‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 182 sur 351 · SOPHOCLE · texte numérisé non relu

SOPHOCLE

vons en effet que cette pièce fut jouée en 472 à la suite d’une trilogie formée de Phince, des Perses et de Glaucos de Potnies. Gelte trilogie, nous l’avons dit, était visiblement une trilogie libre, dont les parties n'avaient point de liaison intime. En tout cas, le drame satyrique ne pouvait s’y rattacher d'aucune manière. Ainsi Eschyle n’hésitait pas à dénouer, quand il le croyait bon, un lien qu'il respectait encore en d’autres circonstances ; et on agissait de mème autour de lui : le drame des Lutteurs, qu’Aristias fit jouer en 497 à la suite d’une trilogie où figuraient un Persée et un Tantale, ne pouvait guère être, lui aussi, qu’une pièce tout à fait indépendante, puisque le poète l’avait emprunté à l'héritage de son père.

Après Eschyle, cette indépendance du drame satyrique devint forcément la règle, l’unité trilogique ellemême étant dissoute. Chaque poète continua à présenter au concours tragique trois tragédies et un drame satyrique, mais ces quatre pièces n’eurent plus rien de commun quant au sujet!.

Nous connaissons par des témoignages positifs Les titres de douze drames satyriques de Sophocle : Amycos, Amplhiaraos, le Drame dionysiaque, le mariage d'Hélène, Héraclès au Ténare, les Chercheurs de piste( Tyvevrat), Kédalion, le Jugement (probablement celui de Pâris), les Sourds-Muets (Kwvot), Momos, Salmoneus, l'Outrage (’Yéptc). En outre, on peut rapporter au même genre, avec une certitude presque entière, les pièces qui étaientintitulées le Rassemblement des Grecs, les Amants d'Achille, Inachos, Pandora et les Bergers. Le nombre

1. C’est à cet usage et à ce temps que se rapporte le joli mot de Périclès cité par Plutarque (Périclès, 5), Ton regrettait qu’il nesût pas mêler un peu plus d'agrément à l’austérité de son caractère : « Ion, dit Périclès, voudrait que la vertu ressemblât à une didascalie tragique et qu’elle eût sa partie satyrique. »

‘de ces drames prouve assez que Sophocle, contrairement à ce qu'on pourrait être tenté de croire, ne dédaignait aucunement l'invention satyrique : toutefois il ne semble pas qu’il en eût composé autant qu’il aurait fallu pour que chacune de ses trilogies eût le sien. Si l’on ne veut pas admettre qu'il ait fait jouer plusieurs fois les mêmes avec des tragédies nouvelles, ce qui est certainement invraisemblable, ni qu'il en ait emprunté à d'autres poètes, — ce qui aurait lieu de surprendre de la part d’un génie aussi fécond, — il ne reste guère qu’une explication possible : ce serait d'admettre que Sophocle ait à plusieurs reprises remplacé le drame satyrique par une tragédie d’un caractère spécial. Comme ce genre de substitution est attesté pour l’Alceste d’Euripide, qui fut jouée en 438, il y a tout lieu de croire qu’il ne fut pas étranger non plus à Sophocle. Les fragments des drames satyriques de Sophocle nous permettent même de deviner comment cette nouvelle manière s'introduisit peu à peu. C'était une difficulté que de donner un rôle aux satyres dans une foule de sujets, où réellement ils n'avaient rien à faire. On dut être tenté de se passer d’eux, en les remplaçant par des personnages analogues. Sophocle, dans son Aéraclès au Ténare, avait imaginé de faire paraître à leur place des hilotes ?. IL semble

4. Nous avons vu que les pièces de Sophocle étaient probablement au nombre de 113, Nous ne connaissons de lui que dix-sept drames satyriques. En admettant qu’il y en ait deux ou trois encore à retrouver parmi lestitres incertains, cela ne peut guérefaire plus de vingt. Restent quatre-vingt-treize tragédies, qui devaient constituer trente et une trilogies. Il y aurait donc onze trilogies qui n'auraient pas eu de drames satyriques.

