Médée, 824 et suiv
ÉÉPOBTE LYRIQUE 349
ment, fait un mérite à Euripide d'offrir dans ses chants « une abondance de pensées pratiques, une exhortalion constante à la vertu !. » Cut éloge s’applique spécialement à ceux du Philoctète, aujourd’hui perdu; en réalité, il convient à un grand nombre d'autres. Le tour d'esprit philosophique du poète se laisse voir souvent dans les chants de ses chœurs, plus souvent encore [à que dans le dialogue proprement dit. Il y est plus libre, plus dégagé de l’action, plus à son aise par conséquent pour énoncer ces pensées générales qu'il aime. Ce sont souvent de vieilles idées; mais 1lest rare qu’en les exprimant il ne les rajeunisse pas par des allusions aux recherches de la sagesse contemporaine ou par l’aveu de ses propres préoccupations. Elles ne sont pas présentées, selon l’ancienne mode, comme des doctrines traditionnelles : ce sont les résultats de son expérience et de ses réflexions, et par là même elles invitent à penser. Dans A/ceste, par exemple, voici comment le chœur des vieillards proclame la toute-puissance de la nécessilé :
«Souvent, dans le commerce des muses, dans les hauteurs de la pensée, je me suis élancé, et touchant à mainte idée, je n'ai rien trouvé qui fût plus fort qu'Ananké, aucun remède à ses atteintes dans ces livres de Thrace qu'a dictés la voix d’Orphée, aucun entre tous ceux que Phébus a donnés aux Asclépiades pour le soulagement des malheureux mortels.
«C’est la seule déesse dont il soit vain d’implorer l’image ou l’autel, la seule qui soit sourde à l'hommage du sacrifice. Ne t’appesantis pas sur moi, Ô divinité puissante, plus lourdement que tu ne l’as fait encore. Ce que Zeus décide, c’est en accord avec toi qu’il l’accomplit. Tu brises par ta force le fer des Chalyhbes, et la volonté la plus âpre ne t’inspire aucun respect. »
4. Dion, Discours, LII, p. 273 Reiske : Ta te pékn (Sovoukéouc) oùx Éxer moXU To YVopurdv OÙOE TN Tpùs PpETRV TApAAANGIV, eTEp Tù TOÙ
Edprmidov.
2, Alceste, 962 et suiv.
Si Euripide avait eu un génie moins inconstant, il semble qu’il aurait pu se faire en ce genre un lyrisme à lui, grave et méditalif, que son éloquence et sa finesse auraient rendu très personnel. Il s'est contenté d'en donner çà et là l’exemple. Ce qui domine dans ses chœurs, c'est bien plutôt l’élément descriptif. Son imagination facile et brillante aime à y représenter, sans aucun effort de concentration, les aspects divers de la nature, ou à y dérouler des scènes qui se succèdent en longues énumérations, ou simplement à ÿy mêler au hasard des souvenirs mythologiques. Parfois, ces descriptions lyriques sont remarquables par l'éclat et par le mouvement. La parodos des Bacchantes nous fait sentir vraiment, dans son incohérence tumullueuse, le transport qui agite le chœur :
« Ah! que Bacchus est beau dans la montagne, quand du . milieu des thiases courants, il se jette, vétu de la sainte nébride ! Chasseur avide du sang des boues, ivre de chair palpitante, il s’emporte jusqu'aux cimes phrygiennes, jusqu'aux monts de Lydie! En tête du chœur, voici Bromios, évohé! Du sol coulent des ruisseaux de lait, des ruisseaux de vin, des ruisseaux de miel, nectar des abeilles; du sol monte une vapeur pareille à l’encens de Syrie. Et Bacchus, tenant en guise de torche la tige de férule d’où jaillit la flamme de la résine, bondit en courant. Gà et là, 1l excite la danse en détours vagabonds, et à grands cris il presse le chœur, faisant voler dans les airs son épaisse chevelure. En même temps, dans la vocifération joyeuse, frémit son appel : Allez, bacchantes, allez, toutes, parées de l’or du Tmolos; célébrez Dionysos au grondement sourd de vos tambourins, saluez de vos cris le dieu d’évohé, saluez-le de la clameur phrygienne, quand le roseau sonore, le lotos sacré, se jouera en saints murmures, chers à la troupe qui vole, transportée, à la montagne, à la montagne! Alors, toute joyeuse, comme le poulain près de sa mère dans les pâturages, la jeune Bacchante bondit d’un pied rapidet, »