‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 104 sur 261 · UNITE DU SUJET · texte numérisé non relu

UNITE DU SUJET

une pure discussion de métaphysique littéraire que de se demander, comme on Ta fait trop souvent, si le sujet du poème est la colère d'Achille, ou le dessein de Zeus, ou toute autre chose de même genre. Ni les poètes homériques, ni leur public, ne se posaient de pareilles questions. Absolument étrangers à ces abstractions subtiles, ils ne concevaient un sujet poélique que sous forme de scènes vivantes, liées les unes aux autres. La première grande scène de V Iliade était une querelle à la suite de laquelle Achille jurait que les Achéens, désormais privés de son secours, auraient à se repentir de l'avoir offensé. La dernière grande scène devait, par une véritable nécessité morale, montrer la réconciliation opérée, non par des engagements et des discours, mais par des faits, par une victoire décisive, par la mort d'Hector. C'est par le nom d'Hector qu'Achille effrayait les Achéens en se séparant d'eux*; c'est par la mort du héros troyen qu'il les rassure lorsqu'il est revenu à eux*. Ces deux scènes qui se répondent sont le fondement môme de l'unité du poème. Le reste n'avait en somme, à ce point de vue, qu'une importance secondaire, et l'on s'explique très bien qu'une fois ces deux termes extrêmes bien définis cette unité ait subsisté, malgré tout ce qui semblait devoir la compromettre. On savait d'où Ton partait et où l'on allait: peu importaient quelques détours de plus ou de moins ; on ne risquait jamais de s'égarer. Et toutefois, ici encore, nous devons remarquer la rectitude relative du poème. Étant données les

1. Iliade, I, 240 : "H «oi' 'Ax^^XiSoç tioOt) iÇetai uTaç 'A/aicuv — au[i- ;;avia;... — .. £ut* av iioXXot O^* "Extosoç avBpo^ovoto — Ovt[^.ovx£ç Ti^TCTtua:,

2. Iliadcy XXII, 393. 'Hpa(x€6a,uL^Y*''''^<>«'^'^^?vo[jL6v "ExxopaBtov— co TpôSeç xaxà hsvè Ocû fi>ç eu/EiocovTO.

conditions dans lesquelles il s'est formé, il est surprenant de voir combien Tunité fondamentale a été respectée, et quels efforts on a fait, là même où il fallait bien la sacrifier quelque peu, pour s'en écarter le moins possible. V Iliade^ conçue comme une œuvre collective, atteste certes d'une manière remarquable cette libre et intelligente docilité dont l'esprit grec devait plus tard donner tant de preuves éclatantes. Si d'ailleurs la marche de l'action est quelquefois lente, si même dans la première partie surtout, cette lenteur va jusqu'à l'embarras, il ne faut peut-être pas trop le regretter. Grâce à la manière dont elle s'est formée, Vlltade offre, dans son unité, le spectacle d'une étonnante variété. C'est là une des qualités qui la distingue le plus avantageusement d'un grand nombre de poèmes épiques. Les scènes qui s'y succèdent ne se ressemblent les unes aux autres que de loin en loin. Et cette variété ne tient pas seulement à ce fait qu'à côté des grandes mêlées furieuses nous rencontrons des épisodes de sentiment et de description, comme les JdieiLx d Hector et d Andromaque , Zeus trompé par Héré, ou le Bouclier d'Achille. Virgile a su insérer également dans son poème des épisodes de diverses sortes, et pourtant TjÇweïrfe n'échappe pas complètemenl à la monotonie. La variété de Vlliade est bien plus profonde. KUe tient à des différences d'imagination, de sentiments, de style même : ici la grandeur et la simplicité antique, là une grâce brillante et presque pompeuse, ailleurs des inventions merveilleuses, et tout à côté le naturel le plus dédaigneux des artifices poétiques. Si ces dissemblances allaient jusqu'aux disparates, elles seraient excessives, et r///W<? n'aurait jamais été un poème. Mais voilà justement le Irait hellénique. De même qu'au Parthcnon rinégalilé de mérite des sculpteurs qui

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