Antigone
280 GHAPITRE:VI. =—)SOPHOC'LE
et, pour traduire cetteallégresse subite, sa poésie prend elle-même une légèreté d’essor qui appelait naturellement la danse. Quandlechœur, dans Œdipe roi, apprend qu'OElipe n’est pas fils de Polybe, mais qu’il a été recueilli, enfant, dans une vallée du Cithéron, un pressentiment trompeurlui fait croire qu'ilest fils d’un dieu, et, plein d’une soudaine confiance, 1lcélèbre le glorieux mystère:
« Si mon âme pressent, si mon esprit a son instinct, non, par l’Olympe, à Githéron, nous ne négligerons pas, quand la lune va briller en son plein, de te célébrer au nom d’Œdipe, lieu de sa naissance, montagne nourricière et maternelle, et nous irons vers toi en dansant, parce que tu fus bienfaisante à nos maîtres. Phœbus, Phœbus, que nos chants soient agréés de toi!
» Laquelle, à enfant, laquelle t'a mis au monde, d’entre les nymphes immortelles? Est-ce Pan, le divin coureur des montagnes, qui l’avait aimée? Ou bien a-t-elle dormi dans les bras de Loxias? car les régions sauvages lui sont toutes chères. Et peut-être est-ce le roi du Cyllène, peut-être est-ce le divin Bacchios, habitant des hautes cimes. qui t'a reçu, pour t’élever, d’une de ces nymphes de l’Hélicon, avec lesquelles il se plaît à jouer f. »
Le pathétique, terreur, attendrissement ou pitié, ne manque pas non plus au lyrisme de Sophocle; et c’est surtout dans les dialogues chantés qu’il éclate. Comme les chœurs, ces dialogues sont plus restreiuts en étendue chez lui quechez Eschyle ; ils sont en mêmetempsd’'une struciure plus simple. Les artilices de composition conviennent peu à des situations qui serrent le cœur. La sincérité délicate de l'art de Sophocle devait viser en pareil cas à laisser le plus possible au sentiment sa forme naturelle et naïve, en se contentant de l'idéaliser par le rythme et par la mélodie. Son chef-d'œuvre en ce genre est peut-être le dialogue d'OEdipe ct du chœur, lorsque