Philoctète
264 CHAPITRE VIE: SOPHOELE
tageant toujours ce qui m'était servi à moi-même, mes filles, c’est d’elles que j'ai souci. Ah! laisse-moi les caresser et pleurer librement sur leurs maux. Consens, à roi, Ô fils d’une noble race. Si mes mains pouvaient les toucher, je croirais les avoir encore à moi, comme au temps où Je les voyais. Que disje? ce que j'entends, au nom des dieux, n'est-ce pas le bruit des pleurs de celles que je chéris? Plein de pitié pour moi, Créon m'a envoyé ces enfants tendrement aimées. N’est-il pas vrait? »
Ainsi, jusque dans la souffrance, la force et la clarté de l’esprit apparaissent chez les personnages de Sophocle. À plus forte raison, dans l’exposé qu'ils font de leurs idées. Car tous ont de véritables idées dramatiques, c’est-à-dire des motifs réfléchis d’action. Que ce soit l'élan ou la révolte de leur nature qui les excite d’abord, peu importe. Cetteimpulsion instinctive est immédiatement éclairée chez eux par la raison. Ils éprouvent le besoin de se rendre compte à eux-mêmes de ce qu'ils veulent faire, et ils ne sont jamais embarrassés d’en rendre compte aux autres. Il y a donc en eux, quels qu’ils soient, une dialectique naturelle qui tient à leur caracière et qui l’aide à se développer. Bien que passionnés, ils sont pourtant réfléchis. Le sentiment, loin d'obscurcir en eux intelligence, l’excile et augmente sa force. Quand on les avertit, iljuge ces avertissements ; quand on les blâme, ils sont prêts à se défendre. Leur conduite obéit à des raisons de plus en plus conscientes, qu'ils aiment à proclamer.
Ces raisons, dans leur diversité, sont toutes des sentiments, érigés en principes. Jamais elles ne se présentent sous forme de thèses générales sujettes à discussion. Aussi leur dialectique, vraiment humaine, ne ressemble-t-elle en rien à celle de l’école. Ils ne visent pas à passer pour habiles ; il suffit au poèle qu’ils paraissent sincères. Leurs arguments ne sont en géné-