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SES PROLOGUES

pide a excellé, et les exemples qu'il a donnés en ce genre n’ont peut-être pas été surpassés. C’est justement de cela qu’Aristote a voulu le louer avec raison dans le passage de sa Poétique, où, tout en blâmant la conduite imparfaite de ses drames, il l'appelle pourtant « le plus tragique des poètes !. »

Toutefois Euripide était bien obligé par les lois les plus essentielles de son art de donner à ses pièces les apparences de l’uuité dramatique, alors mème que l'unité réelle et profonde leur manquait. Quelques-uns des moyens qu'il a employés le plus souvent pour y parvenir sont intéressants à noter.

Signalons d’abord ses prologues et ses dénouements. C’est son habitude de commencer chaque tragédie par une sorle d'introduction en forme de monologue ou quelquefois de dialozue. Nous connaissons trop mal les détails de l’histoire de la tragédie grecque pour pouvoir décider s’il a créé celte introduction dramatique ou s’il ne l’a pas simplement renouvelée et rajeunie. En tout cas, Pusage qu'il en fait lui est personnel. D'une part, ces prologues lui servent à fournir immédiatement au spectateur certains renseignements utiles, qu’il lui aurait fallu donner sans cela dans les premières scènes, au détriment de l'intérêt dramatique ; et ces renseignements sont d'autant plus nécessaires qu'il est, comme nous l’avons vu, plus inventif en matière de légendes. En outre, la plupart des prologues en question ont une autre destination, qui est peut-être la principale. Très souvent, ils indiquent le sujet essentiel de la pièce, ils signalent d'avance au spectateur ce qu’il devra regarder, ils lui laissent entrevoir ou lui annoncent même d'une manière formelle le dénouement. Grâce à cette indication préalable, les événements se rassemblent

1. Aristote, Poélique, ©. 13 : Koï 6 Edoumiônc, ei at th &a un ed oixovomet, &ANX TOAYIXUTATOS YE TÜV TCUNTOV PAIVETAL.

sous le regard, ils prennent une direclion commune et tendent à une même fin; cela ne laisse pas que d’être utile dans des pièces dont les parties diverses sont assez faiblement unies entre elles !. Et l’effet dont nous parlons est bien plus sensible encore lorsque le prologue est mis dans la bouche d’une divinité, ce qui est le cas le plus fréquent. Aphrodite, au début de l’Æippolyte, nous apprend qu'elle veut se venger du fils de Thésée, et elle nous fait connaître d'avance comment elle se vengera; il résulte de là que tous les événements de la pièce sont liés désormais par cette volonté divine, qui est censée les conduire à leur dénouement. Sans doute, si nous allons au fond des choses, nous nous apercevons bien que cette liaison est peu réelle, qu’en fait nous avons affaire dans l’action à des passions humaines, que l’amour y est représenté comme une loi du monde, comme un effet de la nature, comme un trouble physique et moral, et qu’il n'y a guère en tout cela d'impression vraiment religieuse. Mais ce sont là des griefs d’esprits critiques, des propos de mécontents, qui peut-être n'auraient pas déplu au poète, et qui, en tout cas, ne l’empêchent pas d’avoir réalisé son dessein. Supprimons par la pensée le prologue d'Hippolyte : il est certain que les parties de la pièce paraîtront bien moins liées entre elles qu’elles ne le sont aujourd'hui. L'intervention des dieux est devénue pour Euripide une ressource dramatique, et ses prologues lui servent à la mettre en valeur.

On peut en dire autant d'un certain nombre de ses dénouements. Bon nombrede ses pièces se terminent par l’apparition d’un dieu, qui descend du ciel pour arranger les choses ou pour donner une sanction aux événements accomplis. Euripide, sans doute, sentant bien

4. Par exemple, le prologue de Polydore dans Hécube lie manifestement la seconde partie de la pièce à la premiére.

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