Stobée, Florileg. XX
ION ET ACHÉOS 369
côté de Sophocle, un novateur, au sens le plus noble du mot. On ne saurait trop regretter la perte d’une tragédie qui certainement a marqué une date dans l’histoire du drame hellénique !.
Ion de Chios, bien que plus célèbre, semble avoir été doué d’un génie moins original ?. Né entre 484 et 481 à Chios, c’était un Jonien à l'esprit brillant et facile. Il séjourna longtemps à Athènes, longtemps aussi à Sparte. Ami de Cimon, dévoué comme lui aux idées aristocratiques, il n'avait que peu de sympathie pour Périciès. Quelques fragments de sescurieux Mémoires nous le montrent comme un homme d'humeur douce et sociable, qui recherchait les occasions d'entrer en relations avec les grands poètes du temps ?. Il rencontra Eschyle aux jeux isthmiques, il vit Sophocle à Chios. Curieux avec intelligence, 1l sut noter dans leurs entretiens des détails d'un vif intérêt. La philosophie pythagoricienne l’avait attiré, mais il était surtout poète. Également heureux dans le genre lyrique et dans le drame, il fit représenter bon nombre de pièces sur le théâtre d'Athènes et prit part aux concours dithyrambiques de cette ville #. Sa première tragédie y futjouée entre 452 et 449; plus tard, il y fut vainqueur dans un
1. À propos de la Médée d’Euripide, il faut renvoyer ici au passage où Athénée (VII, p. 276 A) mentionne une ressemblance entre cette pièce et une certaine Ypaupatixn Tpaywôta d’un auteur nommé Callias. Qu’'était-ce que cette tragédie? L’explication d’Athénée est si peu claire que je n’ose même émettre une conjecture à cet égard. On peut consulter Hermann, Opusc. I, p. 137 ; Boeckh, De trag. graec. princip., p. 86; Welcker, Kleine Schriflen, 2° partie, p. 371; et, en dernier lieu, un article de Henze dans le Rheinisches Museum, t. 31, p. 582. On y trouvera des conjectures absolument divergentes, d’où l’on ne tirera, je le crains, que peu de lumière.
2. Voir sur Ion de Chios une étude récente de M. Allègre, De lone Chio, Paris, 1890.
3. Sur ses œuvres en prose, voir le tome IV du présent ouvrage, ch III, 6 IV.