‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 218 sur 261 · LES TRAVAUX ET LES JOURS ET LA POESIE PRATIQUE · texte numérisé non relu

LES TRAVAUX ET LES JOURS ET LA POESIE PRATIQUE

Bien que ce chapitre ne se rapporte qu'au poème des Travaux, nous réunissons ici toute la bibliographie hcsiodique pour éviter des répétitions.

On trouvera une bibliographie hésiodique détaillée dans l'édition Kœchly-Kinkel , et un bon abrégé dans l'édition Gœttling-Flach. — Nous nous bornons à en résumer les indications essentielles.

Manuscrits. Les manuscrits d'Hésiode sont nombreux, mais beaucoup n'ont aucune valeur. Citons seulement ceux qui sont regardés comme les meilleurs :

1** A Florence, trois manuscrits de la bibliothèque laurentienne, savoir: M 5 (Mediceus, XXXI, 39), du xi* siècle, contenant seulement les Travaux et les Jours, le meilleur de tous. — M 3 {Mediceus, XXXII, 1(>), du xn* siècle, contenant lu Théogonie et le Bouclier, Sur ces deux manuscrits, consulter Flach, Die beiden selleslen Ilandschriften des Hesiod, Leipzig, 1877. — M 2 [Mediceus, XXXI, 32), du xiv« siècle, la Théogonie et le Bouclier,

2<> A Paris: — P 1 [Parisinus 2708), du xiv« siècle, les Travaux, la Théogonie, le Bouclier, — P 2 [Parisinus 2771), du XI* siècle, les Travaux et les Jours avec le commentaire de Proclus.

3® A Messine: — pi [Messanius), du xii* siècle, les Travaux et les Jours; reproduit en grande partie, d'après Flach, dans P3 [Parisinus 211S),

A^ S [Schellershemianus)y du xiv® siècle, autrefois à Flo-

rence, aujourd'hui en Allemagne, contenant toutes les œuvres d^Hésiode.

5* A Venise : — V 1 {Venetas, Cl. IX, cod, VI), du ziv* siècle, contenant toutes les œuvres d*Hësiode, avec des scolies. — V 2 {Venetus, Bibl. S. Marc, cod. 464), contenant également toutes les œuvres d^Hésiode, écrit de la main de Démétrius Triclinius entre les années 1316-20 (on Tappelle aussi TricUnianas).

Scolies. Sur les scolies d'Hésiode, consulter d'une manière générale les Prolégomènes de H. Flach dans ses Glossen und Scholien zur Hesiodischen Théogonie, Leipzig, 1876, et la dissertation du même auteur intitulée De fontibas gramme,ticis scholiorum ad Hesiodi Opéra et Dies, Jahrbûch. f. cl. PhUol., 1877, p. 433 et suiv.

Les grammairiens et critiques anciens, ceux d'Alexandrie et de Pergame d abord, puis ceux de la période romaine, s'étaient occupés des poèmes d'Hésiode presque autant que des poèmes d'Homère. Zénodote, Aristophane de Byzance, Apollonios de Rhodes, Aristarque, Séleucos d'Alexandrie, Didyme Chalcentère, Aristonicos, Cratès de Malles, Démétrios Ixion, Denys de Corinthe, Hiéronyme et Epaphrodite, enfin Plutarque, avaient annoté, commenté ou édité ses œuvres. De tout cela, il nous reste seulement ce qui a été recueilli par les commentateurs plus récents dont les œuvres sont venues jusqu a nous. Ces commentateurs sont :

Proclus dont l'œuvre critique ( *Wo;j.vyijxa etç xi *H(jirf5ou *'Epy« xa\ *Hutipa;) n*a clé conservée qu'en partie (Edition spéciale, dans les Opéra et dies de Vollbehr, Kiel, 1844) ; c'est ce qu'il y a de meilleur dans les scolies d'Hésiode. On y trouve quelques fragments du commentaire de Plutarque sur les Travaux.

— Jean Diaconus Galenus (Elç TTrjv toîÎ 'HdirfSou Ôeoyoviav dXXyiYOpi'at) . — Jean Tzetzès ( 'E;y)yT]<j£iç elç "Epya xai 'Hfiipoïc et 'E;7JY. 6?ç T/jv To-î *H(jio8ou 'AdTciSa) . — Deux anonymes, auteurs de remarques sur le Bouclier et la Théogo lie. — Jean Diaconus Pedasimus (2x<5Xia ^rasa^pa-TTixà eîç TrjV t. *n. 'Aff7C:'&t).

— Jean Protospatharius (Commentaire sur le calendrier qui fait partie des Travaux) . — Manuel Moschopoulos (Remarques sur les Travaux). — Démétrius Triclinius (Scolies sur la

Théogonie), — Planude (Scolies sur les Travaux), — Constantin Lascaris (Scolies sur le Bouclier),

La collection des scolies d'Hésiode a été publiée par Th. Gaisford dans le tome II de ses Poetae minores graeci, Oxford, 1814-1820, et Leipzig, 1823. — Pour celles qui se rapportent à la Théogonie, voir la collection de H. Flach, citée plus haut.

Editions. — Les principales éditions d'Hésiode sont :

XV® siècle : L'édition princeps de Démétrius Chalcondyle, sans indication de lieu ni de date, probablement Milan, 1493; elle contient seulement les Travaux et les Jours, — L'édition des Aides (Œuvres complètes), 1495.

