‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 422 sur 514 · PSEUDO-JAMBLIQUE · texte numérisé non relu

PSEUDO-JAMBLIQUE

de cet écrit est de répondre aux dotiles que Porphyre, dans &a. Lettre à Anébon, avait autrefois exprimés au sujet de la ihéurgie. Pour l'auteur, non seulement les communications avec le monde surnalurol qui nous enveloppe sont possibles et certaines, mais elles doivent être la grande affaire des âmes religieuses. Aussi, après avoir fait connaître ce monde invisible, tout peuplé de dieux, de héros,, de démons, d'anges et d'archanges, il enseigne par quels moyens on peut entrer en [relations avec tous ces êtres, quels signes mystérieux ou quelles opérations ont pouvoir sur eux, quelle est la valeur spécifique des formules, des noms, des rites de purification et d'expiation. Tout cela en soi est aussi étranger qiie possible à la littérature, mais rien n'éclaire mieux le fond de sentiments et de croyances dont toutes les œuvres littéraires du temps portent la trace.

Inutile maintenant d'cnumérer les principaux successeurs de Jambliqueàlraversleiv* sij^cle. Aucun d'eux ne semble s'être signalé par une tentative vraiment personnelle. Laissons à l'histoire de la philosophie les noms de Théodore d'Asiné, d'.Kdésios, d'Eusèbe et d'Eustathe, de Maxime et de Salluste, de (Ihrysanlhius et de Priscos ^ Chez tous, la pliilosoptiie religieuse prédomine sur l'esprit de recherche, mais rîen de ce qui subsiste de leurs œuvres ne mérite d'être cité '.

Un temps où la raison se montrait si altérée ne pouvait être très favorable aux sciences. Compilations et commentaires, voilà, à peu près, toute la littérature scientifique du iv* siècle.

)■ Voir Zeller, Phit. d. Gr., t. V.

2. MeDlioDDona pourtant l'opuscule de Salluste, Salluita Ubttlu* de diii et mundo, gr. et lat., éd. J, C. Orelli, Zurich, 1821. Co Saliusle est probablement l'ami de Julien, consul en 363. Voir Zeller, Phil. d. Griec/i., t. V, p. 73i, note 2.

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Dans les sciences naturelles, le seul nom à citer est celui du médecin Oribase de Pergame, qui fut un des amis particuliers de l'enipcrcur Julico <. Son Encyclopédie médicale comprenait, sous sa première forme, 70 livres ('laTpixwv nuvoYUywv 'EêJû[AiixovTi6i€),oî); il la réduisit plus lard à 9 livres. De celte immense compilation, une partie seulement est venue jusqu'à nous. C'est lo plus ample recueil de documents sur la médecine grecque; ce n'est pas une œuvre qui révèle un esprit original '. — Des écrits d'Apsyrtos de Pruse sur l'arl vétérinaire et de Vindonios Anatolios de Bérylos sur l'agronomie, il ne nous reste que des extraits ou même de simples traces ^ C'est assez d'en faire mention.

Dans les mathématiques, il y eut alors quelques maîtres estimés, surtout à Alexandrie. Le seul qui ait encore une certaine notoriété est Diophante, dont lUrilkmélique nous a été en partie conservée '. Paulos, Pappos et Théon ne sont plus connus que des spécialistes \

1. Suidas, 'OpEiSâiTio; ; Eunape, V. des Sopk, Cutte dernière nolUf est une des plus intéressantes du recueil. Oribase, exilé sous Valens, vécut quelque temps chez les barbares,

t. Une partie de 1' 'EESoiinvavtiipieXi); nous H été transmise par le moyen lige ; d'autres parties ont été retrouvées et publiées de noire temps. Œiiui-ei d'Oribme, avec traduction, par Bussemaker et Daremberg. 6 vol., Paris, 1651-76.

