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Parmi toutes les sortes de chœurs qui figuraientdans les fêtes, il n’y en avait pas de plus populaires queles chœurs de satyres des Dionysies. On les appelait rag1ques (roxywo', de roéyos, bouc), en raison de l'extérieur à demi sauvage et bestial de leurs choreutes, que le peuple nommait les boucs !. Ceux-ci représentaient en effet le cortège turbulent de Dionysos. Leur chant était le dithyrambe. On a vu précédemment l'histoire de ce genre lyrique ?. Pendant longtemps, la forme en resta
4. Etym. Magnum : Toaxywdla…. ôt: tx moXAX où yopot Èx aTÜpwy ovviotavro oÙs éxahouv toayovs. Le même mot est appliqué à un satyre
dans Eschyle, Prométhée allum. de feu, fr. 202 (Nauck). 2. Tome II, p. 297.
purement populaire. Mais à la fin du vue siècle, le Lesbien Arion de Méthymne, un des maîtres du lyrisme, imagina de perfectionner ces dithyrambes, dont l’effet était si puissant. Il ne dépendait pas de lui, et sans doute il n’essaya pas, d’en modifier la nature. Ge qui les rendait chers au peuple, c’était leur violence : une sorte de délire, d’abord voulu, puis involontaire; un rythme effréné, l'agitation du corps, des chants quiressemblaient par moments à des cris de douleur ‘, Il se contenta de soumettre ces manifestations dionysiaques aux lois de l'art qui régnait alors. Il y mit de l’ordre, il y introduisit la symétrie lyrique, il en régla la turbulence mêine.
Ces chæurs, plus ou moins assujettis à cette discipline nouvelle, furent certainement en Grèce ce qui passionna le plus le public pendant les vingt ou trente années qui précédèrent immédiatement la naissance de latragédie.
Les Dionysies, où ils se produisaient, étaient de toutes les fêtes celles où l’âme populaire se mettait le plus franchement en liberté ?. L’ivresse y aidait peut-être; mais il est difficile de croire qu’elle eût part au dithyrambe;et vraiment, elle n’y était pas nécessaire. Quand l’homme du peuple, déguisé en satyre et devenu en
imagination un des compagnons de Dionysos, chantait les souffrances de son dieu ou ses triomphes, il se sentait bien plus ému que dans les représentations solennelles des autres cultes. Tantôt s’abandonnant à la joie et tantôt au contraire-prenant au sérieux sa douleur, il
4. Proclus, Chrestom., 14: "Estiv oùv 6 uèv GÔdpau6os xexivnuévos #at mod To évOovo:@èes pit yopeiac Ébpaivwv, sic TAÛn xATaTXEUALOUEVOS Ta maliota oixcia To bed xœi ceco6nTar Liv TOïc puuurs.
2. Nous connaissons mal l’histoire des Dionysies. Il est probable qu’au commencement du vie siècle, il n’y avait qu’une fête de Dionysos, celle de la fin de l’automne, féte du vin nouveau, connue plus tard sous le nom de Dionysies des démes. Voyez Momm-
sen, Heortologie, p. 330, 332; cf. J. Girard, art. Dionysies dans le Diclionnaire de Daremberg et Saglio.
jouissait de ces péripéties, si appropriées à son instinct dramatique. C'était un plaisir pour lui que d’insulter dans des chants de triomphe les ennemis de son dieu, qui devenaient alors ses propres ennemis; et c’en était un autre que de souffrir avec lui et de se lamenter sur ses malheurs. Ces alternatives étaient si bien le caractère des chœurs tragiques, qu'on finissait, ce semble, par donner le même nom à d’autres formes du lyrisme religieux, où elles se retrouvaient. Hérodote, dans le passage cité plus haut, appelle chœurs tragiques ceux qui célébraient à Sicyone les souffrances du héros Adraste. C'est qu’en effet, quel que fût le sujet des chants et le costume des choreutes, on sentait alors confusément qu’un genre nouveau prenait naissance, un genre dont le dithyrambe proprement dit était le type, mais qui comportait d'ailleurs d'assez notables variations. Son seul caractère distinctif, c'était d'être, entre tous, le genre pathétique par excellence. Procédant directement du vieux chant populaire des satyres, ils’appelait ragique par tradition, alors même que la signification propre du mot n’était plus justifiée f. |
Lorsque Aristote parle des 2mprovisations qui ont été le début de la tragédie, c’est sans doute à ces représentations lyriques qu'il fait allusion ?. Même après Arion, le dithyrambe gardait beaucoup de son ancienne liberté. Des innovations musicales ne doivent pas être conçues comme une sorte de loi nouvelle, qui, du jour au lendemain, se serait imposée partout impérieusement. Arion avait montré à Corinthe un type de dithyrambe plus beau, plus correct, plus savant. Onl'imitait,
F1, Wilamowitz, dans son Euripides Heracles ( 1re éd. t. I, ch.2) prend à la lettre le mot roayuxos et admet que les chœurs de Sicyone, même quand ils chantaient Adraste, étaient formés de choreutes déguisés en satyres, L'ancienne hypothèse parait plus vraisemblable. | ds