XVI® siècle: Editions des Junte, 1515 et 1540 (Œuvres complètes). — Edition de Baie, 1542 (Œuvres complètes avec la traduction latine de N. Valla et de Boninus Mombritius). — Edition d'Henri Esticnne, Paris, 1566.

XVII* siècle : Edition de Daniel Heinsius, Leyde, 1603, avec une étude sur la doctrine des Travaux, — Reproduite en 1632 par G. Pasor, avec un index nouveau. — Edition de Schrevelius, Amsterdam, 1650, avec l'index de Pasor considérablement accru : souvent rééditée.

XVIII® siècle : Hesiodi Ascraei quae exslani, éd. variorum, de Lœsner, Leipzig, 1778, ample recueil où se trouvent réunis ou résumés tous les travaux antérieurs. — Theogonia par Wolf, Halle, 1783. — Opéra et Dies, par Brunck, Strasbourg, 1784.

XIX® siècle : Hesiodi car mina, de Gaisford, dans ses Poetae graeci minores (voy. plus haut). — Hesiodi carmina, de Gœttling, Gotha, 1831; 3® édition due à J. Flach, Leipzig, 1878; prolégomènes et notes fort utiles. — Hesiodi carmina et fragmenta, de F. Dûbner (Biblioth. Didot), Paris, 1840. — Hesiodi, Cinœthonis, etc., fragmenta, de G. Marckscheffel, Leipzig, 1840. — The epics of Hesiod, de Paley, Londres, 1861. — Hesiodea quae supersunt omnia, de Armin. Kœchly et God. Kinkel, Leipzig, 1870, œuvre de critique fort remarquable, a beaucoup fait pour l'établissement du texte ; reproduite dans la petite édition d'Hésiode par Kœchly, qui fait partie de la Biblioth. Teubner. — La Théogonie a été publiée

à part par Welcker avec des notes critiques et explicatives et un Essai sar la poésie hésiodiqae, Elbersfeld, 1865; avec une traduction allemande par Schœmann, Berlin, 1868; avec des Prolégomènes par H. Flach, Berlin, 1873. La correction du texte de la Théogonie a été préparée surtout par Mfltzell dans son ouvrage De emendaiione Theoyoniae hesiodeae, Leipzig, 1833.

•OMMAnX.

I. Analyie du poème des Travaux et Jours, — IL Unité primitiTe du poème. — III. Des sentimenls qui inspirent la poésie d'Hésiode. — IV. Les mythes dans les Travaux, ^ V. Mérite descriptif. Comment Hésiode a tu la nature. — VI. La langue d'Hésiode. — VII. Autres œuvres de poésie pratique.

Le poème intitulé Travaux et Jours fEp-^a xal *H|jLépat) est la plus originale et la plus authentique des œuvres attribuées à Hésiode ^ Avant de l'étudier

1. Aucun doute ne s'est élevé dans l'antiquité sur l'attribution des Travaux à Hésiode. C'était, au dire de Pausanias (IX, 31), le seul entre les ouvrages dont on le croyait l'auteur, qui fut reconnu comme authentique par les Béotiens de rHélicon. La tradition d'à texte est néanmoins assez incertaine. Dans un des passages principaux (la description de l'âge d'or), la critique moderne a dû rétablir trois vers consécutifs (120-122) qui ne figurent dans aucun manuscrit et ne sont commentés par aucun scoliaste. Ces vers ont été cités comme appartenant aux Travaux par Diodore, Origèuc et le scoliaste d'Aratos. On avait donc, au temps de ces écrivains, un texte de ce poème plus complet que le nôtre.

au point de vue littéraire, il est nécessaire toutefois d'en discuter rapidement l'unité primitive : car, malgré sa brièveté \ il parait composé d'éléments si divers qu'on ne peut s'empôcher à première vue d'en être étonné. Une analyse sommaire nous permettra de faire ressortir cette variété.

L'ensemble se divise en quatre groupes principaux: 1° (du début au vers 382) une exhortation morale au travail, entremêlée de sentences diverses ; 2® (du V. 833 au V. 694) un traité d'agriculture, suivi de quelques conseils sur la navigation ; 3° (du v. 695 au v. 764) un corps de préceptes à demi religieux ; 4° (du V. 765 à la fin) une sorte de calendrier, où sont marqués les jours heureux et les jours malheureux. Le titre général du poème s'applique particulièrement à deux de ces groupes, le nom de Travaux se rapportant au second, celui de Jours au quatrième.

I. L'Exhortation (v. 1-382) se compose d'une série de morceaux principaux, qu'on pourrait sans doute détacher les uns des autres sans grand inconvénient, mais qui sont pourtant reliés, si l'on veut y faire attention, par une môme pensée morale : quelques morceaux accessoires de moindre valeur s'y trouvent mêlés. La pensée morale dominante, c'est la nécessité du travail : elle se développe sous diverses formes sans progression sensible. D'abord Vallégorie des deux Eris (v. 11-24), l'une personnifiant Témulation féconde, l'autre la jalousie stérile ; la première encourage Thomme au travail, la seconde l'en détourne. Puis le mythe de Prométhée et de Pa?idore (v. 42-105), destiné à expliquer comment le mal est entré dans le monde, et par conséquent comment le travail est devenu nécessaire, comment la souf-

Page 1