3. Suidas. "A^iupto; ; E. Sprengel, De Apigrlo BUhynio, Halle, 1833. Cf. Itim. FeoUgom. in nooam Pelagonii artis velerinarix edilionem. Halle, 1833. — Sur Vindonios, PhoUus, cod. 1G3; art. de Weltmano dans Pauly-Wissowa, Anatotiiu. Fragments dans les Gtoponica de Nicolas, Leipzig, I7SI.

t. Dlopkanti opéra omnia, éd. P. Tannerf, 2 vol., Leipzig, 1S95.

S. Paulos, EWaru-rii etc rr,v iitaTiXtuiuiTix^v. éd. de Schato, Wiltenberg. 1S86. — Pappos, ÏI'jvaYUfî) |iaSri|iipvi^, Pappi Alexandrini gum tupertunl, éd. F. Hultzscli,3 vol., Berlin, 1S75-78. —Théon d'Alexandrie, Commeal. iur Ptoiémée, éd. Halma, 3 vol., Paris, lSSl-33: Sckolia in Aralum, dans l'Araluade Buhle.

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Au milieu de ces pâles figuresj celle de l'empereur Julien se détache avec un tout autre relief. Par sou éducation et par ses goûts, il lient à la fois à la sophistique oratoire et à la philosophie de son temps. Et pourtant, il n'est, à proprement parler, ni un sophiste ni un philosophe. D'une part, sa haute situation l'élève au dessus de l'école et l'ohlige avoir les choses d'un point de vue plus pratique. Do l'autre, lalulle où il est engagé avec les tendances de son temps met en jeu tout son caractère et révèle l'homme dans l'écrivain. On peut l'aimer ou le haïr, mais il est difficile de le considérer avec indifférence. Et ce qu'il y a d'ailleurs en lui d'obscur, d'onigmalique, ou même de mystérieux, contribue encore à augmenter cet intérêt '.

Né à Constant inople en 331, Flavius Claudius Julianus était fils de Julius Constantius, un des frères de l'ompercurConstantin. .\ la mort de celui-ci, en 337, Julien, âgé de six ans, faillit être massacré avec les autres membres de sa famille par les soldats de Constance, qui croyaient ainsi, à tort ou à raison, obéir aux inten-

1. Julien, comme empereur, appartient à l'histoîrn nénéralo. Lob renseignements sur sa vie ot sa personne doivent donc être cherchés <]'abord dans ies historiens, tels qu'Ammien Marcellin, Eu* nape. Eatrope, Zosiiiic, auxquels il faut joindre tes œuvres de Thémielios et de Lihanius. colles d'Athanase, de Basile, de Grégoire de Nazianze, ut surtout celles de Julien lui-même; enlln Suidas, 'louliivoi li Kaçatitrfi. Parmi tes nombreux ouvrages modernes qui traitent de Julien, citons : celui du P. de la Blctlerio, Vie de l'empereur Julien. Pa#is, 1739 et 1T4S ; celui du duc de Broglie. L'Ègllte et l'empire romain au iv' tiicle, 2* partie, Comlance et Julien. Paris, I8S9; les diverses études de W. Teuffel, publiées de 1345 à IBil et réunies dans ses Studien und Ckaract. :ur Griech. und ram. Lileralur; enDn celles de Eellerbauer, Kai*er Juliani Lebm, Jahrb. tOr Phil., Suppl. IX. 1S3-Î2I, et de MQcke, Flaviut Claudius Jtdianu», Gotha, 1868-68.

