LIVRES XIV ET XV
délibérations stériles succédant à des luttes sans résultat, rien n'avance. Fatigués de ces lenteurs, nous nous plaignons du sommeil d'Homère, lorsque tout à coup éclate un brillant et célèbre épisode, Zens trompé (Atè; iTzirri). Héré , pour seconder les desseins de Poséidon et détourner l'attention de Zeus, vient trouver celui-ci sur le Gargaron, elle l'enivre de son amour, et, avec l'aide du Sommeil, elle l'endort. Poséidon, aussitôt prévenu, est ainsi mis en état d'agir à son gré (v. 153-362), comme il l'a été déjà au début du livre précédent. Il intervient donc pour la cinquième fois, excite les Achéens, et leur suggère ridée étrange de faire entre eux un échange d'armures. Lui-même marche à leur tôte. Les Troyens plient ; Hector, blessé par Ajax, est emporté par ses compagnons sur les bords du Scamandre, où il ne reprend connaissance que diflicilemcnt. Pendant ce temps, les Troyens sont éloignés des vaisseaux, chassés du camp et repoussés dans la plaine.
Alors Zeus se réveille. Il s'aperçoit de ce qui se passe , s'irrite et avise à remettre les choses dans l'état où elles étaient avant son sommeil. Poséidon, sommé par lui de se retirer, cède à regret, mais n'ose résister. Apollon ranime Hector, et lui-môme, se mettant à la tête des Troyens, chasse les Achéens vainqueurs, comble le fossé de leur camp sur un large espace et renverse le rempart. Tout est donc comme si ce rempart n'avait jamais existé, ce qui revient à dire que l'action se raccorde ici à la situation décrite à la fin du onzième livre, quand les Achéens, après avoir perdu le champ de bataille, se réfugiaient auprès de leurs vaisseaux.
Là se termine véritablement l'épisode de l'intervention de Poséidon commencé au début du livre XIII, épisode dont l'artifice d'Héré forme le centre. Si
nous nous le représentons comme un ensemble en le détachant du reste par la pensée, on ne peut nier qu'il ne révèle une certaine unité de conception et d'exécution. Le poète s'est proposé évidemment de rattacher son récit à celui du livre XII, dont il accepte les données. Il n'est pas douteux que son œuvre n'ait été surchargée d'interpolations. Quelle qu'en ait pu être l'importance, elle se distingue de celle de son prédécesseur par certains caractères propres. Le récit est médiocrement conduit * ; mais l'imagination très brillante du poète se déploie dans des scènes isolées, plus descriptives que dramatiques, telle que l'arrivée de Poséidon (XIII, 10-38), si admirée de Longin avec raison, et l'embrassement de Zeus et d'Héré sous le nuage d'or (XIV, v. 346-351)'. Les allusions qu'il fait à la légende d'Héraclès (XIV, 250 et suiv.; XV, 25 et suiv.) sont un indice curieux à relever, qui semble dénoter encore une fois l'influence de poésies contemporaines relatives à ce sujet.
Passons rapidement sur deux morceaux de raccord (v. 367-591) qui suivent immédiatement. Le premier
1. W. Christ, Fliadis carm., Proleg. p. 41, remarque, après Schœmann, qu'entre le vers 595 du livre XI et le vers 591 du livre XY, il ne se passe rien, sauf l'Assaut du mur, qui fasse avancer l'action en quoi que ce soit.
2. Hoffmann, Quaestiones homericacj Clausthal, 1848, t. II, p. 232 : Apparet ejusmodi fuisse hujus poetae ingcnium quod luxuriaret in dcscribendis rébus minoribus, quas summa cum clcgautia exomat, velut initium libri N et praeclarissimam illam comparalionem M 278 et quae leguutur S 384-400, at minus aptum fuisse hune poetam ad efficiendum clarum et concisum narrationis progressum; pertinent cjus carmina ad id genus quod eximia singularum partium, maxime minorum, pulchritudine et vi magis lectores delectat quam aequabili et modeslo totius narrationis habilu atque tcnore.