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de Gaza, dont nous possédons cent soixante-trois lettres*. Ce serait de beaucoup le plus intéressaot aussi par le nombre et la qualité des correspondants, si l'auteur parlait de leurs aiïaircs et des siennes. Mais lui aussi s'enferme dans une phras^toto^ic affectée, et ne se plaît guère qu'aux lieu\ communs. II entortille ses pensées de façon à se rendre obscur comme à plaisir, et, bien qu'il ait peut-être plus de vivacité et plus de chaleur de cœur que Denya el qu'Énée, jamais, pour ainsi dire, nous ne découvrons l'homme dans le rhéteur*. Si nous ne savions par Photius qu'il était chrétien, on pourrait lire ses lettres sans presque s'en douter.
Toutes ces correspondances sont donc en somme de peu de valeur. Une senle en ce temps est vraiment intéressante, celle de Synésjos. Mais Synésîos vaut la peine d'être étudié dans l'ensemble do son œuvre. Nous parlerons de ses lettres quand nous essaierons de lui faire sa place dans l'histoire du temps.
Le genre des lettres fictives se rattache à une tradition sophistique dont nous avons parlé à plusieurs reprises. De celle tradition perpétuée' dérive le 'recueil des Lettres d'amour d'Arislénèle *, qui semble dater du VI* siècle*.
). Même recueil, [i. 533. Phûlius, cod. 160.
ï. llaat remarnuaWu, BU iJiii'liculiiir, qiio sus nginbreuses lettres i ses frères, Philippe. Zacharir, Victor, ne nous permettent qu'à peine de reconstituer à grands traits l'hialoiro de sa famille, Zacharie et Philippe seiiililent avoir oocupé de grandns charges à Constantinoplc.
3, Suidus (MEXiacipito;) cite un sophiste MélésermoB, d'âpoquc Inconnue, auteur de Lettres de coarliaanes, de paysans, de cuisiniers, de généraux, etc.
4, Sur Arislénéte, voir Boiasonude, prûface do son édition ; F. Passinv, art. Arislœnelos dans l'Encycl. (i'Erscli el Gruber ; W, Schmid. art. Artstxnetos. W 8, dans l'encyolop. do Pauty-Wis-
5, Ed. princeps do Sambucus, tSGS, d'après le ms. unique {Vindotoneiitis, 310; voir Uerchfr, Hermès, V, ÎSI). Nombreuses édi-
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993 CHAP. Vin. — Là PIN DE L'HELLÉNISME
Ce recueil, aujourd'hui incomplet, comprend cinquante lettres, réparties en deux livres '. Ces cinquante morceaux n'ont guère, de la lettre proprement dite, qu« la suscriplion. En réalité, ce sont ou des descriptions, ou, le plus souvent, de courts récits : descriptions galantes, parmi lesquelles figure celle de la personne de Laïs (I, 1); récits d'aventures amoureuses, quelquefois assez piquantes, souvent vulgaires. On ne peut refuser à l'auteur, malgré son élégance maniérée, de la finesse et un certain savoir-faire. Mais il ne vaut Alcipliron ni comme observateur, ni comme fantaisiste, ni comme écrivain. Éclectique dans le choix de ses sujets, il les tire, soit de la poésie alexandrine, particulièrement de l'élégie erotique, soit de la comédie attique du iV siècle, soit de contes et d'anecdotes empruntés à des recueils aujourd'hui perdus. Il a plus de métier quo d'imagination. Sa langue est loin d'être pure, bien qu'il se pique (l'atlicisme. 11 imite à la fois les prosateurs et les poètCM, Philémon, Ménandre, les anciens et les modernes, d'une part Platon, Xénophon, ci de l'autre Lucien, Alciphron, les romanciers, Musée. L'œuvre, au total, ne vaut pas la réputation dont elle a joui auprès des amateurs de littérature galante.
Après Aristénèle, la fortune de ce genre est loin d'èlre épuisée. Nous le retrouvons, très goûté encore, an vu* siècle, où le futur historien, Théophylactos Simocattès, publie un recueil comprenant 93 lettres morales, lettres de paysans, lettres de courtisanes ('EmoroXa- t,9ix«!, iypoTtxsti, â-raipixi!) ; œuvre de médiocre habileté
tions françaises au xvit< siècle. l^dilioDS récentes ; Boissonade, Paris, 18i2 ; Hercher, Epislol. grxci, de Didot, p. 133-171.
i La lettre I, 2G. mentionne le mâuie Ksramallos, dont Sulpic« Apollinaire parle comme d'an contemporaio. Emprunts d'Aristinéte k Acbille Tatios (Rohde, Grieeh. Roman, 19, 4T3, oolâ I) et i Husâe (C. Dilthey, De Catlimaeki Cydippa, p. 31).
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scolairo, sans vérité ni intcrét mural '. Et, au delà, le même goût persiste et s'affirme en des productions analogues, jusqu'aux derniers jours de l'empire byzantin. Knfm, à côté des lettres fictives et des lettres réelles, il faut mentionner ici également, comme une autre production des écoles de rhétorique, une énorme quantité de lettres apocryphes *. Ces lettres attribuées à des personnages illustres, rois; tyrans, hommes d'Ktat, philosophes, orateurs, poètes, etc., sont loin d'appartenir toutes à un même temps. Il en existait df!s la période alexandrine, et l'industrie des rhéteurs u'a cessé d'en produire pendant toute la période impériale. KWe» ont été tenues longtemps pour authciitiqu6s. La critique moderne, depuis Bentley, a eu le mérite d'en découvrir la fausseté: mais il lui est impossible le plus souvent d'en déterminer avec précision ni l'origine ni la date ^ Ras.scmblécs do nos jours, ces lettres n'ont pas paru tout à fait à dédaigner, car elles ont été composées par des hommes instruits du passé, qui disposaient de moyens d'information aujourd'hui perdus. La difficulté est d'en séparer ce qui est réel de ce qui est inventé, et on comprend avec quelle réserve de tels documents doivent être employés.
i. EpMol. grxci i]u llercliur, p. 763-786. Kruiiibacher, Gesch. d. byionl. Liller., J xv, 2.