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tions de leur maître. I) ôcliappa pourtant avec son frère Gallus, mais demeura toujours plus ou moins suspect à son cousin, l'empereur Constance. Par ses ordres, le jeune prince fut élevé à l'écart en Cappadoce; il resta là, de 337 à 3i3- dans une sorte de captivité, sans amis, sans comj>agnonsdc son âge, et loin des écoles '. Il n'est pasdouteux que cotte enfance, sombre et inquiète, n'ait aigri pour jamais l'àmit impressionnable du futur César. Quand cette dure surveillance se relâcha, il fut appelé àConstantinopIe, et là, d'abord, puis àNicomédie, put enCin fréquenter les écoles. Bien que confié à des maitres chrétiens et nourri dans le christianisme, ce fut alors qu'il subit l'influence de Libanios, qui enseignait en ce temps à Nicomédie, ainsi que celle de Maxime et des néoplatoniciens qui se groupaient autour de l'écote de Pergamc et d'.KJésIos, Les rapports qu'il eut avec eux étaient nécessairement secrets; mais leur influence sur lui n'en fut que plus profonde. 11 haïssait déjà le christianisme au fond du cœur, soit parce qu'il lui était imposé, soit parce qu'il n'y trouvait pas cette haute culturf do l'esprit qu'il admirait passionnément dans l'antiquité classique. L'éloquence profane le charmait, et, plus encore sans doute, la théologie mystique des néoplatoniciens, qui convenait à son esprit avide de l'inconnu. La subtilité hardie de leur exégèse l'enivrait, en même temps que leur théurgie exaltait son ûmc. Il avait vin^- Irois ans, lorsque son frère aîné Gallus, que Constance avait fait César, fut rappuk'^ brusquement à Constantinoplc, dépouillé de ses honneurs et mis à mort (Soi). Pendant six mois, le jeune Julien se trouva lui-même en grand danger ; Constance le traînait à sa suite, sans daigner l'admettre en sa présence. L'intercession de

i. 'Ai[i>xcx)tiv(i(voi navTo; \iii |i.a^|Laii>c (ntoutaiou. itâoTii Zt tliuUps; Ivti0((u:; Lellrt aux Athén.. p. 3td, 3G0, Hertlein.

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rimpt'-ratrice Eusébïp le sauva. 11 obtint alors de venir à Athènes, et enfin il espérait pouvoir se livrer en paix à SCS chères études', lorsque, soudainement appelé à Milan, il y regut le titre de César avec le gouvernement des Gaules (S'Jo).

Là commence sa vie publique, qu'il suflira de rappeler brièvement. De 333 à 360, Julien, en Gaule, se révèle à la fois homme de guerre et homme d'i^tat. 11 repousse les Alamans au delà du Rhin, donne à la province la paix et la prospérité. Ses succès inquiètent Constance. Celui-ci vent l'alTaiblir:. il lui demande une partie de ses légions pour aller combattre en Orient. Les légions se révoltent et décernent au jeune César le titre d'AugusIc. Une guerre civile semble inévitable : Julien marche sur Constanlinople avec ses troupes. Mais Constance meurt avant la rencontre, et Julien lui succède comme seul empereur, en 361, Son règne fut court. Les attaques des Perses menaçaient l'empire, Julien dut se préparer à les combattre. On sait comment, après avoir pénétré on vainqueur jusqu'à Ctésiphon, il fut contraint à se retirer et trouva la mort dans cette retraite, en 36.3.

Pendant ces deux années de règne, son activité, qu'attestent encore ses lettres el ses édits, avait été dirigée par une idée dominante. H avait entrepris d'arrêter le christianisme dans sa marche et de restaurer l'hellénisme, comme religion publique et comme croyance. C'était une lutte qu'il engageait : il la mena sans déroger ouvertement à ses principes de tolérance, mais avec passion et âpreté, s'irritant des difllcullcs qu'il aurait di\ prévoir, et se donnant le tort do traiter la majorité de ses sujets en adversaires, dont il n'essayait pas de com-

1. C'est ponditnt co court si'ijour à Athéniïs que Bnsilc et Grégoire de Naïianzc purent, sinon lo tréquonter, du moins rapurci^voir. Voycï le jiortr.iit, d'ailleurs malveillant, que Grégoire a Iran'' do lui dans son second Oiicoiiml^ flétrissure. Éd. Morel, t. I. p. lîl 1>.

