Trachiniennes
celles d'Eschyle.. Malgré cela, elles en forment encore un élément important et elles nous révèlent un des plus remarquabies aspects de son génie poétique !. Un des chœurs d’Aristophane, celui de la Paix, énumérant les biens qu'il attend de la cessation des hostilités, vante le plaisir d'entendre au jour des Dionysies
«le son des flûtes, les tragédies, les chants de Sopho-
cle ?. » C'était un charme pour le peuple athénien; et, quatre siècles et demi plus tard, la même impression se retrouve dans un jugement de Dion Chrysostome : « Si » les chants de Sophocle, dit-il, n’offrent pas, comme » ceux d’Euripide, une abondance de pensées pratiques, » une exhortation constante à la vertu, ils ont en re- » vanche une suavité enchanteresse qui s'allie à la » grandeur (Adovnv fausaxcrny xxi peyahomoéreiav)?. » On ne saurait mieux dire : le lyrisme de Sophocle à en effet autant de grâce que de noblesse, il mêle à la majesté dithyrambique de celui d'Eschyle la finesse ravissante d’un art nouveau et vraimeut attique. Un témoignage ancien nous apprend qu'il introduisit le premier dans les chants de la tragédie la mélopée phrygienne # : il prêta donc à ses chœurs et à ses personnages des accents plus féminins, il mit dans la mélodie quelque chose de plus délicat et de plus tendre, il sut remuer au fond des cœurs des fibres plus intimes.
Cette nouveauté était d’ailleurs une nécessité. Eschyle développait largement la pensée et les sentiments
4. Consulter particulièrement sur ce sujet: Muff, Die chorische Technik des Sophokles ; O. Henze, Der Chor des Sophokles ; H. H. Schmidt, Die Kunstformen der Griechischen Poesie, t, IT; et l’ouvrage eité de Masqueray.