‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 19 sur 351 · Poélique, c · texte numérisé non relu

Poélique, c

cà et là, du mieux qu’on pouvait, mais librement. Chaque village peut-être, avait sa manière. L'ancienne improvisation maintenait ses droits plus ou moins fortement, Toutefois, elle ne pouvait guère trouver place dans les chauts duchœur. On n’improvise qu’à soi tout seul. Son doinaine propre, c’étaient les récits mélodiques qui servaient de prétexte à ces chants. Un narrateur, à l'imagination vive, à la parole facile, poète et chanteur par instinct, — qui d’ailleurs pouvait fort bien n'être autre que le coryphée lui-même, — y exposait à la foule les souffrances du dieu ou du héros national. Selon que le sujet linspirait, il amplifiait librement telle ou telle partie de son thème. Son récit était une sorte de mélopée,, d’un rythme uniforme, aisé, et nécessairement peu sévère. Il le jouait en même temps qu'il Le chantait. Cela s'appelait préluder au dithyrambe (eËtoyew roy duéoaubor) : le chœur répétait, de temps à autre, soit quelques-unes de ses paroles, soit un refrain convenu. Aristote dit formellement que la tragédie est sortie de ces préludes du dithyrambe (drd +üv ééuoyovrwy rdv 5sau6ov) ?, On ne peut douter qu'il n'ait raison. Toutelois les chants du chœur ont dû prendre de jour en jour, à partir d’Arion, une importance nouvelle. Autrefois sans doute, ce n’étaient guère que des cris de douleur, des refrains plaintifs très élémentaires. Peu à peu, ils se transformaient en de vrais développements lyriques, et c’était là surtout ce qui touchait la foule. Si l’on se représente cette série de chants, précédés chacun d’un prélude narratif, on a l’idée d’une ébauche de tragédie sans dialogue, déjà divisée en scènes, déjà pourvue d’une sorte d’action, et aboutissant à une la-

1. C’est peut-être à cela que fait allusion Pollux IV, 123 : ’Eïeos d nv tpareta dpyala, ëp” nv mod Oéomidoc ele tis dvabxs Toi yopeuraic amexpivaro. De toute façon, l'expression &nexotvaro semble impropre.

Page 1