CHAPITRE XIII
LA FIN DE l'âge ÉPIQUE
Manuscrits. — Pour les manuscrits des Hymnes et de la Batrachomyomachîe, consulter Baumeister, Prolégomènes de Tédition des Hymnes mentionnée ci-après et Prolégomènes critiques de la Bairnchomyomachie, D'après Baumeister, tous les manuscrits des Hymnes existant aujourd'hui proviennent d'un même archétype. La reproduction la plus fidèle de cet archétype est le manuscrit de Florence [Laureniianus, XXXII, 45; L de Baumeister), du xv* siècle. Le manuscrit de Moscou {Moscoviensisy aujourd'hui à Leyde), du xiv® siècle, nous a seul conservé VHymne à Déméier (voir plus loin, p. 590); c'est le plus correct en apparence, mais non le plus fidèle au texte primitif; beaucoup de leçons qui lui sont particulières semblent dues à un interpolateur. Il y a en outre trois manuscrits des Hymnes à Paris (2763, 2765 et 2833, A, B, G de Baumeister, xvi® et xiv*^ siècle) ; deux à Milan du XV® siècle {Amhrosiani 1) et S de Baumeister) ; enfin deux au Vatican [Pahtinus 179, xv® siècle, ci Becfinensis 91, du même temps) .
La Bairachomyomachie est ordinairement jointe dans les manuscrits à V Iliade et à V Odyssée, Mais elle ne figure que dans des manuscrits relativement récents, où elle est transcrite de la manière la plus incorrecte. Ces manuscrits proviennent, d'après Baumeister, d'un même archétype alexandrin.
Editions. — Voir Baumeister, ouvrages cités. — Les Hymnes avec la Bairachomyomachie et les Epiyrammes ont été im-
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priméii pour la première fois cbi» réditîon princ^is des poëries d'Homère de Démétrius Ghalcondvle. Florence. 1488. — Les premières corrections de quelque importance sont dues k H. Estienne, Paris, 1566 et 1588. — Il suffira de rappeler au nii* et au xnii* siècle les noms de Bames, d'Emesti, de Wolf : VHymne à Démêler, découvert en 1780, a été publié pour la première fois par D. Ruhnken, Leyde, 1782. Mentionnons aussi, en raison de ses abondants commentaires, Fédition des Hymnes, de la Bstirstehomyottutchie et des Epigrammes, due à Ilçen, Halle, 1796. — Dans notre siècle, les Hymnes ont été publiés avec la BatrachomyomMchie par A. Matthiœ, Leipzig, 1806; les Hymnes et les Epigrammes par God. Hermann, Berlin, 1806; les Hymnes, les Epigrammes, les Fragments et la Bairachomyomachie, par Fr. Franke, Leipzig, 1828 (3' vol. des Homeri carmina de G. Dindorf et Fr. Franke), par Bothe {Homeri carmina, t. VI, Leipzig, 1835), par G. Dindorf dans la collection Didot {Homeri carmina, Paris, 1837). Il faut citer à part G. Baumeister {Bairachomyomachia, Gœttingen, 1852; Hymni, avec un apparatus critique et des notes, Leipzig, 1860) ; ce savant a plus fait que tous ses prédécesseurs pour établir le texte critique des Hymnes, h' Odyssée dW. Pierron (Paris, 1875) contient, à la fin du second volume, la Bairachomyomachie, les Hymnes et les Epiff ranimes; le travail de Baumeistcr y est fréquemment cité et mis à profit.
SOMMAIRE
I. Kiii de l'âge épique. Les Hymnes «lits homériques. Lrs Epigrammrs. — II. La Batrachomyomachie ; le Margitès. — III. L'esprit grec à la fin de l'Age épique.
Nous sommes arrivés au terme de Tàgc épique. Mais, qu'on le remarque bien, quand l'épopée disparaît en (irèce, c'est le genre qui s'épuise, et non
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le génie du peuple qui s'affaiblit ; celui-ci est au contraire dans toute la force et dans tout l'éclat de sa jeunesse. S'il abandonne les longs récits, c'est pour prendre un nouvel essor dans Télégic, dans l'iambe, dans la poésie lyrique. La sève du grand arbre hellénique est aussi abondante que jamais; elle monte lentement des branches inférieures qu'elle vient d'animer à d'autres branches qui donnent aussitôt naissance à une végétation magnifique.
