LIVRE XVI
(v .367-414) nous montre, à Taide de vers généralement empruntés, Patrocle sortant de la tente d'Eurypyle à la vue du désastre des Achéens et se rendant auprès d'Achille ; c'est une nouvelle scène ajoutée à l'épisode qui termine le livre XI, comme pour nous en rappeler le souvenir et préparer le rôle de Patrocle au livre XVI*. Le second morceau (v. 415-591) est fort supérieur : c'est un beau récit de combat qui semble avoir pour but de remettre plus exactement encore les choses au point où les avait laissées le grand récit du livre XI ; il est remarquable en effet qu'il se termine justement par le môme vers (v. 591, cf. xi, 595). Il faut y voir probablement une sorte de complément ajouté après coup au grand épisode central de Vlliade^ à la Atoç onconQ.
Nous arrivons ainsi à la Patroclie, c'est-à-dire à la principale péripétie de VIliade. Le début de cette partie du poème est facile à reconnaître à partir du vers 592 du livre XV. Nous trouvons là, en effet, une sorte de résumé des événements, qui n'a d'autre objet que de bien déterminer la situation et d'en rappeler les données essentielles au commencement d'un récit dont l'intérêt en dépend.
Les Troycns, sous la conduite d'Hector, se ruent sur les vaisseaux. Ajax, que nous retrouvons ici dans le premier rôle comme à la fin de la partie pri-
1. Palrocle, si pressé à la fin du livre XI, prend ici tout son temps, et de plus il a compiciemeut oublié la commission dont il était chargé par Achille (390-404). Voyez sur ces vers Uermann, Opuscy t. V, p. 61.
îâé CHAPITRE II. — ANALYSE DE LlUADE
milîve du XI* livre, les défend vaillammeiit. Superbe description de combat, qui appartient à la plus belle manière homérique.
Les Achéens semblent perdus, quand Patrocle intercède pour eux auprès dWcbille. Malgré le péril extrême, celui-ci refuse de combattre lui-même, mais il permet à son ami de se revêtir de ses armes et de repousser les Troyens. 11 n*est que temps. Déjà .\jax est refoulé, sa lance est brisée par Hector qui réussit même à mettre le feu à un vaisseau. Achille à celle vue presse Palrocle ; il fait armer en hâte ses Myrmidons. et enfin, après une prière solennelle, les envoie au combat. L^arrivée de cette masse d'hommes en rangs serrés change la face des choses. L'incendie est éteint. les Trovens sont éloignés des vaisseaux et bientôt forcés de repasser tumultueusement le fossé du camp*. Rien de plus épique que la peinture de cette déroute. — Notons-y en passant l'épisode du Combat sùigulier de Patrocle et de Sarpédon [y, 4!9-691\ terminé par la mort de Sarpédon et la fuite des Lyciens. Les Lyciens semblent étrangers aux chants primitifs de \ Iliade; il est donc possible que le récit de ce combat singulier, si facile d'ailleurs à détacher du reste, ait été inséré après coup dans la Patroclie^. — En poursuivant les
1. L*aulcur de la Palroclie ignore le rempart, ce qui semble prouver que sa composition est antérieure à cette invention. Voilà pourquoi l'autf^ur de la A'.ô; anatTr, qui voulait raccorder son œuvre à la fois au chant de VAssauty où figure le rempart, et à la Palroclie^ où il est inconnu, a dû le faire détruire par Apollon à la fin de «ou récit (XV, 36^-366). Cette grande et grosse construction disparait donc aussi merveilleusement qu'elle a été édifiée.
2. On y trouve d'ailleurs deux allusions au livre XII (v. 512 et 558). — Sur les Lyciens méridionaux et leur rôle dans l'Iliade, voir Christ, Prolegom.y § 34. — Le récit de la mort de Sarpédon est imité de très près de celui de la mort d'Hector au XXII* livre.