‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 412 sur 514 · DE DIOCLETIEX A LA MORT DE THEODOSE · texte numérisé non relu

DE DIOCLETIEX A LA MORT DE THEODOSE

BIBLIOQRAPBIE

Les sophistes païens. — Himërios. Sur les mss., voir la préface de F. Duebner, dans son âdition. Éditions da WeroBdorf, avec une traduction latine et un commentaire perpétuel, Gœttingue, 1790 ; de F, Duebner, dans le volume de la biblioth. Didot, qui contient les Philostrate, Paris, 1849. — Thëmistios. Nous indiquons, en étudiant Thémistios, comment le recueil de ses discours s'est constitué et grossi peu à peu. Les très anciennes éditions sont devenues très incomplètes. La meilleure, aujourd'hui encore, est celle de G. Dindorf, Leipzig, I83Î, d'après le lus. de Milan mis en lumière par Ang. Mai. Pour les ParapAruses d'Aristote, édition de L, Spengel, Leipzig, 1866, dans la Biblioth. Teuhner; voir, en tête du 1. 1, les indications relatives aux mss. — Libanios. Au sujet dés mss., consulter R. Foerster, De Libatiii libris manuscriptis Upialiensibus et Lincopiensibm, diss , Rostock, 1877. Première édition, Ferrure, I5t7. Ed. de Fréd. Morel, avec trad. lat. et ■otes, Paris, )608-)627; de Reiske, avec des notes, 4 vol. in-fî", Altenburg, 1791-97, la meilleure jusqu'ici, bien que laissant encore beaui^oup à désirer. La correction du texte a été avancée en ce siècle par de nombreux travaux critiques, et surtout, depuis une trentaine d'années, par ceux de R. Foerster, publiés dans VBermes, lePhilolorjus, le Rhein. Muséum et lesJahrb. fur clois. Philol. Une édition critique est fort à souhaiter. Les

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Leitret de Libanios ont été publiées par Wolf, Leipzig, 171 f, et complétées par le même, Amsterdam. 1738-

Philosophes, Savants, Historiens, — Pour les Via des philosophes d'EuNAPE, l'édition savante est celle de Boissonade, 2 vol. in-S*, Amsterdam, 1622, avec des notes ; seconde édition du même, jointe aux Philostrate de la BibI, Dldot, Paris, 1849. Pour les fragments historiques d'Eunape et des autres historiens, ainsi que pour les œuvres de philosophie, de médecine, de science, voir les notes au bas des pages,

Julien. Manuscrits. Voir la préface de l'édit. de Hertlein, t. i et lï.^ Édition». Première édition, P. Martin, Paris, 1583. Éditions de Petau, Paris, 1630; de Spanheim, Leipzig, (696. Édition critiqre deC. Hertlein, 2 vol., Leipzig, t87B-76, Bibl. Teubner. Pour l'écrit contre les chrétiens, qui ne figure pan dans l'éd. Hertlein, Jut. imperal. librorum cortira Christianoi quœ supersunt, éd. C. J. Neumann, Lip!=ife, 1880.

QuiNTtJS DE Smtrne. Sur l'établissement du texte, voir la préface de l'édition de Koechly et de celle de Zimmennann. Première édition : Aide, Venise, lîiOV. Éditions de Tychsen, Deux-Ponts, 1807 (incomplète, le t. I seul a paru); de F. J. Lehrs, dans l'Hésiode de la Bibl. Didot, Paris, <S39; de A. Kœchly, avec des prolégomènes et des notes criliqnes, Leipzig, 1830; de Zimmermann, dans la Bibl- Teubner.

