‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 101 sur 351 · Foucart, Rev. des Études Grecques · texte numérisé non relu

Foucart, Rev. des Études Grecques

4. Aristoph. Grenouilles, 88 : ‘O ’ eÜxodos pèv évhad’, eUxohos à’ êxet. Cf. Ibid. 188 et suiv. Vie : Toù ous Tooaÿrn yéyove ydpiç STE TAVTN KA HOdS AFAVTUVY AITOY GT pYEoaL.

L'habitude de réfléchir et de composer ne l'avait rendu ni rêveur ni morose. Une belle statue du musée de Latran nous le fait voir dans la force de l’âge, l'air grave et doux, suivant sa pensée sans effort, le regard profond, mais non distrait. Il avait des mœurs avenantes et sociables. Nullement ennemi des plaisirs tempérés, il savait se montrer enjoué dans un banquet et plaisanter avec grâce au milieu d’un cercle d’amis. Sa conversation était alors pleine de cette ironie attique qui est si charmante dans les dialogues de Platont. Sincèrement touché du spectacle de la beauté vivante, il se plaisait, en véritable Athénien, à l’admirer, à lui rendre hommage avec l’élégante liberté de langage qui était dans les mœurs du temps et que nous retrouvons chez Socrate?. Probablement même, cédant aux impressions vives de sa nature, 1l connut parfois de véritables passions. Le vieux Képhalos, dans la République de Platon, rapporte que, arrivé à un âge avancé, le poète se félicitait en souriant de s'être enfin dérobé, comme un esclave fugitif, à la dure servitude de l'amour « maître enragé et sauvage». Il n’y a aucune raison de mettre en doute l'authenticité de ces paroles. Seulement, en les interprétant, il est bon de tenir compte de cette ironie mondaine que nous venons de signaler. Les collectionneurs d’anecdotes ne

1. Voyez le récit d’Ion cité plus haut, — Quelques fragments de ses drames satyriques attestent la gaieté dont il était capable. Il y a telle de ses joyeuses plaisanteries qui étonne notre goût moderne, par exemple dans les fragments de son ’Aya&v oÿ\oyoc.

2. Outre le passage d'’Ion, cf. Plutarque, Periclès, 8, et Cic. de Offic. I, 40. Ovide dans ses Tristes (II, 411), a pu s’autoriser de son drame ?’AytAkéws épaora! pour excuser la légèreté de quelquesunes de ses œuvres à lui:

Nec nocet auctori mollem qui fecit Achillem Infregisse suis fortia facta modis.

3. République, I, c. 3. Comparer, malgré la grande différence du

ton, la description spirituelle que le poète fait de l’amour (Nauck, fr. 154).

l'ont pas compris, et c’est une raison de nous défier d'eux. Il y avait en Sophocle une modération naturelle, qui a dû dominer en somme dans sa vie au dessus des troubles passagers, si violents d’ailleurs qu’ils aient pu être. Malgré cette heureuse disposition, il eut ses peines, et, comme la plupart des hommes, il en fut lui-même l’auteur, en partie du moins. Marié à Nicostrate, il eut d’elle plusieurs fils, parmi lesquels lophon, poète tragique, lui aussi, que nous retrouverons ailleurs. Plus tard, et même, selon Athénée, lorsqu'il n’était déjà plusjeune, il se lia avec une courtisane de Sicyone, Théoris, qui lui donna un fils, Ariston; celui-ci, à son tour, devint dans la suite père de Sophocle le jeune, que le vieux poète vit encore grandir et qu'il aima d’une tendresse toute particulière. Entre ces enfants, d’origine et de situation différentes, il y eut, dit-on, des rivalités, dont le père eut à souffrir. On sait comment, d’après une tradition qui, en ce qu’elle a d’essentiel, ne semble pas indigne de foi, ces querelles domestiques aboutirent à un débat judiciaire. Tout cela nous laisse deviner la part de souffrance qu’il y cut dans l'existence de cet homme heureux. Averti parfois, lui aussi, de la dureté naturelle des choses, il dut sans doute à ces leçons intimes une connaissance plus juste de la vie; et ainsi se mêla à la sérénité naturelle de son esprit cette pointe d'amertume qui en fait la saveur.

Tout ce que nous savons de certain sur les amitiés de Sophocle, c’est qu’il connut le grand historien Hérodote. À l’âge de cinquante ans, il lui tdressait une élégie familière, dont le premier vers nous est resté!. Mais dans cette Athènes, si brillante alors, où se rencontraient tant de grands esprits, les relations du glorieux poète, qui était en même temps un homine affable, ne purent

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