Les raisons de ce changement seront expliquées plus loin, quand nous raconterons la naissance des genres nouveaux. Mais avant d'entrer dans cette étude, nous devons essayer de résumer tout ce qui précède. On peut évaluer à quatre siècles environ la durée de la période que nous venons de parcourir. Pendant ces quatre siècles, qu'avait appris la Grèce ? Quels progrès avait-elle faits dans l'art littéraire et dans la pensée? En répondant à ces questions, nous ferons mieux apprécier encore la haute valeur des œuvres qui viennent d'être étudiées et nous les rattacherons d'avance à celles qui vont suivre.
Il n'y a que les chefs-d'œuvre les plus rares qui exercent une influence profonde sur l'esprit d'un peuple; mais cette influence, ce sont surtout les œuvres moyennes qui permettent de la mesurer. Voilà pourquoi le recueil des hymnes qu'on appelle homériques est précieux pour nous. Aucun de ces hymnes n'est comparable aux moindres chants de V Iliade ou de VOdyssée^ aucun n'approche du mérite original des Travaux ni de la largeur d'idées de la Théogonie. Mais lorsqu'on a étudié VIliade et YOdyssee, les Travaux et la Théogonie., on retrouve dans les hymnes comme le reflet de cette immense lumière de poésie. Un art s'y manifeste, qui procède directe-
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ment de tous ces exemples. C'est une sorte de perfection acquise, d'excellence héréditaire, ^ui rend témoignage de la manière la plus décisive à un admirable passé.
Les hymnes dont nous parlons sont au nombre de trente-quatre : il y en a cinq qui sont de véritables compositions épiques, et dix-neuf'peu étendus, dont quelques-uns ne consistent même qu'en quelques Vers^ Leur destination à tous semble d'ailleurs avoir été la même'. Ce sont des préludes composél» en vue de récitations épiques, soit pour de simples réunions, soit pour des concours. Les aèdes et les rhapsodes avaient coutume d'invoquer toujours un dieu avant de commencer à réciter leurs poèmes; c'était quelquefois Zeus, quelque'fois la Muse, souvent aussi le dieu dont on célébrait la fête, lorsque les récitations faisaient partie du programme de quelque solennité. C'est à ce dernier usage que
1. Toutes les questions critiques relatives aux Hymnes doiveul être étudiées dans l'édition d'Aug. Baumeister. On ignore en quel temps le recueil des Hymnes a été constitué. Les témoignages anciens permettent seulement d'affirmer qu'il y avait une collection d'hymnes attribués à Homère dès le temps d'Auguste (Diod. de Sicile, I, 15; III, 65; IV, 2); cette collection est citée plusieurs fois : Scol. Pind., Pyih., III, 14; Scol. "Nie and., A lexipharm. y 130, et Scol. Aristopb.y Oiseaux^ 578. Plus tard, on racontait qu'Homère les avait composés à Néontichos (Pseudo-Hérodote, Vie d'HomêrCj 9); assertion dont l'origine nous échappe.
2. Elle est indiquée clairement par les formules qu'on lit à la fin de plusieurs de ces compositions : XXXII, 18 : S^o $' àpx.o'fi£vo;, dit le poète au dieu en terminant, xXea ^coicov — «Saojjiai Tj^iiOecov, (uv xXe^oua' 6pY(x«T' aoiôo^ Cf. XXXI, 18. Formule analogue. II, III, IV, V. VI. VII, IX, X. XIII, XVIII, XIX, XXV, XXVII, XXVIII. XXIX, XXX, XXXIII. A la fin des hymnes VI, XI, XV, XX. XXIV, il demande le succès pour ses chants épiques ou même la victoire dans un concours.