EusÈBE. Sur la tradition des œuvres d'Eusébe, Hnrnack, Gesch. d. Altekr. Litleraïur, I, p. 531. — Édition d'ensemble, Migne, Patrol. grecque, t. XIX-XXIV. Éditions partielles : Chronique, éd. A. Schœne, i vol. in-i% Berlin, 1866-1879; Hittoire de PEylise, éd. de Henri de Valois, Paris, 1659-1673; avec les deux écrits sur Constantin; de Heinichen, 1868-70; de Dindorf, Leipzig, 1871, Bibl. Teubner; Préparaiion évangélique et Démomlration éoangÉlique, éd. de Dindorf, Leipzig, 1867- 1871, Bibl. Teubner. — Athanasb. Éditions d'ensemble : des Bénédictins (J. Lopin et B. de Montfaucon), Paris, 1698; de Migne, Patrol. gr. XXV-XXVIII, Paris, 1837. — Écrivains SECONDAIRES- Indications bibliographiques au bas des pages. — Basile. Édition des Bénédictins (J. Garnier et Pr. Maran), 3 vol. in-fol, Paris, 1721-1730; Migne, Pofro/. jr., t. XXIX- XXXII, Paris, 1857. — Grégoire de Nazianze, Édition des Bénédictins (Ph. Clemencet et A. B. Gaillau), Paris, 1778- 1840; Migne, Palrot. gr., t. XXXV-XXXVIII. Quelques-unes des poésies figurent dans VAnthologia grxca earminum christia'

norum de W. Christ et M. Paranikas, Leipzig, 187t. — Gré* GOtRE DE Nysse; Mignc, Palrol. gr., t. XLIV-XLVI, Paris, 1858. — Jean Chrtsostome. Éditions complètes du P. Fronton du Duc, avec trad, lat., 12 vol. in-fol., Paris, (609-1633; de Montfaucon, avec trad. lat., 13 vol. in-fol., Paris, (718-38; de Migne, Palrol. gr., XLVIl-LXIV. Fr. Duebner avait commeucé !i publier dans la Bibl. Didot des Opéra seleeta; le t. I a seul paru, Paris, 1861 ; il contient Adv. oppugnat. vitx monastiex, Detirginitat':, Adversus eos qui apad se habenl virgines stibintndiictas, i}utd regulares feminx viris cokabitare non dtbeant. Ad viduam janiorem, De non iterando conjugio, De sanoto Babyla, De taccrdotio, llomiUx ik slatais, Cathecheses.

1. Garaclères gâtiùraux du iv siècle. Dernier éclat de la sophistique jiuïi.'nni;, Avèni'intint de l'âloquence chréticDDC. — II. Les écoles. So])hisli!s en renom. Himérios, Thémistios, Libanios. — III. L'histoire profane. Eunape et Olj'mploâore. — IV. La philosophie. Jamhlique et ses successeurs. Les sciences : Oribase, Diophant". — V. Julk-n. Ses écrits. L'historien, le moraliste, lu mystique, le pamphlétaire. Sa correspondance. — VI. La poésie profane ou iv« siècle. Qiiintus de Smyrne. hea Argonautii/ueg orphiques. — VII. Littérature chrétienne. Transition entre le m" siècle et lu iv ; Eusèbe de Césarèe. — Vlir. L'Arianîsme, Arius et les écrivains ariens. Athanase, sa vie et ses écrits; son génie et son éloquence. — IX. Écrivains secondaires. Apotlinatre de Laodicée, Macédonios, Didyme l'Aveugle, Cyrille de Jérusalem, Diodore do Tarse, Théodore de Mopsueste, Épiphane. — X. Les Gappadociens. Basile ; sa vie et ses écrits: caractères de son éloquence. — XI. Grégoire de Naiianze. Sa vie et ses écrits. Le poète, le théologien et l'orateur. Grégoire de Nysse. — XII. Jean Chrysostônie. Sa vie. — XIIL Classement de ses écriU. — SIV. Le moraliste et l'orateur.

