‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 105 sur 261 · LE RECIT. ORDRE ET MOUVEMENT · texte numérisé non relu

LE RECIT. ORDRE ET MOUVEMENT

ont travaillé sous les ordres de Phidias, si sensible qu'elle soit, n'a point compromis l'unité générale de l'édifice, de même celle des aèdes homérides n'a point détruit l'unité morale du poème. Tout différents qu'ils aient été les uns des autres, il y a cependant certains caractères communs de goût, de mesure, de clarté, de vie, qui se retrouvent chez tous à des degrés divers. Ils sont fils du même sol, héritiers de la même tradition, épris des mêmes modèles, dominés par le respect d'une même œuvre. On ne saurait assez dire combien cette variété dans l'unité, si heureusement imprimée sur le premier chef-d'œuvre poétique du peuple grec, a été utile à la liberté de son développement.

Si de cette vue d'ensemble, nous passons à l'étude particulière des cléments dont se compose la beauté totale du poème, la perfection du récit est la première chose à remarquer. Dans les parties supérieures de y Iliade^ cette perfection est incontestable et vraiment éclatante ; dans les autres, l'art du narrateur est inégal sans doute, mais, sous l'influence des exemples et de la tradition, il reste partout à une hauteur à laquelle aucune autre épopée en somme ne s'est jamais maintenue.

C'est d'abord par la conception lumineuse des objets représentés que la poésie homérique est admirable. Une vision nette et claire, à laquelle rien d'essentiel n'échappe. Hommes et choses apparaissent au poète sans confusion ; images distinctes , qui se présentent à son esprit naturellement dégagées et ordonnées. Une merveilleuse faculté d'ana-

lyse toute spontanée lui permet d'apercevoir dans chaque situation tout ce qu'elle contient d'intéressant; les conceptions complexes se décomposent d'elles-mêmes dans son esprit à mesure qu'elles y prennent naissance ; sa pensée est ordre et clarté. Mais dans cette clarté il n'y a ni froideur ni sécheresse. L'analyse instinctive dont nous parlons n'est pas celle de la réflexion qui ne laisse subsister que des abstractions. Ici, c'est l'imagination qui décompose, au moment même où elle crée, et tous les éléments qu'elle sépare sont vivants. Dans une action donnée, elle découvre des phases successives, toutes intéressantes, toutes tendant à une même fm ; dans un sentiment général, elle distingue des péripéties morales aussi vraies que délicates et variées. Le résultat de cette analyse, c'est donc la vie et le mouvement, mais le mouvement ordonné, progressif, toujours intelligible, la vie simplifiée, dégagée de ses obscurités, devenue, pour ainsi dire, toute claire et toute transparente. Rien d'extraordinaire dans de tels récits, presque point de merveilleux, car l'ordinaire, ainsi interprété, suffit à tout. Des coups de théâtre, parce que la nature humaine en comporte, parce qu'il s'en produit sans cesse en nous et autour de nous, mais des coups de théâtre vraisemblables, et jamais de ces soubresauts capricieux qui proviennent uniquement des fantaisies individuelles d'un auteur.

Quel récit pourrait être comparé sous ce rapport à celui du combat d'Hector et d'Achille au vingtdeuxième livre ? Une série de scènes passent sous nos yeux ; l'hésitation d'Hector, sa fuite, le jugement des dieux, la tromperie si dramatique d'Athéné, le combat proprement dit, et enfin l'admirable dialogue entre le mourant et son vainqueur ; autant de péri-

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