Marckscheffel, p
2. il n'est pas douteux que les Eées n'aient formé le quatrième lirre des Catalogues. Cela résulte clairement d'un passage de Fargument du Bouclier d'iléraclèSy d'après lequel le début de ce petit poème aurait été emprunté à ce quatrième livre des Cata^ loguts^ or ce début, comme sa forme l'indique, est une Eée (*^H oii} xpoXcffoSaa 8<f{jiou(...). Il y avait donc identité entre les Eées et le quatrième livre des Catalogues.
S7ê CHAPITBB U. ^ LA. rOÈOQOmE
mais elles en différaient par deax traits^ssentieis. D'abard, au lieu d'offrir" un système de généalogies vraiment hellénique, elles ne touchaient qu'i^ un petit nombre de légendes thessaliennes et béotiennes : c'est là du moins ee q^i semble résulter du fait que les cinq femmes mentionnées dans les fragments, Alcmène, Coronis, Mékionicé, Kyréné et Antiope, appartiennent à la Thessalie ou à. la Béotie. En second lieu, les récits y tenaient beaucoup plus de place. Nous pouvons en juger par le fragment emprunté à VEée d'Alcmène, qui forme aujourd'hui le début du petit poème intitulé BaveHa^ iBiraclés. Evidemment l'idée généalogique, sans être absente des Eies^ n'y avait pas la même importance que dans les Catalogues.
Nous ne possédons plus ai^burd'hui les mo^eoM d'information indispensables pour discuter soit la date, soit l'origine des Caialogués ni des Eées. Tout ce que l'on peut dire à ce sujet, c'est que si Iw aUu* sions historiques et géographiques qui figurent dans les fragments n'ont pas été insérées après coup dans ces poèmes, on serait en droit de les rapporter avec vraisemblance au coramencement du vii" siècle *.
A ces épopées généalogiques se rattachent plus ou moins directement quelques petits poèmes, que l'antiquité avait pris l'habitude d'attribuer à Hésiode, devenu pour elle le représentant du genre tout entier.
Tel est d'abord le Bouclier d Héraclès^ qui est venu jusqu'à nous. C'est une composition d'environ cinq
1. On peut voir à ce sujet Marckscheflel, p. 135; mais il ne faut pas se dissimuler qu'en fait ce sont là des questions insolubles, où nous dcvous nous contenter de déterminations probables, mais assez vagues.
cents vers, dont les premiers sont empruntés aux Eées^, Le sujet apparent est le combat d'Héraclès contre Kycnos, fils d'Ares, qui arrêtait auprès de Pagases en Thessalie les offrandes destinées au temple de Delphes. En réalité l'auteur semble s'être proposé principalement de décrire le bouclier d'Héraclès. Celte description (v. 141-319) a donné son nom au poème tout entier; elle est imitée manifestement de celle du bouclier d'Achille dans VIliade, Tout le poème porte la marque de la décadence de la poésie épique; l'imitation y remplace l'invention. La description du bouclier est laborieuse et confuse; elle vise à l'effet par des moyens grossiers ; le poète veut nous effrayer avec des figures épouvantables qui ne sont qu'odieuses ou ridicules. Il est inutile de chercher, comme on l'a fait, à distinguer dans une pareille œuvre des parties anciennes et d'autres plus récentes. Sans doute, elle a pu subir des interpolations ; mais il faut le dire franchement, ce qui est ancien n'y est pas meilleur que ce qui est nouveau. Nous y voyons l'œuvre d'un rhapsode qui, profitant du succès des Eées^ a détaché de ce poème le commencement du récit relatif à Alcmène, et sur ce fragment a greffé tout un développement à lui, moitié narratif, moitié descriptif.
Nous ne ferons que mentionner ici les Noces de Kéyx, VEpithalame de Pelée et de Thétis, les Dactyles de rida, simples titres représentant pour nous des œuvres entièrement ignorées. La Descente de Thésée chez Hadès et la Mélampodie ont un peu plus d'in-
1. Argum.j III : T^ç *Aa«{8oç t) ÔLpjr\ ev tw S' KataX($'Yto 9^peTai [liyjpi oT^x^cov v' xai ç'. Cela serait évident, même sans ce témoignage. Il a du moins l'avantage de nous bien prouver que le Bouclier n'est pas une des Eées, ce qui résulte d'ailleurs clairement de la nature même du poème.
CHAPITBE XU. — LA THËOGOME
t térêt, et surtout nous devinons mieux pourquoi ces
poémcsont élé rangés parmi les œuvres hésiodiques. Il est probable qu'en représentant Thésée et son
I ami Pirithoos nux Enfers ', l'auteur de ce récit, que) qu'il fi'il, s'était souvenu de V Odijssée , et qu'une éniimération de morts illustres établissait quelque ressemblance entre ce poème et les Catalogues. La Mélampodie é\s,\i une œuvre assez étendue; elle fut partagée en trois livres au moins'. Le devin Mé-
' lampos en était, d'après l'indication du titre, le per-
II sonnage principal. A coté de lui figuraient les autres [i devins célèbres de l'âge héroïque : Mopsos, Aniphi- I loque, Câtchas, Tirésias. Ce groupement des devins I en un récit donnait sans doute au poème quelque I chose de religieux et peut-être de didactique en ceri taines parties, ce qui l'avait fait attribuer à l'auletir
Ides Travaux. Les épisodes que nous en connaissons, la mort Ac Calchas', la consultation de Tirésias par Zcus et Héré', la folie des Clles de Prœtos', attestent toutefois que ce n'était pas un traité- Quelques bciui\ vers pleins de «frandeuret de tristesse, où Tirésias, après avoir vécu sept générations d'hommes, se plaignait de sa longue vie, méritent d'être mentionnés :
« 0 Zeu9, père et souverain, s'écriait le vieux prophète, pourquoi ne m'as-tu pas donné une vie plus courte et ma part de l'ignorance humaine 7 Ce n'est pas une faveur que tu m'as faite, en m'assignant cette longue possession de la vie, prolongée jusqu'au terme de sept générations mortelles ! ' ».