‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 181 sur 261 · Hérod., V · texte numérisé non relu

Hérod., V

3. Concours d'Homère et d'Hésiode, § 18. Il est dit, dans le même récit, qu'Homère a rhapsodie ses poèmes à Corinthe. Il y a là probablement une allusion à l'éclat des récitations rhapsodiques dans cette ville. On sait qu'un épisode de V Odyssée figurait sur le coffret célèbre dans l'histoire de l'art sous le nom de coffre de Kypsélos (Pausan., V, 19, 7).

lin r/;g]cmcnt public aux rhapsodes. Ce seul fait montre assez quelle importance avaient prise alors leur» récilalions. L'Etat, qui organisait les fêtes publiques cl qui en arrêtait le programme, y faisait place officiellement à Tépopée, en l'obligeant à se montrer clans toute sa grandeur. Malheureusement le texte de Diogène Laerce, qui contient cette intéressante mention, soulève de graves difficultés, qui l'ont rendu suspect, en tout ou en partie. Peut-être ces difficultés ont-elles été exagérées, a Solon, dit le « biographe, ordonna que les poésies homériques a seraient récitées par les rhapsodes d'après un texte « écrit, de telle sorte que chacun d'eux commencea rait au point où le précédent aurait fini. Solon a « donc plus fait pour mettre Homère dans tout son « jour que Pisislrate, comme l'a dit Dieuchidas dans « le cinquième livre de ses Mégariques. » L'auteur veut dire évidemment que jusqu'à Solon, les rha|)8()dcs, qui récitaient à Athènes, n'étaient soumis à aucun contrôle. Ils choisissaient dans \ Iliade et dans VOdyssée les morceaux qui leur convenaient le mieux, (^1 les groupaient selon leur fantaisie. Solon (Ircida ([u'il y aurait désormais un texte ofTicicl, et (|ii(^ l(\s rrcilalions des rhapsodes seraient contrôlées sur ce lexle, moins en vue de rexactiludc absolue (les (h'îlails, qu'a(in d'assurer la succession régulière (l(*s ïnorc(îaux. XHliade et VOdyssée devaient ainsi, dans la pcMisre du législateur, se dérouler tout entières <l(»vanl riinaginalion allontivc des Athéniens comme d(\s récils luslori(|ues non interrompus \

l, l>it>g. I.aorco. I. 2. 57 : Ta Té 'Oeir^^oj £; uroSoX^; Y'ïP*?* fatJ^too.iaOai, olov o-oy ô h.^ojto; £Xr,îtV, ixî'Ocv àpy£aOa: tôv è/ojJL£vov jiàXXov o'v DoÀ(ov ''0(Ar,^::ov È'^tÔTiaiv r^ rUia-'TrpaTo;, tu; ^t^Z'. Ai£*-»/^i8a; jv r::ur:T»;> MtYJtttxcov. \.a difricultc vient dos mois i\ OtioooX^;.

Une telle réglementation dut être d'abord difiicile à appliquer. Elle supposait en effet un texte invariable, seul reconnu par TEtat. Or ce texte n'existait pas. Lorsque les rhapsodes étaient en désaccord sur l'authenticité, la place ou la forme exacte de tel ou tel morceau, il n'y avait aucune autorité qui pût trancher le différend. On dut vivre d'accommodements pendant un temps plus ou moins long; mais l'inconvénient était trop vivement senti pour qu'on n'y cherchât pas un remède. De là le grand travail accompli par Pisistrate et par ses fils.

Ce travail est connu par une tradition ancienne dont nous trouvons l'attestation chez plusieurs auteurs. Des divergences légères de détail et des inexactitudes évidentes ne doivent pas faire mettre en doute le fait lui-même \ L'intention de Pisistrate

G. Hermann, dans une solide dissertation (OpusCy t. III), a démontré que ces mots signiCaient nécessairement c d'après un texte qu'un souffleur rappelait au rhapsode •. Ce sens ne paraît pas en accord avec l'explication donnée par Diogèue. Il semble en effet que l'auteur ait pris les mots eu question comme synonymes de i^ 'jTzoXi^i^zd};, ( en se succédant sans interruption •. On a conclu de là que l'explication avait été ajoutée au texte après coup et qu'elle n'était pas de Diogène. Cela n'ôterait rien en tout cas à la valeur du témoignage principal, qui est indépendant de la proposition interprétative subséquente. Mais je crois avoir montré en traduisant qu'on pouvait laisser aux mots £^ uTioSoXij; le sens indique par Hermann et néanmoins conserver la seconde proposition, à condition de considérer ce qu'elle énonce, non comme une interprétation, mais comme une conséquence. La récitation devient continue par ce seul fait qu'elle est assujettie à un texte. 2. Epigr. anon. (Anth. Jacobs, t. lY, p. 186) : At; [JLS TupavvTJaayia toaauToxi; eçeB^coÇe B^p.0^ 'Ep£y6floç, S'i; 8* eJcavTjYaYeto, TÔv [Ji£Y«v Èv PouXaîç IleiaiaTpaTôv, 8; tôv "OfiTjpov r^Opoiaoc, aTcopàSrjv x6 Tcplv asiodfjLSvoy. Cic. de Orat.y III, 34 : Quis doctior iisdem illis temporibus aut

