‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 119 sur 351 · Philoctèle · texte numérisé non relu

Philoctèle

cent pour le dévorer. Voilà, dit-on, voilà ce que le généreux Créon commande, à toi, à moi, — oui, à moi, je le répète, — par une proclamation publique. Et il va venir ici pour faire connaître ces ordres à ceux qui les ignorent, pour les faire retentir bien haut; et il n’estime pas qu’il s'agisse là de peu de chose, mais à qui désobéira, la peine qu’il inflige d’avance, c’est d’être lapidé par les citoyens. C'est là ce qui se passe, Ismène, et maintenant tu vas montrer si tu es généreuse, ou si, née de nobles parents, tu les démens par ta faiblesse !. »

Grâce à ces qualités, la langue de Sophocle est sans égale dans argumentation dramatique. Quand des personnages de théâtre raisonnent et discutent, quand ils se justifient où qu’ils accusent, 1l est nécessaire, pour qu'ils restent dramatiques, que leur caractère propre se marque dans tous les délails de leur argumentation ; pour peu que celle-ci se détache d’eux et devienne impersonnelle, elle sort des conditions du drame. Chez Sophocle, cela n’arrive jamais; car, dans ce langage vivant et varié, dont il est le maitre incomparable, l'idée ne se sépare point du sentiment; elle apparaît, non abstraite ni morcelée par une subtile analyse, mais comme sortant d’une âme, toute frémissante et toute colorée. Et pourtant cette même langue a aussi des ressources logiques déja nombreuses et variées, dont elle use habilement. Les preuves s'organisent, s'opposent les unes aux autres, se renforcent mutuellement, s’accumulent ; les rapports des pensées sont inarqués avec finesse et sûreté. En ce genre mème, on ne peut nier qu'il n’y ait parfois chez Sophocle, comme chez Thucydide, un certain excès: il lui arrive, ainsi qu'au grand historien, d'être obscur en voulant être trop exact et trop précis. FA

Sa force pathétique, nous l'avons déjà mise en relief en parlant de son lyrisme. Mais 1l est indispensable

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