2. Eustathe, ad Iliad. p. 297, 37 : ’Ev yo5v vois “Hpwdravod eÜpnrar ot Etkwres ot Ent Tarvdpw oarupo:. Diomède, p. 488, 7: « Latina Atellana à Græca satyrica differt, quod in satyrica fere satyrorum personæ inducuntur aut si quæ sunt ridiculæ similes satyris, Autolycus, Busiris. » Le mot fere semble indiquer que Diomède ne

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bien qu'il ne s’en soit pas tenu là. Un fragment de son Inachos nous montre le chœur invoquant Inachos comme le chef de sa race ! ; d'où l’on peut conclure qu’il se composait, non de satyres, mais des habitants légendaires de l’Argolide. Enfin le titre même du drame intitulé les Bergers (Lotuéves) ne permet guère de douter que le chœur n’y fût composé de bergers ; le sujet étant le débarquement des Grecs en Troade, ces bergers étaient sans doute des pâtres troyens : il n’y avait pas là de satyres; et pourtant Ie caractère satyrique de la pièce ressort évidemment de certains fragments ?. C'était, sinon un drame satyrique proprement dit, du moins, comme l’a conjecturé Hermann, une sorte particulière de tragédie destinée à en tenir lieu *. La supposition émise plus haut se trouve ainsi confirmée. Les fragments des pièces que nous venons d’énumérer ne nous permettent d’ailleurs aucunement d’apprécier le mérite propre de Sophocle dans le genre satyrique. Parmi les drames satyriques d’Ion de Chios, un seul nous est connu, l'Omphale. Le chœur des satyres y était remplacé aussi par un chœur de femmes lydiennes qui jouaient du luth (Waékrsx) 4. Mais le poète le plus renommé en ce genre, après les maîtres de l’art tragique, fut au 1v° siècle Achéos d’Érétrie, dont nous avons déjà parlé. Le philosophe Ménédème ne le regardait comme inférieur à personne dans l'art de mettre en scène les satyres, sauf à Eschyle 5. On cite de lui huit drames satyriques, Éthon, Alcméon, Héphestos, Iris,

distingue pas ici le chœur des personnages proprement dits: car s’il ne parlait que des personnages, il ne pourrait pas dire que le drame satyrique ne met guére en scène que des satyres. 1, Fragment 249 Nauck.

. Fragment 458 Nauck.

. Hermann, Philoloqus, t. IT, p. 135.

. Ion, fragm. 22 Nauck.

Diog.Laërce, IT, 133.

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Linos,les Parques, Momos, Omphale. Tandis que Sophocle paraissait n’avoir pas assez de drames de ce genre relativement au nombre de ses tragédies, Achéos en a trop. Nous devons donc supposer, en ce qui le concerne, comme nous l’avons fait déjà à propos de Pratinas, que des pièces satyriques ont pu être prètées par des poètes spéciaux à certains auteurs de trilogies tragiques !.

Euripide, comme ses rivaux, écrivit des drames satyriques. Sept de ceux qu’il composa nous sont encore connus par leur nom, Autolycos, Busiris, les Moissonneurs, Sisyphe, Sciron, Syleus, et Le Cyclope, seule pièce de ce genre qui nous ait été conservée dans son intégrité. Nous savons en outre qu’A/ceste a été jouée en guise de drame satyrique. Si l’on considère combien le nombre des drames satyriques d’Euripide est petit en proportion de celui de ses tragédies, il n’est guère douteux que d’autres pièces encore de lui n'aient eu le même emploi. En ce genre sans doute comme dans la tragédie, son esprit hardi et novateur a dù s’écarter sans scrupule des voies frayées. Nous reviendrons tout à l'heure sur son talent à propos du Cyclope.

Les témoignages sur les autres drames satyriques du temps de la guerre du Péloponnèse sont très rares. Nous ne pouvons mentionner que les Aulèdes de Iophon ?, l’'Afhamas de Xénoclès, joué entre 416 et 413 *, enfin deux pièces, d’ailleurs inconnues, dont l’une, peut-être intitulée Térée ou la Huppe ( Exod), faisait partie de la Pandionide de Philoclès, un peu antérieure aux Oiseaux

1. Notons qu’Achéos, comme Pratinas, ne remporta qu’une seule victoire en son propre nom (Suidas, ’Ayaws). De plus la notice de Suidas contient une phrase obscure qui pourrait bien renfermer une allusion à la collaboration que nous soupçconnons : *Hy Ôë vewrepos Dopoxhéous dhiye tivi, Emedsixvuvro dE noi oùv xx EÜpmiôn nd Tic Ty 0Avun:adoc.

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