Bacchantes, 135 et suiv
Plus souvent, c’est par l'élégance, par la grâce, par une sorte de suavité du rythme et de l’image que se recommandent ces chants. Le sentiment de la nature est vif chez Euripide. Il excelle à en décrire la sérénité, comme dans ce beau chœur d'Hélène, où les jeunes filles grecques se représentent la mer apaisée pour le retour de Ménélas, puis s'imaginent qu’elles s’envolent elles-mêmes à travers les airs comme les oiseaux de passage qui retournent au pays aimé :
« O vaisseau phénicien, barque légère de Sidon, toi qui de tes rames amies fais résonner les flots de Nérée, chorège du chœur joyeux des dauphins, quand aucun souffle n’agite la surface des mers, quand la fille de Pontos, Galanéa aux yeux bleus, parle ainsi : Laissez vos voiles flotter étendues en attendant la brise de mer, et prenez vos rames de sapin, matelots, Ô matelots, pour conduire Hélène vers le rivage hospitalier, vers la terre des Perséides.
.… Ah! au travers des airs, que ne pouvons-nous prendre l’essor comme ces bandes d’oïseaux de la Libye, quand, fuyant la saison pluvieuse, ils s’en vont, dociles au chant du plus âgé, qui les guide vers les plaines chaudes et fécondes, par son vol et par sa voix. O troupe aïlée, oiseaux qui passez, le cou tendu, rivaux légers des nuages, allez, au lever des Pléiades et d’Orion qui brille dans la nuit, allez porter vers l’Eurotas la nouvelle que Ménélas a pris la ville de Dardanos et qu'il revient chez luit. »
En général, point d’idée bien arrètée dans ces chœurs, pour en conduire et en limiter le développement. Les molifs de plainte ou de description se succèdent librement, non pas toujours sans monotonie. De très petites choses y tiennent leur place, au milieu de celles qui touchent ou qui frappent; l’esprit s’y amuse, là même où le sentiment seul devrait être en jeu. Quand les Troyennes dans Hécube chantent les douleurs et l’effroi de la nuit fatale où Ilion fut prise ?, leur chant débute,