‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 139 sur 351 · LES PASSIONS · texte numérisé non relu

LES PASSIONS

cause la maladie. Le délire d'Hercule, celui d'Agavé se traduisent par des actes sanglants, c’est une folie furieuse; celui de Penthée dans les Bacchantes, de Cassandre dans les Troyennes prend la forme d’une véritable démence; celui de Phèdre et d'Oreste est l’obsession ardente qui naïît de la fièvre et que favorise l’accablement physique. Le délire dans Eschyle éveille plutôt l’idée de la puissance des dieux; dans Euripide, celle de Pinfirmité humaine.

Le sujet préféré d’un tel poète devait être la peinture de la passion. C’est lui, on peut le dire, qui a le premier porté sur la scène grecque l’image de l’amour tragique et des orages qu’il soulève dans l'âme humaine. L'art d’Eschyle et celui de Sophocle, dans son idéalisme sévère, semblait répugner à ces descriptions. La nature héroïque, telle qu’ils la concevaient l’un et l’autre, aurait été diminuée à leurs yeux, si elle s’était laissée voir ainsi troublée et dominée par des instincts où les sens avaient trop de part. Clytemnestre, dans lAgamemnon d'Eschyle et dans l’É/ectre de Sophocle, se glorilie de l’adultère ou l'avoue hautement, mais sa passion coupable n’est pas décrite : ce que nous en connaissons, c’est seulement l’audace qu'elle affecte et qui lui prête une sorte de grandeur. Pour Euripide au contraire, la peinture même de la passion dans ce qu'elle a de plus troublant, voilà le spectacle tragique par excellence. Autant que nous pouvons en juger, les amours qu'il avait mis sur la scène étaient tous des amours coupables, quelques-uns même incestueux. Ces passions étranges, il les montrait de préférence dans des âmes, non pas perverties, mais faibles et ardentes, dont elles s'emparaient avec une force irrésistible. Telle est sa Phèdre dans l’Æippolyte couronné, telle étaitsans doute Sthénébée dans Bellérophon, tel aussi le jeune Macareus dans Éole. Ce que son génie devinait et re-

Page 1