VARIÉTÉ INTIME DE SES DRAMES S
ici que des chefs-d’œuvre. Par là, on ne peut nier qu'il n’ait assoupli l'art dramatique et pris l'initiative d’une liberté dont le théâtre moderne a souvent profité; mais il est difficile, d’autre part, de ne pas reconnaître que la tragédie grecque, avec l’extrème simplicité de ses moyens, le petit nombre de ses acteurs, la présence constante d’un chœur, se prêtait assez mal à ces changements fréquents. Sans doute l’émotion du spectateur pouvait être ainsi plus vivement surprise et plus complètement renouvelée, son âme subissait des fluctuations plus fortes, mais sa raison n’éprouvait plus cette satisfaction intime que lui procuraient les pièces de Sophocle.
Pour produire cette variété d’effets, pour susciter et pour rattacher les unes aux autres ces scènes diverses, Euripide a recours à une foule de moyens. Un art ingénieux se substitue chez lui, dans la structure du drame, à l’art méthodique et simple de Sophocle. Il est vraiment l’inventeur de ces combinaisons, qui, en se perfectionnant plus tard, ont fini par constituer ce qu’on a nommé l'intrigue. La fertilité de son esprit pour ce genre de création étonnait d'autant plus ses contemporains qu’ils v étaient alors moins habitués. Aristophane ne se lasse pas de tourner en dérision le poète artificieux et retors, fécond en expédients !. Véritables expédients, en effet, que ces petits événements fortuits, si fréquents dans ses pièces : une lettre surprise ?, l’arrivée soudaine d’un ami, une rencontre aussi inopinée qu'invraisemblable #, etc. Aucun poète tragique peutêtre ne s’est jamais passé entièrement du hasard, mais
4. Voyez en particulier le rôle d’Euripide dans les Fétes de Démé.ler, où il délivre son beau-père Mnésiloque des mains de l’archer scythe.