Aprôs la sombre période que nous venons de Iravcr-

ser, le w" siècle apparaît tout à coup, dans l'histoire de la littérature grecque, comme une seconde renaissance. De nouveau, nous rencontrons dans la société païenne des orateurs en renom, un Ilimorios, un Thémistios, un Libanios. Sur le trône, voici des princes remarquables, un Constantin, un Julien, un Théodose, qui ne sont pas seulement des hommes de guerre, mais aussi des politiques, et qui exercent sur le monde entier une influence profonde. D'ailleurs, à côté de l'éloquence païenne, et bien au dessus d'elle, se produit alors une puissante éloquence chrétienne, celle des Athanase, des Basile, des Grégoire de Nazîanze, des Clirysostùmc. Et, si nous regardons autour d'eux, l'aspect de l'Orient grec est tout autre qu'au siècle précédent. Tandis qu'alors le mouvement des idées semblait nul en dehors des écoles, à présent au contraire l'agitation est partout. De grands débats excitent et passionnent les esprits; de grands courants d'opinion se forment, puis se heurtent bruyamment. La parole et la pensée redeviennent ce qu'elles avaient cessé d'être depuis bien des siÈcles, des instruments d'action. Fait capital, qu'il Faut expliquer dans ses origines et montrer dans son développement.

La monarchie administrative substituée par Dioclétien à la monarchie militaire rend la paix à l'empire. Les conflits entre prétendants deviennent rares et de peu de durée. On voit de nouveau des rignes qui durent, ceux do Constantin (323-337), de Constance (337-361), de Valeiis (36i 378). de Thoodose (379-395). Ceci déjà est favorable aux lettres, qui n'aiment pas le bruit des armes. En outre, l'institution d'une capitale romaine à Byzance, si elle ne change pas la condition sociale et politique des provinces hellénisées, donne du moins à l'ambition des Grecs un objet plus prochain. Dans l'administration reconstituée, des emplois de toute sorte

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864 CHAP. VII.— L'ORIENT GREC AO IV* SIÈCLE s'offrent à eux. L'école des rhéteurs a une porte ouverte sur la hiérarchie des fonctions oflicielles ;. il y a là de quoi sLimuler ceux que le prestige des charges publiques séduit, c'est-à-dire toute la classe supérieure de la société, et une honne partie de la classe moyenne '.

Mais la vraie cause du réveil inattendu dos esprits, c'est le conflit des opinions religieuses, et, par conséquent, c'est le développement du christianisme.

Au second siècle, le christianisme n'avait guère fait que se défendre contre les persécutions et les calomnies par la bouche de ses apologistes; au m" siècle, il avait constitué les fondements de sa philosophie ; au iv", reconnu officiellement p'iir Constantin, il vise à expulser le paganisme. Et celui-ci, qui se sent alors en grand danger, s'inquiète, se défend, réclame tout au moins la liberté. On sent l'influence vive de cet état de choses chez des esprits modérés tels que Thémistios et Libanios, qui ont des amis dans les deuK partis; on la sent très forte chez les natures passionnées, telles que Julien et presque tous les grands évèques du temps. Cette inquiétude, cette lutte pour la domination, ces grandes questions qui touchent aux droits do la conscience et aux croyances les plus chères, voilà ce qui fait que la parole retrouve alors une sincérité qu'elle avait trop oubliée.

D'ailleurs la lutte n'est pas seulement entre païens et chrétiens ; elle s'élève, plus ardente encore, parmi les chrétiens eux-mêmes, entre orthodoxes et hérétiques. Aux hérésies multiples des siècles précédents, hérésies d'écoles ou de petites sectes, succèdent maintenant des combats d'opinions qui touchent au fond mémo de la

1. Cbrjsostdnie {Dite, contre let adver». dt ta vie monastique, p. 12, Didot) reprâsenle un père qni tient à son âls ce langage : '0 tilta taictivii «al Ix taictivmii, t^.v i«i tûv lifax xrrio-iiiiivof BOïa[iiv, iipît |»rriorBï àpZBC, n).oîJtav (xtt,o'oito noXÙv, yuvaTxa HiaSiv ECnopov, dIxiOT ^iioIôjii,T|9t la(iicpàv, fotspic tatii ânxiit xal iniSa|o(.

