‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 86 sur 261 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

chercher et tuer Hector, malgré la prophétie effrayante de son cheval Xanthos doué pour un instant de la parole. Qu'est-ce donc en somme que ce XIX° livre? Un ensemble médiocre, dans lequel sont encadrés deux morceaux importants : la Béconciliation au début et V Armement d'Achille à la fin. Le premier peut être regardé comme plus ancien que le reste du livre, à condition d'admettre que le discours d'Agamemnon a été largement interpolé *. Mais faut-il l'attribuer à l'auteur môme de la Querelle? Si VIliade a été dès l'origine un poème continu, une scène de réconciliation y était nécessaire, et c'est pourquoi les partisans de cette opinion considèrent généralement celle que nous possédons comme un débris de la scène primitive. A vrai dire, rien dans le texte ne nous paraît de nature à appuyer cette hypothèse. Le personnage d'Achille n'y est certainement pas celui que nous attendons. On a peine à croire que l'auteur de la Querelle l'eût représenté si apaisé et que la nouvelle passion — puisque c'est elle qui dompte l'ancienne — ne se fût pas exprimée plus fortement dans son discours. Toute la scène des présents et des serments qui suit la réconciliation est en rapport étroit avec celle de V Ambassade du livre IX. Toutefois il y est parlé de l'ambassade comme si elle avait eu lieu la veille (v. 145 et 195), tandis que d'après le poème elle a eu lieu effectivement l'avant-veille. Ce détail indique peut-être qu'au moment où la Réconciliation a été composée, VIliade n'était pas encore complètement formée et que par suite la chronologie des évé-

1 . Il faudrait en retrancher toute la légende de la naissance d'Héraclès (v. 91-136). Nous avons déjà vu au livre XV combien les légendes d'Héraclès avaient eu d'influence sur Ibs interpolations de VIliade.

neinents n'y était pas fixée comme elle Test aujourd'hui.— Quant au morceau de la fin, V Armement d'Achille (v. 357-424), bien qu'il ne soit pas indispensable au récit de la Mort cT Hector^ il a fort bien pu en faire partie dès l'origine, et rien n'empêche d'y voir le début primitif de ce beau récit.

Nous voici au livre XX; ici commence le combat qui doit se terminer par la mort d'Hector. Mais au début (v. 1-74), nous assistons à une assemblée générale des dieux, qui, sur l'avis de Zeus, se partagent entre les adversaires et descendent dans la plaine où bientôt ils prendront part aux combats. Ce morceau est visiblement destiné à préparer la Théomachie du livre suivant, et par conséquent ce que nous aurons à dire de l'origine de cet épisode s'appliquera également à ces soixante-quatorze vers. Suivons donc l'action : Achille cherche Hector ; Apollon excite contre lui Enée, et de là un combat singulier qui remplit la plus grande partie du livre (v. 75- 380). Ce récit, à n'en pas douter, est relativement récent. Outre qu'il renferme de nombreuses imitations, il n'est rien moins que dramatique; il arrête l'action, et l'abus des discours y est manifeste. Notons aussi un emploi du surnaturel bien moins simple et bien plus éloigné de la vraisemblance que dans les parties anciennes de V Iliade^, L'intention de l'auteur semble avoir été de grandir le rôle d'Enée, et bien loin que la généalogie de ce héros nous fasse l'effet d'une interpolation conformément à une opi-

1 . Voir au v. 335 de quelle manière Poséidon sauve Enée.— Christ, Iliadis carminaj Proleg. p. 27 : Acueae certamcu cum Achille illepidissimum et ex laciuiis aliorum carmiuum, atque etiam ejusdem libri (201-202 = 432-433), misère consutum, si quod additameutum Iliadis, diviuo Homeri ingenio indignum est, ut vere Homerum, si hos quoque versus fecisset, dormitasse diccrcs, etc.

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