimens de l'éloquence de la chaire *. » 11 nous en reste une vingtaine en grec, sans parler des fragments et des traductions : c'est un ensemble assez important. Par le fond et la méthode, elles
I. J. Denis, PhilotophU tfOiigine, Paris, 18St. S. Batiffol, p. 173.
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se rallacheot étroitement à l'exégèse proprement dite ; car ce ne sont en somme que des commentaires de textes de l'Écriture, et on y retrouve toujours la même méthode d'interprétation allégorique. Mais ces commentaires ont été donnés à l'église, non dans l'école, devant un auditoire plus mélangé, et auquel n'aurait pu convenir unenseignemcnt trop savant. Us ont donc quelque chose de plus libre, ils visent k édifier et à toucher en même temps qu'à instruire, et par suite le ton en est assez différent. Il ne l'est pas encore autant que nous le voudrions, et la préoccupation dogmatique y demeure beaucoup trop prédominante. En somme, ce qui recommande surtout ces discours, si on ne les juge qu'en littérateur, c'est une sincérité ijui exclut toute fausse rhétorique.
Origëne a été aussi un apologiste et un polémiste '.
Le plus connu peut-être de ses ouvrages et l'un des plus considérables est la Réfutation de Celse (Kxti KCkmu), en huit livres. II a été question plus haut du Discours vrai composé par Celse au siècle précédent. Le succès de ce livre, qui était une attaque en règle contre le Christianisme, semble avoir été grand. Origène, sur le désir de quelques-uns de ses amis, entreprit de le réfuter. 11 prépara d'abord ce travail à loisir, puis, en 246 ou 249, il se décida à l'acheverrapidement et à le publier. Nous le possédons encore. C'est une véritable Défense du Christianimie, qui toucheà tous les points essentiels. Écrite avec modération et dignité, elle intéresse par le sentiment qui l'anime, par la gravité des questions po-
1. Eusébc, Jérôme, BaQn mentionneot do lui diverses cuntrovi^rses avec les hérétiques et un traité contre ValcDlinien [Dialogut advergu» Candidum Vaiertlmianum). On lui u aussi attribué, mais à tort, cinq dialogues contre les Gnostiques, réunis sous le titre commun Adamantii dialogui de recta in Deum fidt, qui semblent dater du cumincucemcnt du it< siècle ; Harnack, p. 176.
S5i GHAP.VI — DE SEPTIME-SÉVÉRE A DIOGLÉTIEN
sues, par les idécsetlosinformationsdonl elle est pleine. Quelques-uns des grands côtés du Christianisme sont heureusement dégagés et mis en lumière. Origène montre par exemple avec force comment la philosophie grecque s'est trouvée trop savante pour la masse de l'humanité ; et, quand Celse reproche au christianisme de vouloir substituer la croyance aveugle à la raison, il répond avec justesse que la simple croyance, quoi que nous fassions, a une part énorme dans la vie intellectuelle de chacun de nous, cl que, d'ailleurs, le christianisme s'était fait, lui aussi, une philosophie. Ajoutons que beaucoup d'assertions légères et inexactes, avancées par Celse, sont relevées à propos. Mais, si ces mérites donnent à l'ouvrage une valeur réelle, qu'il est loin d'avoir perdue avec le temps, ils n'empêchent pas, d'autre part, que les défauts ordinaires à l'auteur n'y soient très sensibles. Ce qui y manque le plus, c'est une composition méthodique :ce n'en était pas une que de suivre l'ouvrage de Celse pas à pas ; les redites, les lenteurs y abondent ; on y voudrait surtout quelques pensées maitresses, capables d'organiser en un tout cette masse d'arguments.