'»u CBAftnE mi ^ wymxz et les bomèmsdes

fut 4^ dfi4^r Xth^wi:^ fuM texte àéimlûi des poésies h/pm^riqnfr^, Utxt^ qaî serait împ>9ê aux riiapsodes ^ qui d'aif leuni «e recommanderait de loi-méme par M fçntnd^ autorité. Poor le constitoer. il forma une commi.^ion, dont le principal personnage fut le poète Onomacrite d'Athènes ^ On devine au trarers 4en légendes ce qui dut se passer^. La commission appela a elle les rhapsodes les plus renommés : elle les écouta, elle fit écrire les deux poèmes entiers HOU5!» leur dictée, et son trarail propre consista surtout à les mettre d'accord. V Iliade et YOdyssée étaient Pilori» achevées depuis bien longtemps, mais comme on ne les récitait guère que partiellement, bien peu de personnes savaient au juste ce qu'elles contenaient. Certains morceaux de mérite inférieur, comme la Dolanie par exemple, étaient considérés par les xmii comme authentiques, par d'autres comme étrangers au poème primitif. Voilà comment on a pu dire que Pisistratc les avait introduits dans VIliade. En fait, il était impossible qu'une commission s'entendit pour une fraude de ce genre. Le rôveur mystique Onoinacrilo, qui avait composé de fausses poésies

rijjiiii C'ioqiictilia lillori» iiistructiorfuit quam Pisislrali, qui primus llotiicri lihroM, (!()tifu8(>s aDlea, sic disposuissc dicitur, ut hudc liabrtiniM? — Pausan., VII, 26. — Elien, Var. hist., XIII, 14. — LihatiiuM, SocratiH apoloi^ia^ t. III, p. 25, Reiske. — Suidas, ''Ofxrjpo;. — ICiiNlnlIir, Comm. sur l'Iliade^ I. I, v. 1 et 1. X, v. 1.

1. S<M»li(î (le Tz(.'t/.«'H, publiée en latin par Ritschl {De bibliothecis alrxandriniH vX Coroiiar. disputât, de biblioth. alexandrinis deque Pisistnili ruris homericis) et en grec par H. Keil, Rhcinisch. iyiusrum^ 18 '18. Len aiilreH commissaires nommes sont Zopyrc d'Ili'i'iM'lôe, Orpliôi^ de (à'otone et un certain Conchylos ; la lecture i|(* rr dernier nom ent incertaine.

2. On piMit voir ces légendes dans deux scolies sur un ouvrage ilo DiMiyi* do Thrace [Anccdota graeca de Villoison, t. II, p. 182).

de Musée \ dut respecter néanmoins les vieux poèmes ioniens, et on ne saurait trop faire remarquer, pour mettre ce fait important hors de doute, qu'ils ne portent nulle part la moindre trace de ses idées personnelles. La grande œuvre des commissaires de Pisistrate, ce fut de mettre fin à toutes les divergences et de constituer un texte complet. Ce texte différait sans doute fort peu de celui qui est venu jusqu'à nous. L'exemple donné par Athènes fut suivi en divers temps par plusieurs autres villes qui voulurent avoir aussi leur exemplaire officiel*; de là les éditions dites des villes. Les différences qui les distinguaient étaient minimes, ce qui prouve sans doute deux choses à la fois, d'abord que le travail fait par les ordres de Pisistrate servit de modèle à tous les autres, et ensuite que ce travail lui-même n'avait introduit aucune modification profonde dans les poésies homériques. Les critiques alexandrins vinrent après ceux des villes, et, en se guidant sur des principes généraux, ils s'efforcèrent d'effacer jusqu'à ces légères différences.

Lorsque Athènes eut un texte officiel de V Iliade et de VOdyssée^ il devint tout naturel d'y régulariser les récitations rhapsodiques, en leur assignant une date fixe. C'est ce que fit probablement l'un des fils de Pisistrate, Hipparque, d'après le témoignage de l'auteur du dialogue platonicien qui porte ce nom '.