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8fl6 CHAP. TH. — L'OEIENT GREC AU iV SIÈCLE prendre les sentiments. Avec des intentions droites et une nature généreuse., il fut ainsi amen^' à user envers eux de taquineries mesquines, quelquefois même cruelles,, et à leur faire une guerre sourde, où il compromit plus d'une fois sa dig;Dité d'homme et d'empereur.

Nous n'avons pas à étudier ici la politique de Julien, ni même sa philosophie, qui d'ailleurs ne différait pas de celle de ses maîtres '. Ce qu'il importe de remarquer toutefois, c'est que la lutte de Julien contre le christianisme n'était aucunement, comme on pourrait être tenté de le croire, celle de la raison contre la foi, de la libre pensée contre l'autorité dogmatique, de la conscience individuelle contre le sacerdoce. En fait, la théologie néoplatonicienne de Julien était tout aussi pénétrée de mysticisme que la théologie chrétienne, et la part qu'elle faisait à la révélation et à l'inspiration divine n'était guère moindre. Quant à l'influence sacerdotale, il n'avait rien plus à cœur que de la développer. La grande différence, au point de vue pratique, était que Julien prétendait se rattacher à toute la tradition grecque, tandis que les chrétiens ou la rejetaient expressément ou regardaient ailleurs. Cela explique comment la victoire du christianisme dut entraîner à bref délai la répudiation presque ahsolue du legs de l'antiquité.

Julien trouva le temps dans sa courte vio d'écrire beaucoup. Mais il s'en faut que tous ses écrits soient venus jusqu'à nous; et, parmi ceux qui ont disparu, se trouvaient justement quelques-uns de ceux qu'il eut été le plus désirable de connaître.

Trois discours officiels, qui occupent une assez grande place dans ses œuvres, n'ont pour nous qu'un très médiocre intérêt. Ce sont deux Panégyriques de C empereur

ihiloaophie du polylhiiime.

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Constance (Disc. I cL 11), composes par Julien lorsqu'il D'étail encore que César, et un Éloge de l'impératrice Eusébie, sa bienfaitrice, qui est du même temps. Le dernier exprime des sentiments sincères ; les deux premiers sont un tissu de mensonges brillants imposés par les convenances officielles; et il est fort curieux de les mettre en opposition avec la vraie pensée de l'auteur sur Constance, telle que l'exprime sans ambages la lettre aux Athéniens dont nous allons parler. Dans ces trois discours, il se montre seulement l'élève ing'cnieux des sophistes contemporains.

Le vrai Julien n'est pas là. Aous l'aurions sans doute trouvé, au contraire, très vivant et très naturel, dans les CoinmeiUaires qu'il avait écrits sur ses campagnes do Gaule, s'ils nous étaient parvenus '. Il voyait bien et racontait avec agrément. Nous en pouvons juger enoore par la peinture qu'il fait de son séjour à Lutèce, dans le Misopogon, par celle de sa villa de Bitliynie dans sa quarante- sixième lettre, et surtout par les exposés de faits, aussi substantiels que dramatiques, qui remplissent sa Lettre au sénat et au peuple d" Athènes. Ces quelques pages, Julien les écrit à ses cliers Athéniens, ea 361, au moment où îl marche contre Constance : il veut les faire juges de ses raisons; et, dans cette vue, tantôt il raconte les principaux événements de sa vie, tantôt il plaide. C'est donc une apologie narrative, plutôt qu'une œuvre d'historien à proprement parler; mais l'iiistorien, habile à caractériser les hommes et à donner aux choses leur vraie couleur, s'y laisse voir à chaque ligne.

