Lettre 9il, adressée â Tilianos, consul <lc cetle année
3. Eunape, Libaniot, p. 195, Didot : OùEtU tùv a-jUtth-cay Af'aviip xa\ a-jvouv!a: iÇiuBivtuv ànf,]LS(« Sir,xm, et tout ce qui suit.
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878 GHAP. VII. —L'ORIENT GREC AU iV SIÈCLE les institulions de ce temps comportaient d'activité politique, il le déployait. Son crédit, encore naissant sous Constanc*.', devint très grand pendant le court règne de Julien, qui professait pour lui des sentiments de véritable amitié '.Si Julien avait vécu, il eût été presque impossible que Libanios ne prît pas une autorité durable. Leurs idées et leurs sentiments s'accordaient en tout. Aussi la mort imprévue du jeune empereur fut-cllc pour lui un coup des plus cruels; il le pleura comme ami et comme défenseur de l'bcllénisme^ ; ses plus chères espérances disparaissaient avec lui. Toutefois, il ne cessa pas d'être en haute considération auprès de la cour. H avait reçu de Julien la dignité honoriiîque de questeur; suivant Eunape, un de ses successeurs lui offrit le titre de préfet du palais, qu'il refusa. Son inlluence et son renom lui sufîisaienl. D'ailleurs sa santé était médiocre; des chagrins privés attristaient sa vieillesse, et peut-être aussi un certain découragement, dû au sentiment du déclin de ce qu'il aimait, le détournaitil de la vie active. Mais, de môme qu'il avait patronné Antioche auprès de Julien irrité, il intervint encore, en 387, dans la crise terrible qui faillit attirer sur elle la vengeance de Tliéodosc.
Libanios avait beaucoup écrit '; sa réputation se perpétua chez les Grecs de Byzancc et empêcha que ses œuvres ne disparussent comme tant d'autres. Nous en possédons encore une très grande partie.
Celles qui sont purement scolaires ne peuvent être que signalées ici *. Ce sont des Déclamations fM<>iTn); des Modèles d'exercices préparatoires (IIpoyu;xv»c;jwtTuv
1. Voir, <luDB la corrcap. de Julien, les lettres 3, 14. 37, i4, lî. 74.
2. Disc. 17, p. 5S0 R. : 'û Siitlov irfvSoin i(K.O. toOiq iiiv tov Ptw.Ua liiTa t«v ai.itiiv 6pr|ïoOïTO(. toOto lï tàv Iralpiv ts xal çilov.
3. llisc. il. p. 275, Keiske : 1UiIst> Bij tiôv vûv Svtuï o-j-yrpâiiiiB™
4. Elles forment (oui le quatrième volnmo de l'édilion de Bdske.
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■KXfti.f^D.^xTx, fables, récits, cliries, sentences expliquées, éloges, blàtncs, comparaisons) ; des Èthopées ( 'HOoTTciïxt ou discours de personnages dans certaines situationsdramaliques); Aas Descriptions {'E,7i.i^^iai\:,). Rien de tout cela n'atteste une originalité quelconque. Au même groupe, on peut rattacher ses travaux critiques sur Démosthênej consistant en une Vie de l'orateur et en arguments (TreoSÉceiç) qui indiquent l'occasion elle sujet do chaque discours; écrits sans prétention, maïs fort utiles, dont le mérite est surtout de donner, sous une forme un peu sèche, des renseignements précis '.
L'œuvre oratoire de Libanios comprend soixante -cinq discours, parmi lesquels un très petit nombre seulement roulent sur des sujets hctifs, quelques-uns sur des lieux communs de morale, tandis que tous les autres se rapportent à des événements contemporains. Entre les premiers, citons sans nous y arrêter VApoloyie de Sacrale (Disc. 52) et le Discours contre Eschine pylagore (Disc. 64), compositions qui rappellent la manière d'.Elius Aristide ; puis les discours généraux Contre le bavardage, Sur f avidité, Sur la richesse, etc., simples amplilications d'école. Ce qui est vraiment digne d'intérêt, dans cette collection, ce sont les discours relatifs aux choses du jour. Les uns nous font connaître les mœurs des écoles, les rivalités des maîtres, les passions des disciples; d'autres nous donnent le spectacle de la vie; ils nous représentent quelques-unes des grandes villes grecques d'Orient, leur aspect, leur population, leurs agitations ; presque tous nous permettent de voir à l'œu-
1. Ces écrits sur Démosthi^nc De se trouvent pas dans l'éditioii citée de Reiske. Ils nous ont été conservés par les m«8. de DÈmos- Ihène et ajourent dans prasque toutes les âdilions de l'orateur. La Vie de Démosihéne et les Arguments formaient un tout, qui fut composé sur la demande d'un certain Monllus, proconsul, el lui (ut dédié (voir le début de la Vie: Westermann, BiaTpàfoi. p. 393).