1. Sur Ouomacrile, consulter Hérodote, VII, 6, qui raconte comment il fui convaincu par Lasos d'Hermione d'avoir fabriqué de faux oracles de Musée et chassé d'Athènes pour ce fait. Cf. Pausan., I, 22.

2. Les notes du manuscrit de Venise citent les éditions de Sinope, de Chio, de Marseille, de Cypre, de Crète, d'Argos.

3. Hipparque, p. 228, B : *I:u7:apycj) o; Ta 'OfXTJpou ?3:t) Tcpûxoç ex<^- (jLiaev £t; TTiv Y^v tûcuttjv^ (exagération évidente, qui provient sans

Il ordonna que les poèmes d'Homère seraient récités par les rhapsodes aux Panathénées, et qu'ils le seraient d'un bout à l'autre ; usage qui subsistait encore au temps où ce dialogue fut composé. Un autre dialogue platonicien, VIon, nous représente de la manière la plus vive ce qu'étaient ces grandes représentations rhapsodiques un siècle plus tard. Le rhapsode, revêtu d'un costume de couleurs variées et portant une couronne d'or, déclamait en acteur les vieux récils, qui, grâce à une mimique passionnée, se transformaient en un véritable drame. Ce n'était plus l'ancienne épopée, grave et modérée jusque dans le pathétique, c'était une immense tragédie, qui arrachait des larmes à un public innombrable et excitait en lui les émotions les plus variées \ L'art des rhapsodes, devenu de plus en plus semblable à celui des acteurs tragiques, contribuait ainsi, autant que les bibliothèques et les écoles, à perpétuer la gloire d'Homère *.

Nous n'avons presque rien ditjusqu'ici dclachro-

doutc d'une fausse interprétation du fait qui suit) xa» r^vaY/aiî toj; fiOi'^M^O'j; riavaOrjVai'ot; s; CinoXrJ-^^sw; S'JEçrJ; autà oit^vat lôanêp vîv STi oi^s. Jiotouai. — Il y avait aussi des récitations analogues dans le dôme de Brauron ; Hésycliios, Boajpwv'ot;. — Sur ce sujet des rhapsodes de l'Age attique, voir la dissertation spéciale de Nilzscli, De rhapsodis actatis atticacy Kicl, 1835.

1. Platon, Ion 'y en particulier, ce qui est dit au § 6 (p. 535, II. Est.}.

2. Cet art, ainsi compris et praticjué, vécut bien au delà de la période classique. On le voit florissant à la cour d'Alexandre, à celle des Ptoléraées, et dans les panégyries béotiennes, à Orchomène, à Tliespies, pendant la période romaine {C. I. G., 1583-1587; Alhéu.. XII, p. 538. et XIV. p. 620; V\yxi., Prop. de table, IX, 1, 2).

CHRONOLOGIE HOMERIQUE 421

nologie. C'est qu'en dépit de tout ce qui a été tenté, la détermination des dates, en ce qui concerne les poèmes homériques, ne peut être qu'approximative. Essayons d'abord de bien poser la question. Si tous les historiens anciens s'accordaient, à quelques années près, sur les dates de l'existence d'Homère, nous aurions à interpréter ces dates d'après les idées que nous avons exposées au sujet de la formation des poèmes homériques. Mais il n'en est rien, et les divergences sont telles qu'elles constituent un écart d'environ cinq cents ans \ Philostrate rapporte en effet que quelques-uns plaçaient Homère vingtquatre ans après la prise de Troie'; en d'autres termes, ils le considéraient comme contemporain des événements qu'il avait racontés. D'autres au contraire, tels que l'historien Théopompe, estimaient qu'il avait vécu cinq cents ans après ces événements^. Voilà bien l'écart indiqué. Entre ces deux opinions extrêmes, dont la première faisait d'Homère le contemporain d'Oreste, tandis que la seconde le ramenait jusqu'au temps d'Archiloque, une foule d'autres avaient place, et presque toutes s'appuyaient

1. Voyez Clinton, Fasti hellenici, et Scngebusch, Diss. homer. poster., p. 75 et suivantes, dont le système est résumé par ces mots : I Videtur hoc commune fuisse omnibus fere civitatibus in quibus Homericae scholac reperirentur, ut eo tempore Homerum natum esse sibi persuadèrent, quo quaeque ipsa Homericae poeseos particeps reddita esset » (p. 84). Malheureusement ces dates de l'introduction des poésies homériques dans les principales villes d'Asie sont elles-mêmes le résultat de combinaisons bien fragiles.

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