Si, de cet aperçu sommaire, on veut dégager maintenant un jugement d'ensemble sur l'œuvre d'Origène, il semble qu'il yaitlieu de faire ressortir surtout la disproportion, si frappante chez lui, entre l'activité de l'esprit et l'art littéraire. Cotte insulTisance de l'art serait de peu d'importance, après tout, si elle n'atteignait aussi le fond des choses. Mais ici, comme toujours, quand l'art manque dans une œuvre de l'esprit, c'est que la pensée n'y est pas arrivée à son achèvement. Si elle était assez profonde, assez puissamment coordonnée, assez dépouillée de tout ce qui l'alourdit et l'atTaiblit, elle serait belle, alors même que l'auteur n'aurait pas cherché à l'embellir. Ce que nous avons sous les yeux n'est que
ÉiIKlVAINS CHRÉTIENS SECONDAIRES 855 l'ébauclie d'une grande œuvre. Et s'il en est ainsi, c'est que le christianisme, en ce temps, n'otaît pas encore assez hellénisé. Déjà, il avait emprunté beaucoup à la Grèce; mais le temps n'était pas encore venu, où, sur de lui, il allait lui demander, non seulement sa philosophie, son érudition, -ses mélliodes de recherclic, sa dialectique, mais aussi le moyen de faire valoir tout cela, c'est-à-dire son éloquence.
Après Origène, et jusqu'à la On du m' siècle, nous ne trouvons plus, dans la littérature chrétienne, que des écrivains secondaires. Ce serait sortir du cadre de cet ouvrage que de les étudier en détail. Essayons seulement, en groupant les principaux d'entre eux, de caractériser en quelques mots les tendances qu'ils manifestent.
Notons d'abord la persistance de l'école, dite caléchéliçue, d'Alexandrie, Iiéritière directe d'Origèno et, par lui, de Clément et de Pantœnos. Elle se continue par lléraclas, par Denys le Grand, par Piérios, Théognostos, Sérapion, et Pierre qui meurt martyr en 31i. Presque tous les écrits de ces docteurs sont perdus. Les plus importants fragments proviennent des œuvres du second d'entre eux, Denys le Grand, qui fut le chef de l'école de 248 à 26o ; et ceux-là même intéressent plus l'histoire du dogme et de la discipline ecclésiastique que celle de la littérature '. D'une manière générale, cette école d'Alexandrie reste fidèle à l'esprit d'Origène, très attachée au sens symbolique et très pénélrée d'hellénisme, bien qu'un certain nombre de ses maîtres rejet-
1, Ils ont été conservés par Eusèbc, iluns &on Ilitl. ec-Usiaslique.
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856CHÂP.VI.— DE SEPTIME-SÈVÈRE A DIOCLÈTIEN tent d'ailleurs ou même combaltont quelques opinions, particulières d'Origèoe '.
Daus le même temps, on voit apparaître à Antioche uoe série d'autres docteurs qui s'inspirent d'uD esprit différent et qu'on a pris l'habitude de grouper pour celte raison sous le nom d'école d'Antioche '. Tandis que les Alexandrins sont platoniciens et allégorisants, ceux-ci relèvent plutôt d'Aristote et inclinent, dans l'exégèse, vers le sens littéral. Cette tendance prend corps dans la seconde moitié du m* siècle avec le savant Lucien de Samosate, qui enseigne alors à Antioche et subit le martyre en 311*. Lui aussi, comme Origène, s'occupe d'établir le texte des Écritures, et, comme lui, il l'explique. Et c'est k l'esprit général de son interprétation que se rattachera, au siècle suivant, l'Arianisme.
En dehors même de l'école, l'Origénisme divisait les esprits. Un des plus remarquables disciples du grand docteur alexandrin fut Grégoire dit le Thaumaturge. D'abord païen, il entendit Origène à Césarée de Palestine en 231, fut gagné par lui au christianisme, et resta sou auditeur et son élève jusque vers 239. Un peu plus tard, vers 240, il devint évéque de Néocésarée dans le Pont ; c'est là qu'il passa la fin de sa vie et mourut vers 270 *. Ses œuvres, en grande partie perdues, comprenaient des traités dogmatiques et des homélies, dont nous n'avons pas à nous occuper. Mais il y a peut-être quelque intérêt à signaler son Discours sur Origène (Et; 'QfVfift» Kpocfuim-ruà; ■x.aX Tiivïippixôî Wyoî), prononcé solennellement en 239, au moment où il se séparait de son mai-
1. Banlenhewer, ; 30; Balilfol, p. 1S0-18T. Lcbiuann, Dit Saleehelerachule lu Alexandrin, Leipzig, 1S9S.