Voy. chapitre précédent, p
mêmes qui sont mentionnés. Le poète n'a yraiment d'enseignements précis k donner que sur la confection des instruments aratoires et sur quelques points relatifs au labour. En revanche la longue peinture de rhiver, abondante en traits énergiques, dépasse de beaucoup la mesure des autres descriptions du poème. De plus, cà et là, des vers qui rompent le sens. Si ces derniers défauts trahissent des additions ou des remaniements, disons toutefois que pour nous ni les remaniements ni les additions n'expliquent d^une manière satisfaisante Fétat général de la composition : nous aurons à en chercher plus loin la raison dans les intentions du poète et dans ses habitudes d'esprit. Ce qu'il importe de remarquer dès à présent, c'est que, sous les altérations présumées, en dépit des lacunes et des disproportions, apparaît une ordonnance régulière , manifestée par l'enchaînement des préceptes selon l'ordre des temps et des travaux. Cette ordonnance ne permet pas de douter que tout cet ensemble de préceptes n'ait été conçu et exposé en une seule fois.
Non moins que la première partie du poème, ce second groupe se rattache à ]a donnée fondamentale des rapports d'Hésiode avec Perses. On a beau supprimer quelques passages qui ont pu être ajoutés postérieurement, il est impossible de l'en distraire complètement sans user d'une sorte de violence.
III. Une troisième partie comprend les Préceptes mêlés qui suivent (v. 695-764). Rien de plus difficile que de les réunir sous une seule dénomination: il y a un peu de tout dans ces prescriptions qui semblent associées au hasard. Pensées sentencieuses sur le mariage, sur les relations sociales, puis sur certaines observances religieuses, tout cela sous forme purement gnomique, c'csl-à-dire par maximes détachées.
Dans un recueil de ce genre, ce serait chose absolument vaine que de poser la question d'authenticité: quel moyen aujourd'hui de discerner parmi ces maximes celles qui appartiennent au poète primitif de celles qu'on a pu lui prêter plus tard? Au reste, il n'y est plus question du personnage de Perses, et aucun des préceptes énoncés n'a le moindre rapport avec la situation qui sert de donnée fondamentale au poème des Travaux. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la plupart d'entre eux conviennent particulièrement à la vie rustique, et qu'ils constituent une sorte de code de morale prudente à l'usage des habitants de la campagne.
IV. Les Jours forment la quatrième et dernière partie du poème (v. 765-fin). C'est une sorte de calendrier, dans lequel sont énumérés ceux des jours du mois qui doivent être regardés comme favorables ou défavorables pour telle ou telle chose. La sagesse religieuse, dont le poète est l'interprète, le dispense, comme nous l'avons déjà remarqué, de rapporter ou d'inventer des raisons quelconques pour justifier ses arrêts*. Nomenclature passablement aride, relevée parfois par le mérite de l'expression, et fort curieuse d'ailleurs comme témoignage de superstitions populaires. Perses n'y figure pas plus que dans la troisième partie; s'il n'est pas impossible à la rigueur de trouver une relation entre ce calendrier et l'intention générale du poème, il faut avouer qu'elle
1. V. 768. ArSe yàp l](i^.t}ai eiai Aïo; napà fi7)TidEvT0$. Il est curieux de voir comment cette sagesse qui se croit inspirée et qui dogmatise en conséquence était jugée par la sagesse rationaliste qui lui succéda en Grèce un peu plus lard. Heraclite, dit Plularque {Camille, 19), reprochait à Hésiode d'avoir distingué les jours en bons et mauvais, et de n'avoir pas su reconnaître qu'ils étaient tous de même nature (ai; ayvoouvii çuaiv ^[x^pa; ànctOT]; fji(ay oùaav).
reste assez mal définie et que le poète n'a rien fait pour la rendre plus sensible.
Ce simple exposé fait pressentir et justifie en même temps le travail auquel s'est livrée la critique moderne pour élucider la question de l'unité primitive du poème.
Cette unité a été absolument révoquée en doute par quelques-uns. Dès 1813, Twesten, dans un commentaire hardi \ faisait ressortir les incohérences de détail qu'il découvrait en maint endroit dans cette composition, regardée jusqu'alors comme un déve* loppement continu. Une vingtaine d'années plus tard, Lehrs, s'inspirant et s'aidant de ce premier travaili soumettait le même poème à une critique attentive et vigoureuse '. La conclusion de son remarquable travail, c'était que les Travaux et les Jours ne constituent pas un poème. 11 y distinguait : 1^ Un Traité poétique de l'agriculture et de la navigation^ la seule partie de l'œuvre qui offrît, selon lui, un développement régulier; encore regardait-il cette partie môme comme profondément altérée par des suppressions, par des additions et par des remaniements provenant du mélange de plusieurs recensions ; — 2® Un calendrier, les Jours, d'un caractère différent, œuvre ancienne, qui, d'après lui, aurait subi aussi quelques brèves additions ; — 3** Une vaste Chrestomathie, recueil de pensées morales, de conseils pra-
1. Commentalio criiica de Hesiodi carminé, quod inscribitur Opéra et Dies, Kiel, 1815.