Une tendance profonde le portait vers les idées morales et religieuses. Un de ses discours, le VIII', écrit onCaule, est une Consolation qu'il s'adresse à lui-même, au moment d'être séparé du plus cher de ses amis, Sal-

I. Eunape, fr. 9 (C. Millier) : Libanios, Or, 13, t. I, p. 413, Reiske. Hiil, da U LJtt. grecqua. — T. V. 57

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898 CHAP. VII. — L'OBIENT GEEG AU iV SIÈCLE luste, que la jalousie de Constance éloignait de lui. Malgré quelque rhétorique, ces pages sont vraiment belles par la sincérité du sentiment, par la gravité et rélévation des idées. Il y a beaucoup des mêmes qualités dans la Lettre à Thémistios, sorte d'examen de conscience, daDS lequel le jeune empereur se demande à lui-même comment il pourra justifier les espérances dont l'éloquent philosoplic s'était fait l'interprète. — Un des premiers éditeurs de Julien, le P.Petau, a séparé de cette lettre avec raison un long fragment que l'erreur d'un copiste y avait mêlé. Ce morceau a dû être extrait d'une sorte d'Instruction, adressée par l'empereur à un grand prêtre au sujet de la religion et du sacerdoce. Julien y expose avec une éloquence simple les vertusqu'il attend d'un prêtre des dieu.v: la sainteté des mœurs, la vraie piété, l'amour des liommes.

C'est le mystique, le spéculatif, le rêveur aussi, qui apparaît dans les Discours IV' et V*. Le Discours IY% adressé Au Soleil Roi {Ei; tov ^xtnXia, "HXiv»), est une sorte de méditation, écrite en trois nuits, pendant les saturnales, probablement en 361 ; les idées, comme Julien le déclare lui-même, sont celles de Jambliquc; mais on sent assez avec quel goût personnel il les développe, et quelle satisfaction intime y trouve sa piété. Le Discours V, A la mère des dieux (EU-rry lintipz tùï 8tùv), écrit en une seule nuit et tout d'un jet, probablement en 363, ù la veille de l'expédition contre les Perses, manifeste la même dévotion ardente et subtile. Dans l'un comme dans l'autre, règne une sorte d'exégèse passionnée, qui, s'attachant aux anciens mythes comme k une révélation divine, les interprète par la philosophie, par les oracles, par la sagesse chaldéenne, à la lumière de la raison qui est Dieu. Docile comme un croyant sincère, Julien est en même temps un inspiré.

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H a l'ùme dévote et chimérique d'un Jamblique ou d'un .'Edésios, avec autant de force d'illusion.

Entre ses diverses œuvres, toutefois, celles qui représentent le mieux le fond de sa nature, ce sont celles où sa philosophie se fait agressive et satirique. Une certaine àpreté de raillerie, qui n'a pu se donner carrière que là, est en elTel un des traits essentiels de son esprit.

La principale do ces œuvres satiriques était l'ouvrag;e aujourd'hui perdu Contre les Chrétiens, en trois livres '. .Vous l'ignorerions entièrement, sans la réfutation que Cyrille d'Alexandrie en lit au siècle suivant. De cette réfutation, en trente livres, dix livres seulement ont subsisté : ce sont ceux qui se rapportent au premier livre de Julien :nous ne connaissons donc que le tiers de son ouvrage, et encore indirectement. Il l'avait écrit à Antioche, de 362 à363,inmiédiatcmenl avant sa campagne de Perse ^ 11 r<;gnait alors depuis deux ans; et depuis deux ans, comme empereur, il avait pu mesurer la force d'expansion du christianisme. Malgré cela, il paraît avoir cru qu'on pouvait encore lui opposer avec succès dos raisonnements. Son plan embrassait la critique des antécédents du christianisme^ c'est-à-dire de la tradition biblique et des prophètes, puis celle des évangiles, et peut-être enlîn un examen historique de son développement. La première partie est la seule dont nous puissions juger. L'ouvrage avait été écrit vile, dans une sorte d'improvisation. Le ton était celui d'un pamphlet amer, moqueur et dédaigneux. Mais Julien connaissait bien l'ancien et le nouveau Testament, et il se ser-

1. Jiiliani iinperalorii librorum contra ChrUlianot qux iupersiinl ; avec des Prolâgoménes, par Neumann, I^ipzig, ISSO.

1, Libanios, Monodie tur Julien. B^lske, I, p. 513; Disc, funilrre, I, p. S81. Jârâme, lettre 70, témoignage qui semble inJiqiier, |)our la composition de l'ouvrage, une date un peu plus tardive, mais qui a éto bien expliqué par Neumanti, out. cité, Prolég,, p. 7.