2. Cf. cU'Iessus, p. 150. Elios forment la plus grande partie du recueil desEpiiio/tJjrapAifffiecidoHerchordanalacolloclioDDidot. CLtODS notamment les lettres de Phalarls, d'Anacharsis, <le Solon, do Thémietocle, deSocrate, etc.. Jusqu'à celles d'Apollonios cle Tyanc.
3. La publication de la dissertation de Ricliard Bentley (De «pi*tûliê Phalaridu, Them'uloclU, etc., ISST) a fait époque, comme on sait, dans l'histoire de la critique. Cette dissertation, traduite en latin parLennep(Groningue. 1771, et Dmlleit opuK:ulaphilolog.,lApsia. 1823), et rcimprimée aussi en anglaU (Biblioth. philolog. de Calvar; ; R. Bentley, Disierlalioa upon Ibe lellert af PhalarU and other critical works, with introduction and notes by W. Wagner. 1874), ouvrait en etîot la voie à des ret.'herches analogues. Voir Westtrmann, De epiilolarum scHptoribui gratis, Leipzig, 1S5I-SS.
Hiit. de 1( Litt. grecqua. — T. Y. 63
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^[algré les quelques inventeurs de fictions qui viennent d'èlre nommés, on a une certaine peine à imaginer qu'une société qui a compté tant de compilateurs ait pu produire aussi quelques poètes. Ce fait invraisemblable est pourtant vrai. Le v" siècle a eu ses poètes; il a vu même une sorte de rénovation de la poésie.
Passons sans insister sur les versificateurs de cour qui charmèrent Arcadius, Théodose II, ou leurs successeurs : sur Eusébios et Ammonios, dont il ne subsiste que les noms ' ; sur Christodoros, dont il nous reste peu de chose ^; sur Jean de Gaza, dont il vaudrait mieux qu'il ne restât rien '. La vraie poésie du temps est l'épopée mythologique, reconstituée par Konnos, et c'est à elle qu'il faut aller toul droit.
i. Sur teurs poèmes relatifs à la révolte du Goth Gainas, «t sur le succès qu'ils obtinrent, voir Socrate, Mut. ecel., VI, 6 et £ty-
mol. i/iiign., Mni.ai.uvti.
2. Suidas, XpivTitupD; TlaviaKou. Christodoros. de Coplos pu Éi^ypte, fut une manière de grand homme au temps de l'empereur Anastase (491-3IS). Il colâbra la soumission de i'Isaurie révoltée daus un« épopée en six livres Cloaupixô). Sa spiicialilo était de chanter les souvenirs glorieux des villes, de celles sans doute qui le payaient bien. Épopée en douze chants sur Constantinople, •■popée en vingt-cinq chants sur Theesalo nique, autres épopées sur Naclé de Syrie, sur Tralles, sur Aphrodisias, sur Milet. sur la Lydie, etc. Nous n'avons plus de lui que deux épilaphes emphatiques k la mémoire de son bienfaileur Jean d'Épidamne (Anlh. Pal., VII, 697 el 69S) et un poème, en 41G hexamètres, intitulé Deteription de» statues dtslinées au Zeurippe, gymnase de Constantinople (Anihol. Pal., 1. II). Au point de vue littéraire, c'est peu de chose, mais
- 3. Jean de Gaza, qui vivait vers 530, appartient à l'école de Gaza roentionnée plus haut. Il nous a laissé une description boursouflée d'une carte du monde ("Exfpaaic toj «oojiixoû icivaxo;). conservée dans le Jiis. palatin de V Anthologie, éditée par Fr. Graefe, Leipzig. ISSl, et plus récemment par Abel, Berlin. IS3!.
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Il faudrait être mieux renseignés que nous do Io sommes sur l'étal do la culture hellénique dans les diverses régions de l'Egypte au iv« siècle, pour déterminer ce qui a pu susciter cette renaissance poétique en pleine Thébaïdc, à Panopolis, l'ancienne Cheiimis des Pharaons. Quelle qu'ait pu y être la part personnelle de Nonnos, on doit admettre, en tout cas, qu'il y avait là en ce temps un foyer d'hellénisme encore suhsistant. Nonnos, sur qui nous ne savons à peu près rien, dut grandir dans un milieu païen, où il prit le goût des vieilles légendes, l'admiration de la poésie homérique, et reçut en même temps l'empreinto profonde du goût alors régnant. Sorti de Panopolis, il semble avoir surtout habité Alexandrie'. Kunape, jugeant les Égyptiens du iv** siècle, disait dans son langage prétentieux, qu'ils étaient « fous de poésie », mais que a l'Hermès sérieux », c'est-à-dire sans doute le dieu de l'argumentation et lies raisonnements oratoires, se tenait éloigné d'eu.v -. Cela ne veut pas dire qu'ils cultivaient moins que d'autres la rhétorique, mais simplement qu'ils y portaient trop de fantaisie poétique. Cette sorte de folie dont parle Eunape, exubérance d'imagination, mobilité d'esprit, goût de l'éclat, nul plus que A'onnos n'en fut possédé. Aucun témoignage ne nous permet d'assigner une date précise à la composition de son épopée. Mais comme les poètes de son école, particulièrement Kyros de Panopolis, appartiennent au milieu du v" siècle, c'est sans doute dans les premières années de ce siècle que dut paraître l'œuvre dont ils ont subi'l'inlluence '.