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croyance. C'est le cas de l'AriaDisiue, Toute la société chrétienne se passionne pour ou contre le dogmo de la consubstantialité. Et cette passion suscite dans les deux partis des cLainpions ardents, qui mettent au service de leur cause toute leur science, toute leur dialectique, tout leur zèle, et dont la parole retentit au loin. Eq même temps, ren6cig;nemenl de la murale chrétienne prend une extension Duuvellc. Comme il s'adresse à de grands auditoires, dans des villes populeuses où le riche et le pauvre se coudoient, il acquiert une portée sociale qu'il n'avait pas eue jusque-là. Le moraliste chrétien ne parle plus seulement pour quelques fidèles, animés du même esprit que lui, mais aussi pour des grands, pour de hauts fonctionnaires, quelquefois pour des personnages de la cour, en tout cas pour des gens du monde. U faut leur faire l'application d'uDc doctrioc qui les étonne, qui trouble leurs habitudes et leurs conventions; et c'est une tâche difficile, où les plus grands talents trouvent un emploi digne de leurs facultés.

Or, justement en ce même tempsj ces talents abondent dans l'église chrétienne. A présent qu'elle attire à elle les classes supérieures, elle compte en grand nombre, parmi ses diacres ou ses prêtres, des hommes qui ont reçu l'éducation hellénique; les élèves des sophistes lui apportent l'art qu'ils tiennent de leurs maîtres; cet art, ils le mettent au service des idées et des sentiments que le christianisme leur fournit. Leur éloquence séduit àes auditoires, qui, eux aussi, comptent désormais hien des lettrés. Leur succès, leur culture supérieure, leur intelligence plus ouverte les désignent pour les dignités ecclésiastiques. Ainsi co sont les leçons de Prohœrésios, d'Himérios, de Libanios, jointes à l'esprit do l'évangile, qui font les grands évêques du iv* siècle. L'hellénisme s'unit en eux à la tradition chrétienne. Et il résulte de

Hiit. da I* LÎU. gracqna. — - T. V. 55

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886 CHAP. VII.— L'ORIENT GREC AU IV SIÈCLE là un essor liltéraire vraiment remarquable, bien que l'influence du goùl sopbistique s'y fasse trop sentir.

Toutefois, dès le siècle suivant, cet essor prendra Bo, et le byzantinisme va commencer d'apparaître. En y regardant de près, on en découvre déjà les germes dans la littérature du iv* siècle.

D'abord le régime politique auquel l'empire est alors soumis est cssenliellemcnt contraire au libre mouvement des esprits. Ce régime est un despotisme administratif qui fait tout aboutir au maître. La liberté religieuse ou la persécution, la prédominance de telle ou telle doctrine sont choses qui dépendent en grande partie de sa volonté. Comment, dans ces conditions, l'esprit d'intrigue ne l'emporterait-il pas sur le goût de la libre discussion? Les païens ne comptent que sur l'empereur pour les défendre, s'il est païen lui-même comme Julien, ou pour les ménager, s'il est chrétien, mais politique. Lcsévèqucs, de leur côté, agissent à la cour, clierclient à s'y faire des appuis, trop souvent à y former des cabales. Théophile d'Alexandrie, plus habile que Cbrysostùme, est [^us puissant que lui à Constantinople et réussit à l'expulser. Toute l'éloquence du monde est plus faible que l'influence d'une femme qui gouverne la volonté d'Arcadius. Cette soumission nécessaire de tous à un bomme, qui est lui-même bien souvent le jouet des intrigues ou l'instrument des factions, c'est déjà un des traits caractéristiques du byzantinisme.

En voici un second, non moins frappant. Sil'on excepte les quelques années du règne de Julien, le christianisme devient tellement le maître dans cette société qu'il y absorbe tout. Sous les empereurs chrétiens, les orateurs païens sont réduits au silence ; tout au plus peuvent-ils plaider indirectement pour la liberté de conscience, à condition que le plaidoyer se dissimule sous l'éloge. El non seulement il n'y a bientôt plus do résistance ouverte,

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VUE r.ÉNÉRALK 887

mais, peu à peu, toute activité indépendante d'esprit disparaît. La philosophie n'a plus le droit d'attirer l'at- Icntion. Seules, ia théologie et la morale religieuse peuvent paraître au grand jour. Il semble que ce soit pour le christianisme un succès définitif, et c'est en réalité la cause la plus puissante de la diminution intcUec* tuelle et morale qu'il va subir dans les siècles byzantins. Lorsque le monde grec tout entier ne se passionnera plus que pour les disputes d'une orthodoxie subtile, on ne verra plus surgir ni d'Athanase, ni de Chrysostome . La pensée captive tournera sur elle-même, enfermée dans des discussions stériles, et la morale, privée du contact d'une vie sociale active et intelligente, s'enfermera dans un mysticisme monacal qui ôtera aux consciences leur ressort. Tout cela encore, c'est le byzantinisme, et tout cela est visible déjà sous les belles apparences du iv" siècle.

