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un temps de tàtonnements, et l’on ne pouvait guère trouver du premier coup la manière destinée à prévaloir. Toutefois, entre ces trois formes possibles, la seconde, qui réservait aux satyres une parlie de la tragédie, étaitévidemment celle qui répondaitle mieux aux habitudes anciennes, aux exigences nouvelles et aux nécessités du concours. Éliminer complètement les satyres de la tragédie, c'était presque un coup d'état ; leur attribuer immédiatement un domaine tout à fait indépendant, c'était encore rompre, avec une sorte de violence, l’unité de la représentation. D'ailleurs la forme du concours se prêtait malà des essais d'indépendance. Unetragédieetun drame satyrique auraient-ils été opposés équitablement à une tragédie simple ? Si ce fait s’est produit, ce qui après tout n’est pas impossible, l’opinion publique n’a pas dû lencourager. La vraie forme de transition, c’était celle qui, sans détacher complètement l'élément satyrique de la tragédie, lui faisait sa part et l’y enfermait, en lui attribuant un moment déterminé de la représentation. Ce moment ne pouvait se placer qu’au commencement ou à la fin. Au milieu d’une tragédie, les bouffonneries satyriques auraient déplu. Il fallait donc en faire ou un acte préliminaire ou un acte final. L’usage classique du v° siècle nous autorise à croire que, dès la période précédente, cet acte satyrique fut relégué à la fin, après le dénouement tragique proprement dit !. Si l'on se reporte
1. On a quelquefois pensé le contraire. On s’est appuyé d’abord sur un passage de Mar. Victorinus, IE, 11 : « Satyricos choros.…., quos Græci eicodov ab ingressu chori satyrici appellabant. » Évidemment ce texte ne prouve rien relativement à la place de l’acte satyrique dans la représentation. Le mot eioodrov a pu s’appliquer en grec, comme le mot entrée en français, à n'importe quel moment de la représentation. Mais Zénobius, dans le passage cité plus haut, dit : Arù yoÿv roÿto rovc Éartupous Üorepoy ÉdoËev adroïc Tpoetodvetv, va un doxoory énmihavôaveofor tod Beod. Si le texte est correct, rpoesodye:v semble indiquer que l’eicéèoy des satyres avait lieu
CHŒRILOS ET PRATINAS 393
à ce qui a été dit précédemment sur la tragédie primitive et sur la naissance de la trilogie, voici comment il convient dese représenterleschoses. Le drame satyrique primitif est simplement un acte de la tragédie unique présentée au concours, mais un acte qui diffère du reste par son caractère et qui de plus n’y est pas lié très étroitement: c’est en quelque sorte une récréation après l’action. Quand la trilogie tragique se constitue par lorganisation des épisodes principaux en tragédies distinctes, le drame des satyres devient par la force même des choses une pièce indépendante. L'ancien assemblage n’est plus qu’une liaison tout extérieure, la cohésion intime s’affaiblit de plus en plus et finit par disparaître. |
Un vers cité par un grammairien latin (‘Hvyixæ prèv BacuAeds nv Xouoihos éy curüpotc) ! autorise à croire que, dès le temps de Chœæœrilos, le genre satyrique ne fut pas sans éclat. Toutefois quand ce vers fut composé, — et il semble appartenir à un poète comique, — il est bien clair que parler du temps où Chærilos était roi dans les pièces à satyres, c'était en d’autres termes remonter à l’origine du monde. Chœærilos avait donc cessé de compter dans l’histoire de ce genre. C’est sans doute que, malgré son talent, iln’avait pas encore donné au drame satyrique son indépendance, ni par conséquent son mérite propre. Celui qui l'affranchit et qui mérita d'en être considéré comme le créateur fut le péloponnésien Pratinas.
Pratinas de Phlionte, nous dit Suidas, fut le premier
avant la tragédie. Mais le texte est-il correct ? Hermann en doutait et Kayser proposait de lire mapetcayerv. Aujourd’hui on accepte le texte, mais on l’applique au 1ve siècle, c’est-à-dire à un temps où, comme nous le verrons plus loin, le drame satyrique servait en effet de prélude aux représentations tragiques (A. Müller, ouv. cité, p. 323, note 2).