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680 GHAP. VII. —L'ORIENT GREC AU iV SIÈCLE vre l'administration impériale, et plusieurs éclairent assez vivement la physionomie de quelques-uns des empereurs de ce temps. Mentionnons surtout : X'ÉloQe d'Antioche (11* discours), pour la curieuse description qui en forme la dernière partie; le 16° discours, sur l'offense faite à l'empereur Julien; le 17* et le IS', relatifs à sa inort('E^( 'lou>;xvû ^^§ia, 'ET;iTXfito; Éici louXtavù); le 2' et le 65*, où il répond à des critiques personnelles {llpo? coùç ^apùv xùrèv xctX^avTKi;, IIpô; TOÙ; ïi; TtaiSsiov aJTov ài«wxw;:T0VTaî) ; les 19' et 20' adressés à Théodose, à propos des désordres d'Antioche; enfin le 28' (lUpi tûv iepûv), dans lequel il proteste au* près du même empereur contre les destructions de sanctuaires païens, qu'il impute au fanatisme des moines. Toutes CCS harangues sont de première importance pour l'histoire du iv* siècle ; mais, parmi celles que nous ne pouvons même nommer, il n'en est pas une qui, à cet égard, n'ait sa valeur.
A cette série de discours, il faut joindre une ample correspondance, non moins curieuse '. Elle se compose do plus de seize cents lettres ', adressées à des personnages de toute sorte, païens ou chrétiens, empC' reurs, préfets, rhéteurs, philosophes, évèques, cl tou chant à toute sorte de sujets. On y voit Libanios s'occupant des intérêts de ses amis ou de ses concitoyens, exposant leurs demandes, s 'entremettant pour eux, donnant des avis, distribuant des éloges ou des remerciements. Et au spectacle de cette activité intéressante par elle-même, s'ajoute celui de la société contemporaine, qui revit là sous nos yeux.
t. Spécialement étudiée lox L. Petit dans l'ouvrage cita plus haut.
S. Exactement 1607. On y joignait autrefois fOO lettres en latin, censées traduites du grec, qui ont été reconnues pour une invention de l'humaniste Fr. Zambeccari (R. Fcerster, Franc. Zambeecari vnd dit Briefc der Libanios, Stutlgard, 1876).
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Soit dans ses iliscours, soit dans ses lettres, Libanios se révèle comme un homme droit, obligeant, actif, qui aurait pu, dans un autre milieu, jouer un très grand rôle. Son malheur fut d'être en opposition avec le mouvement do son siècle. Celui-ci se détachait de plus on plus du paganisme, et, par une conséquence naturelle, le goût des études profanes y perdait de sa ferveur. Lui, au contraire, profondément imbu d'hellénisme dès son enfance, et tout adonné à l'admiration des grands écrivains grecs, ne pouvait comprendre qu'on ne trouvât pas en eux le meilleur idéal '. S'il n'avait pas d'animosité contre les chrétiens eux-mêmes, dont beaucoup étaient ses amis, le christianisme, comme doctrine, lui semblait une impiété, et, comme forme de société, une demi-barbarie. Xon seulement il le voyait avec douleur renier les dieux que la plus noble portion de l'humanité avait adorés pendant tant de siècles, mais il s'inquiétait et s'aftitgcait de cet ascétisme qui tendait à déprécier tout ce qui embellît la vie, l'art, la poésie, l'éloquence, et par conséquent les plus brillantes facultés de l'esprit humain. Les moines, dont le nombre grossissait sous ses yeux, lui étaient en horreur, comme des ennemis de la civilisation. D'ailleurs, son Intelligence n'était pas assez étendue pour qu'il pût saisir nt les causes profondes ni la force du mouvement dont il était témoin. Comme Julien, 11 l'attribuait à des circonstances secondaires, il croyait à l'eilicacité des pelils moyens pour. le combattre, et 11 était d'autant plus attristé de voir les empereurs le favoriser. Le déclin des études le peinait tout particulièrement ', Mais il se sentait impuls-
1. Pour les idées religieuses de Libanios, consnlter surtout Disc. 12 (El; 'lauÂtatvItv otilToxpâTopa ûirnTov), 13 (llpoafwviiTixQt 'louliigivù), 17 l'Eiti 'louliavû ([ov.uîia), et 28 {'ïnip tûv lîpùv).