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se rapportent en général nos hymnes. Réunis, ils nous fournissent une sorte de catalogue des panégyries grecques où la poésie avait part. En les lisant, nous nous transportons tour à tour en imagination à Délos et à Delphes, à Eleusis et à Claros, à Salamine de Chypre et à Athènes ; nous y assistons aux fêtes d'Apollon, de Déméter, d'Aphrodite, d'Athéna ou d'Héphaestos, et à une foule d'autres. Il n'est point de dieu qui n'ait son hymne, point de ville qui n'ait ses fêtes, point de grande réunion sans poésie. L'épopée se montre là vraiment vivante et régnante, au milieu de ses prêtres et de ses fidèles, dans tout l'éclat de sa gloire, comme la tragédie d'Eschyle ou de Sophocle sur le théâtre d'Athènes ; nous la suivons d'Europe en Asie, à travers les Cyclades, partout acclamée et traînant la foule après elle. Quelques prologues poétiques deviennent ainsi les témoins irrécusables de l'empire qu'elle a exercé et nous permettent de le concevoir d'une manière sensible.
Bien que tous ces hymnes parlent uniquement des dîeiix, il n'en est pas un qui présente un caractère liturgique. Tous ceux qui ont quelque importance sont de véritables récits épitjues, et les autres sont le plus souvent des abrégés de récits du même genre. Cinq seulement laissent entrevoir quelques traces, plus ou moins certaines, d'influences orphiques*. Les autres se rattachent directement soit à la tradition homérique, soit à la tradition hésiodique, parfois à toutes les deux simultanément.
C'est surtout l'élégance et la grâce brillante qui distinguent Y Hymne à Apollon Délien^^ le premier et
1. Ce sont les hymnes VIII, XIV. XXX (XXI, éd. Pierron), XXXI (XXII, du même) et XXXII (XXIII, du même).
2. L'hymne I, à Apollon Délierij confondu dans les manuscrits
le plus remarquable de la collection. Destiné à une des fêtes de Délos, il a pour objet de célébrer la naissance du dieu dans l'île choisie. Rien ne manque à ce petit poème pour compter au nombre des chefs-d'œuvre, sauf la puissance de l'invention. Toutes les qualités que le long succès de l'épopée avait développées chez les aèdes sont réunies là si harmonieusement qu'elles y semblent naturelles. Pures et nobles images, simplement dessinées et pleines de vie, qui se détachent, brillantes, sur un fond presque aussi lumineux qu'elles. Les dieux y apparaissent beaux et majestueux ; le poète les groupe ou les isole sans effort, comme au fronton d'un temple; il semble que Tart de la composition soit devenu chez lui un instinct, qui spontanément donne à chaque chose sa valeur exacte:
« Oui, il faut que je célèbre Apollon, Tarcher aux traits lép:ers, celui devant qui les dieux mêmes tremblent dans la demeure de Zeus, quand il y apparaît. Dès qu'il approche, ils s'élancent tous de leurs sièj^es, à la vue de son arc redoutable qu'il tend. Seule, Léto resle assise auprès de Zeus, le maître de la foudre: elle détend l'arc du dieu, elle ferme son carquois, elle détache olle-niénio de ses épaules robustes l'arme llexible et la suspend contre le pilier où est adossé le siè^^e de Zeus, à un clou d'or. laii-niême, elle le conduit à son trùne et le fait asseoir. Son père lui donne alors le nectar dans une coupe d Or, en siirne d'airectueux accueil; tous les autres dieux se rasseoient autour de lui; et la divine Léto se sent remplie de joie, j)arce cpi'elle a enfanté ce (ils, l'archer divin à qui rien ne résiste*. »
avec riiymnc II, à Apollon Pytliiin, eu a été séparé pour la première fois par liuliukeu {lipist. critic., I, p. 77) ; depuis lors cette divisiou, bieu que diversement contestée, a g'éuéralemeut prévahi. Dans l'édition Didot [Homcri carmina), les deux liymnes sont encore réunis en un seul sous le titre «j^énéral £•; *A7:oXXajva. 1. A Apollon Dclien^ 1-13.