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900 GHAP. VII. — L'ORIENT GREC AU iV SIÈCLE vait de ses connaissances en dialecticien. Autant qu'on peut en juger, il essayait surtout de démontrer qu'il y a autant de myllies daus la Bible que chez les poètes grecs ; que les prophéties ne visaient pas les événements raconlés par l'Évangile, ou qu'elles ne peuvent s'y rapporter; que la législation si vantée de Moïse est pleine de traits de barbarie ; que le Dieu de la Bible est injuste, jaloux, violent, inconstant : en un mot, que les idées morales et religieuses du judaïsme, dont le christianisme se donne pour l'héritier, ne sauraient être comparées à celles de l'hellénisme. L'admiration et l'amour de l'hellénisme, conçu comme l'expression la plus pure de la religion et de riiumanilé, voilà en effet ce qui formait comme la doctrine fondamentale du livre, et ce qui mêlait à celte satire virulente un élément de beauté.

Xous retrouvons encore le satirique et le polémiste dans plusieurs autres ouvrages. — Deux de ses Discours (VI et Vil) sont une vive attaque contre certains Cyniques contemporains, auquel il reproche de déshonorer la vraie philosophie. La critique y est âpre jusqu'à l'excès, mais animée d'un sentiment élevé, qui l'ennoblit. — En ce genre, le clief-d œuvre de Julien est son Misopogon, composé à Anlioche en 363. Aujourd'hui que l'ouvrage contre les chrétiens est perdu, aucun de ses écrits ne le fait mieux connaître. Antioche était à la fois une des métropoles du christianisme et la ville la plus luxueuse de l'Orient. Julien, avec de bonnes intentions, l'avait irritée par un édil de maximum, qui avait eu pour effet de rendre les approvisionnements difficiles. Le peuple, fâché contre lui, l'avait chansonné; les moines s'en étaient mêlés: il en était résulté une hostilité profonde, formée de sentiments complexes. A ces chansons, Julien voulut répondre enbomme d'esprit, en se moquant des railleurs. « L'ennemi do la barbe » (M'.«oictÔYt*v)t c'est l'habilant d'Antioche, délicat, épris de luxe, de

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plaisir, de mollesse, adversaire despliilosopiies, oublieux de l'hellénisme; et Julien, en faisant sembler de vanter ses qualités, le persifle en réalité amèremeni, pour ses mœurs oITéminces, ses cngouemenls puérils, sa facilité aux nouveautés trompeuses. II y a beaucoup d'esprit dans ce persiflage, mais un esprit un peu dur, qui manque parfois de bon goût, et qui n'est pas exempt d'une sorte de pédanlisme hautain. Entre les meilleurs passages, il faut citer celui où Julien oppose à l'Orient amolli la rudesse naïve des Celles, au milieu desquels il venait de passer six ans, et rappelle, non sans charme, le souvenir de Lulèce. L'ouvrage, dans son ensemble, est d'ailleurs fort curieux par les détails piquants qu'il nous donne sur la population d'Antioche.

La courte composition, à demi-dramatique, intitulée Le Banquet, les Saturnales, ou les Césars (Sufiitôciov fl Kpivut ■iî Kafiape;), est loin d'avoir ia même valeur. C'est un jeu d'esprit, artificiel comme un exercice scolaire. Dans un banquet imaginaire donné aux Olympiens parCronos, les Côsarsdivinisôs viennent s'attabler; Alexandre se joint à eux; Silène, qui est lo comique do roiympe.juge chacun des convives en quelques mots, A la fin, un concours de mérite est ouvert entre les meilleurs : César, Alexandre, Auguste, Trajan, Marc- Aurèle et Constantin y prennent part. C'est Marc- Aurèle qui obtient le plus de suffrages. Aucun, sauf lui, n'échappe aux épigrammcs de Silène; mais le plus maU traité osl Constantin, moins encore pour ses crimes et sa mollesse que pour avoir protégé le christianisme. La satire a donc une tendance à la fois morale, politique et religieuse; mais elle n'est ni assez approfondie ni assez piquante.