Ainsi, à plusieurs signes, le déclin prochain se laisse deviner. Mais, pendant tout un siècle encore, les forces bienfaisantes l'emportent sur ces causes d'alfaibllssement etde décadence. Elles produisent même degrandes choses qu'il faut essayer de mettre ici dans leur jour.

La sophistique s'était prolongée et soutenue à travers tout le III' siècle, sans produire ni professeurs ni orateurs comparables en renommée à ceux de l'âge précédent. Dès le commencement du iv* siècle, elle semble se ranimer, et de nouveau s'élèvent de grandes réputations d'école, au moins égales à celles qui avaient brillé au siècle des Antonins.

Toutes les villes de l'Orient grec ont alors leurs maîtres d'éloquence, dont les noms, oubliés aujourd'hui.

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8C8 GHAP. vn. — L'ORIENT GREC AU IV« SIÈCLE

sont fréquemment cités dans la littérature du temps. Quelques grandes villes possèdent même des groupes d'écoles, et jouent le rôle de véritables métropoles intellectuelles. Les plus célèbres en ce genre sont Athènes, Constant inople, Nicomédie, Pergame, Antioche, Alexandrie. Vers le milieu du siècle, la plupart d'entre elles sont dans tout leur éclat '. Les étudiants y aflluent. Groupés dans chacun de ces centres autour des divers maîtres en renom, ils forment de véritables factions, rivales el turbulentes^ qui se disputent les nouveaux venus par la ruse, et au besoin par la force. Ainsi enrôlées, les recrues prêtent serment au professeur qui a su se les approprier; dès lors, elles lui doivent leurs applaudissements. L'admiration devient afFairede parti, et elle n'en est que plus passionnée. Toute cette jeunesse a réellement foi en la rhétorique, elle croit au génie de ses maîtres, elle s'attache avec passion à ces hommes dont l'enseignement et les exemples semblent ouvrir le chemin de la fortune. 11 en est ainsi du moins jusqu'au règne do Julien. Après lui, dans le dernier tiers du siècle, un déclin assez rapide parait se faire sentir '.

Les noms des grands rhéteurs do ce temps se lisent dans les Vies des Sophistes d'Eunape, avec un certain nombre de détails sur leur personne et leur talent. Mais, à vrai dire, ni un Julien de Cappadoco, ni un Apsinès, ni un Prohœrésios, ni un Épiphanios, ni un Diophante, ni un Akakios^ ni d'autres illustrations de même ordre,

1. Sur celte vie scolaire dn iv= siècle, od lira avec proQt l'éluda de M. Polit de Julleville, L'École (TAthènea au iv siècle, Paris, 1868. Les principaux témoignages se trouvent dans plusieurs discours de Lihanios, notamment le premier. Sur ta fortune, dans sa correspondance et dans celle de Julien, dans las discoure d'Himérios et de Thémislios.

S. Voir les plaintes répétées de LibaDios dans ses discours.

3. Akakios est probablement l'anteur du Pied léger ('Qxûit«uc)> parodie tragique en vers, qui flgnre dans les œavres de Lucien

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ne semblent mériter autre chose qu'une simple mention. Nous n'avons rien d'eux, et sans doute il n'y a guère lieu de le regretter. Les seuls, entre les maîtres du IV* siècle, qui doivent nous arrêter quelques instants, sont ceux dont les œuvres ont été conservées, en partie au moins. Ils sont au nombre de trois seulement : Himérios, Tbémistios et l.ibanios.

