SILÈNE
cience incomplète; c'est une nature élémentaire, un être primitif, qui a tout juste assez d'humanité pour les besoins de Part, mais non pour être responsable de ce qu'il fait. Comme costume distinctif, il portait, lui aussi, soit un maillot entièrement garni de touffes de laine Gurov 100740<), qui devait avoir l’aspect d’une toison, soit un justaucorps et une sorte de calecon, le tout en peau de chèvre à long poil; son masque difforme, apparaissant au dessus de ce corps velu, semblait appartenir à un être sauvage !. La grande affaire de sa vie était de boire; l'outre pleine de bon vin ne le quittait jamais que malgré lui. Personnage grotesque assurément, lâche, ivrogne, menteur, et pourtant fort différent, comme l’a remarqué Horace, des esclaves de comédie qui avaient les mêmes vices *, Gardien et compagnon du jeune Dionysos, Silène était, sinon dieu luimême, du moins presque dieu. Cela prêtait une certaine dignité à ses actes et à ses propos, quand ils en manquaient par eux-mêmes.
Les satyres -et Silène représentaient par excellence, dans le genre de drame que nous étudions, l’élément fantastique. Mais la fantaisie s’étendait aussi à un bon nombre d’autres personnages. Quantité d’êtres mythologiques, étrangers à la tragédie, y avaient naturellement leur place. La tragédie n’admettait pas les monstres; le drame satyrique, à ses débuts principalement, les aimait par dessus tout. Citons le Sphinx, Protée, Cercyon, le dieu marin Glaucos, ie Cyclope. Eschyle semble s'être complu à mettre sur la scène ces êtres aux
4. À. Müller, Griech, Buehnenallerth. p. 242. 2. Epist. ad Pisones, 250 :
Nec sic enitar tragico differre colori
Ut nihil intersit Davusne loquatur et audax Pythias emuncto lucrata Simone talentum, An custos famulusque dei Silenus alumni.
formes étranges !. Ses successeurs furent plus réservés, mais ils ne renoncèrent jamais complètement à cette tradilion, comme le prouve le Cyclope d'Euripide. L’Odyssée, qui n'avait presque rien donné à la tragédie proprement dite, fut mise à contribution par le drame satyrique, et, avec ce poème, la Théogonie hésiodique, sans compter ceux des récits du cycle où dominait le merveilleux. Il est fort regrettable que nous ignorions quel parti le génie audacieux d’Eschyle sut tirer de ces êtres fantastiques. Tout porte à croire que chez lui l’étrangeté des formes fut souvent offerte en spectacle et commentée par une poésie descriplive dont chacun sait la force et la hardicsse. Son puissant génie avait dû réaliser en ce genre des créations à la fois bouffonnes et terribles, qui firent de lui dans l'opinion commune le maïlre incomparable du genre. Si elles étaient venues jusqu’à nous, elles nous auraient révélé sans doute un aspect assez inattendu de l’imagination hellénique. La génération suivante adoucit et atténua tout cela. Ce qui était laid ou étrange fut indiqué discrètement, et, en fait de monstruosité, celle des mœurs fut préférée à celle des formes.
La légende d'Héraclès devint alors un des thèmes les plus souvent exploités. On lui emprunta toute une série de personnages, êtres malfaisants, brigands, tyrans farouches ou simples coquins, qui avaient eu affaire au terrible justicier. Tels furent Omphale, Busiris, Syleus, sans parler du Thanatos d’Afceste. Les légendes d'Ulysse, de Thésée, des Argonautes, celles de Thèbes et de Troie, d'autres encore donnèrent en foule des personnages du même genre, le géant Amycos, roi des Bébryces, l’audacieux Salmoneus, puis le rusé Autolycos, Sisyphe, le brigand Sciron. Le caractère du cyclope
1. Voyez plus haut les titres de ses principaux drames satyriques.