Cet ensemble d'écrits est complété par une correspondance étendue. Nous possédons soixante-dix -huit lettres attribuées à Julien, parmi lesquelles figurent.

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903 GHAP. VII. — L'ORIENT GREC A.U IV SIÈCLE il esl vrai., plusieurs fragments d'édits <. La plupart ssmblent authentiques. Elles sont adressées à des amis, tels que Salluste^ à des orateurs ou à des philosophes, tels que Libanios, Eugénios, Thâmistios, Maxime, Jamhlique, quelques-unes à des agents impériaux, à des évèques. Réunies, elles laissent voir les inégalités du caractère et de l'esprit de leur auteur : sa simplicité et son affection envers ses amis, ses intentions droites, son esprit de justice; mais aussi ses rancunes, ses partis pris, et certaines habiletés douteuses, dans lesquelles on regrette de lui voir compromettre sa droiture naturelle.

Julien, mort à trente-trois ans, ne semble pas avoir donné toute sa mesure comme écrivain. Il y avait certainement en lui un penseur, un historien, un moraliste et un satirique; il y avait surtout un homme, dont la vraie nature perçait à chaque instant sous les formes convenues de la littérature du temps ; ses préjugés même et ses passions auraient pu contribuer à lui faire une originalité plus accusée. Le temps lui a manqué pour se dégager de l'influence de ses maîtres et devenir tout à fait lui même.

La demi-renaissance de la sophistique que nous venons de signaler devait avoir son contre-coup sur la poésie, puisque, dans toute cette période de l'empire, poésie et sophistique ne se séparent point .

1. Westannann, De Julianl epistolii, dans ses Comment, de epâlol. icriptoribus grxcu, Lipai», 183i ; G. Sintenis. Bemerkimgtn su des Briefen JuUnnt, Hermès, I, p. e9-79 (1866) ; Bidez et Cumont, Reehercbes tur la tradition manuscrite des Cetlrei de l'impereur Julien, Bruxelles, 1398.

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LA POÉSIE: QUINTUS DE SMïRNE «03

Si nou3 connaissions mieux la poésie officielle du tv* siècle, peut-être pourrions-ûous y montrer l'influence des études à la mode. Les discours d'Him^rios ne permettent guère de douter qu'il ne se soit développé alors dans les écoles un goût d'imitation poétique qui a dit se faire sentir chez les versificateurs contemporains. Mais s'il y eut, au temps de Constantin et de Constance, des auteurs d'épopées ou de panégyriques en vers à la gloire des empereurs, ce qui est fort probable, nous les ignorons. Un témoignage isolé, celui de l'historien Socrate, reproduit par Xicéphore, nous fait connaître seulement un certain Callistos, qui célébra en hexamètres la gloire de l'empereur Julien *. Cela suffit à établir historiquement la persistance du genre, sans nous permettre de le juger.

C'est dans l'épopée mythologique uniquement que se manifeste alors pour nous une tendance sensible à relever la notion de l'art. Elle a pour principal représentant le poète Quintus de Smyrne *. Tout ce que nous savons de lui, c'est ce qu'il nous en apprend lui-même sous une forme allégorique (XII, 308-313). à savoir qu'il gardait ses troupeaux près de Smyrne, non loin du temple d'Artémis, lorsque les Muses l'inspirèrent, et qu'il était de condition libre '. La facture de ses vers permet d'affirmer qu'il a dû être aniérieur à Nonnos, mais il est difficile de dire de combien il a pu le précéder; et ce n'est qu'une vraisemblance assez vague qui semble autoriser à le placer vers la fin du i\* siècle. Quoi qu'il en soit, Quintus fut certainement un élève de la sophistique, mais assez vivement touché des

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