S. Disc. 3, ripif Toù; viouc ncp\ toû Ufov. 29, 'Vnïp tûv ^i]tipwv. 12, npflt TCK Toû icaiiai'biY'i^ ^Xns^tiila;. iS, Iltp\ tfiv oijvtijxûv. 59, Ilpàî
tOU( V{au( Xtpl TOÛ TfiTniTDC.
Uiat. da la Litt. grecque, — T. V. B6
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882 CHAP.VII. — L'ORIENT GREC AU IV» SIÈCLE sant ; et son talent qui, en d'autrestemps, se fût employé utilement à agir, se dépensait assez vainement à signaler le mal et à le déplorer. Du moins, il sut, même dans ces circonstances, se faire un noble rôle comme défenseur d'Antioche auprès des empereurs, comme patron des faibles, comme dénonciateur des abus '. En un temps où ceux qui savaient parler n'usaient guère de la parole que pour se faire applaudir, cette activité sérieuse lui faitgrand honneur. Il eut le mérite, lui, païen et sophiste de profession, de remplir ainsi roflice que ses collègues laissaient trop volontiers aux évèqucs; et l'autorité que ceux-ci devaient en partie à leur caractère ecclésiastique, il la revendiqua pour l'éloquence, au nom du droit et de l'humanité.
S'il faut maintenant apprécier chez I.ibanios le talent littéraire, nous devons reconnaître d'abord que les vraies qualités de l'orateur sont médiocres en lui. Il ne sait pas dégager les grandes idées d'un sujet, il n'a ni dialectique vigoureuse ni passion soutenue, il n'est ni entraînant ni émouvant. Élevé dans l'école, il demeure sophiste dans les causes les plus sérieuses '. II s'attache aux détails, se plait aux menues inventions, et fait valoir ses grâces avec une coquetterie fastidieuse, beaucoup moins sans doute que tel de ses contemporains, mais beaucoup trop encore pour notre goût. Ce sont là, chez lui, les défauts du temps. II en a d'autres plus personnels : sa phrase, trop chargée, capricieuse, devient parfois embarras-sée ; ses expressions, prétentieuses et d'une composition affectée, sont loin d'être tou-
1. Disc. IS, ïlpcts6cMziii.i npb; 'louXixviv ; 16. npô; 'Aviio^ut ncpi tt,; tov pmiiioit ^Pï'it ■ '9' Hpôç SeoMjiov paaiitattipi t^; mâ^no;, etc., et encore : ih, Hipl tûu £ei7|ui)iûv : fî. Iltp^ tûv Tcpouxxm&v : 49. Elepl Tûv ày^optiiÛv ; 51, KiLià TÔiv wpotTEÎpiuivTwv ToT; Sfiav7i ; 53. KaTi tûv (!<;i6vTB>v ; 55. Ilepl tû* âp'/ûv.
î. Il avait une admiration particulière pour >Ellus Aristide, qai fut toujours un de sos niodélos préférés. Voy. Disc. 63.
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jours claires; ses périphrases, ses allusions, ses prétendues élégances, qui consistent à éviter le mot propre ou à orner des choses qu'il juge trop simples, augmentent l'obscurité de sa pensée '. Mais, en faisant la part très large à la critique, on ne peut nier qu'il n'ait de l'esprit, de l'imagination, des idées (mes, des inventions ingénieuses, et même, en beaucoup de passages, une incontestable sincérité d'accent. Dans la satire, il ne manque ni de franchise, ni de trait; dans l'éloge, lorsqu'il est inspiré par le patriotisme on par l'amitié, il Bort parfois do la banalité. Sa grande connaissance des auteurs classiques lui donnait en outre une réelle autorité d'écrivain *. Nul ne connaissait mieux que lui Démostbëne et les orateurs altiqucs. Il avait étudié, avec un goût presque aussi vif, les poMes, les historiens, les moralistes', et. grâce à cela, sa langue paraissait à ses contemporains offrir le spectacle d'une richesse, d'une variété de nuances, et en mémo tempsd'une purelé qu'ils admiraient.
Cette admiration a subsisté à travers toute la période byzantine. Libanios demeura pour les Crées du moyenâge un des représentants de l'éloquence classique. Personne, à coup sûr, ne pourrait songer aujourd'hui à le maintenir en ce rang. Mais, parmi les païens de ce temps, c'est encore un de ceux dont l'étude offre le plus d'intérêt *.
1. Photiua, cod. 90 : rioXJLà (liv imaxatKaiv napiv^xni;. hix E'àçac pian Ml tdD àvaytxio-i, 9. Photîus, ibid. '. Ta î' SUi iv towtoïc xïvùv isri x«l arifltiT, i.6fo-a