Le moins intéressant des trois est Himérios, qui no fut qu'un homme d'école, entièrement étranger à la vie politique de son temps '. Né à Pruse en Bitbynic vers 315, Qls du rhéteur Aminias, il fut élevé pour la rhétoriquej qui devait être l'occupation de toute sa vie. Après avoir fréquenté les écoles d'Athènes, il s'établit comme maître dans cette ville. 11 ne la quitta qu'un instant sous le règne de Julien, appelé par ce prince à Constantinople. Dès la mort de son prolecteur, il y revint et y reprit son enseignement, qu'il semble avoir -continué avec le même succès sous les règnes do Valens et de Théodose, jusqu'à sa mort, en 386. Pendant une quarantaine d'années par conséquent (de 330 environ à 386), l'école d'Himérios à Athènes fut, selon sa propre expression, comme un « théâtre », où il donna aux curieux le spectacle de son éloquence. Parmi ses auditeurs, vinrent s'y asseoir, entre 354 et 359, Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze : les chrétiens lettrés faisaient presque autant de cas de 'son talent que les païens.

Ses Discours sont en grande partie perdus. Photius en lisait encore 71, dont il nous a laissé des analyses

{LlbBD., Ultra, i380). Voir, sur lui, Pauly-Wissowa, arl, Akakiot, 3.

1. Euuape, Viei du Soph., Suidaa. 'I[i(pia;; Pholiua. cod. 165 et »3, Voir Burtout «es DUco.'H*. Étude anr HimôrioB par Wern»dorf, ea lêle de aon édition.

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OU des extraits {'KxKvfa.i) ; nuus n'en possédons plus que trente-quatre dans le texte original, soit en entier, soit incomplets. Les uns sont de simples aniplincatîons d'école sur des sujets fictifs '; les autres, des œuvres de circonstance i. A quelque classe d'ailleurs qu'ils appartiennent, ce qui y manque le plus, ce sont les idées. Personne n'a moins pensé qu'Himérios. L'éloquence, telle qu'il la comprend, tient à la fois de la poésie et de la musique; poésie toute superficielle, sans force de sentiment; musique caressante et monotone, qui se contente de charmer l'oreille. En un autre temps, Himérios eût sans doute été poète plutôt qu'orateur, mais il eût été surtout poète de tradition et de métier, combinant habilement des réminiscences en des formes conventionnelles. Nulle trace en lui de dialectique ni de véhémence. Son discours est fait^de mythes, d'images, de comparaisons, de descriptions, qu'il emprunte surtout aux poètes lyriques, dont sa mémoire était pleine. Nous lui devons ainsi quelques paraphrases de pièces perdues d'Alcée, de Sapho, d'Anacréon; et, probablement, nous reconnaîtrions que nous lui en devons plus encore, s'il était toujours possible de distinguer dans ses développements ce qui est emprunt. Par son élégance, par sa

1. 'ExX. I, Discourt d'Hypéridt pour Démoslhêne; 11, DUc. de Démoithine pour le retovr d'Eichine; III, Pour acriaer Épieure d'impiété; V, Disc, de Thémislocle pour refuser la paix offerte par le ijrand roi; Disc. Il (noXciiap^ixiO* ^ioge funèbre des Alh^iens morltpour la pairie; etc.

t. Co m pli m en lu à des personnages officiels CE%k. XXI, XXVIII b, XXXII, Disc. V, XIV, etc.). Discours d'adieu (IIpoititLRTixai} on de bienvenue, Ëpithalames, LameDta.(ioDB funâbres, sujets d'occasioD (Disc. III, à Basile, pour las Panathénâes, an commencement du printemps ; Disc, IV, à Alhénea, dans nn concours de rhéteun. sur un snjel proposé par la proconsul ; Disc. VI et VII, Éloges de Theisalonique et de Constantinople ; Disc. X, XI, KII, XIII, XV, XVII, XVIII, XIX, XX, XXI, XXII, relatifs à divers incidents de la -rie scolaire, ouverture de cours, arrivée d'auditeurs n conflits, ma th odes d'études, etc.).

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mélodie, par les souvenirs classiques dont elle était imbue, celle prose sonore et vide a charmé les coDtemporains. De vrais orateurs, comme S. Basile et S. Grégoire de Nazianze, ont même profité de son influence : ils ont senti, en l'écoulant, la valeur du rythme, du tour aisé, de l'expression choisie ; ils ont reçu d'elle, en un mot, cette tradition du style qui avait manqué aux docteurs chrétiens du m* siècle. Que ce soit donc là, faute de mieux, la louange durable dilimérios.

Un intérêt plus sérieux s'attache à Thémislios, grand personnage, mêle aux événements politiques de son temps, et digne de respect, autant par la noblesse do son caractère que par son talent.

Thémistios ' naquit entre 310 et 320, probablement on Paphlagonie, où son père Eugénios possédait un domaine. Cet Eugénios, riche et intelligent, s'adonnait à la philosophie et aux lettres ; il semble avoir professé avec un certain éclat, pendant une partie au moins de sa vie '. Thémistios fut élevé d'abord auprès de lui, et sans doute par lui. II lui dut le goût de la philosophie et des lettres, un attachement éclairé à l'hellénisme, la modération et la dignité du caractère, enfm le germe de cette éloquence douce, claire, brillante, qui allait faire

1. Suidas, art. Bijiliniac, Pholius, co<l. 74. Sa vie doub est surtout connue par ses Discours, auxquels il faut joindre quelquiis témoignages tiras des leitres de Libanios, de Julien, de Grégoire de Naziaaze (Ep. HO), et des bislorieos ecclésiastiques. Voir, dans l'édillon Dindort, p. (78, la Biographie composée par le P. Petan, et aussi, dans la Biogr. unieers. de Michaud, l'intéressant article de V. Leclerc.

2. Thémistios, 20- Disc, p. «I. Diudort. Ce discours de Thémistios est l'éloge funèbre de son père. Voir aussi le Dite, de Constance lur TkémiMtUa, p. ii de l'édition Dindorf. On a (ru, sans preuve bien solide, qu'il était l'Eupénios auquel est adressée la 18' lettre de Julien.

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sa fortune. Parvenu à l'Age d'homme, il voyagea '. En 347, il était présenté à l'empereur Constance, auquel il avait l'honneur d'adresser une harangue officielle *. Ce fol sans doute vers ce temps qu'il ouvrît école à Constantinople, el dès lors la capitale de l'Orient devint son domicile. Son enseignement semble y avoir obtenu un grand succès. Lui-même nous apprend qu'on venait en foule, de Grèce et d'ionie, pour l'entendre. Un philosophe de Sicyone, nommé Celse, amena un jour à Constantinople un certain nombre de ses disciples, aussi désireux que lui de jouir de son éloquence '. Thémistios commentait dans son école les œuvres de divers philosophes; mais, orateur par tempérament, il prononçait de plus, en mainte occasion, des discours de morale *. En 355, lorsque Constance le fit entrer dans le sénat de Byzanco, sa réputation était déjà éclatante '. Doux ans plus tard, il fut député par ce même sénat pour aller saluer à Rome le même empereur, à l'occasion de son triomphe. A l'en croire, de grands efforts furent faits pour l'y retenir. Il refusa toutes les offres, ne voulant pas quitter sa chère Constantinople. Sa carrière n'en fut pas moins brillante. 11 était devenu, peu à peu, un des grands personnages de l'empire. Julien, en 362, lui offrit

1. 33> Disc, p. 359, Dind. : 'E^ù toivuv noUnît iiiv diiiiXiiva KiUn «xl ïuvi7tvi(i.T|v. Nous savons qn'il avait vu Nlcomédie, AuUoehe.

î. Voir la Chronologie de ses panégyriques par UardouiD. reprodnite dam l'édit. Dindorf, p. *9I. Selon l'argument anonyme àa discours en question (I" Disc. IlEp'i filsotpunici;). il était encore jeune, vioc ûv ïts. En supposant qu'il fût né vers 315, il n'avait alors en effet que irente-dcux ans.

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