HÉRACLÈS
énormes, immolait aux dieux le plus fort des deux bœufs de son maître, puis, brisant le cellier, arrachant le couvercle du plus gros tonneau, il se faisait une table avec les planches de la porte, buvait et mangeait en chantant à tue-tête, terrifiait l'intendant par ses regards épouvantables, le forçait à lui apporter des fruits et des gàteaux, et finalement détournait un fleuve dans le domaine et inondait tout. Si les satyres manquaient à cetle pièce, comme on l’a supposé, on peut dire qu’Héraclès les remplaçait avantageusement. Et pourtant, chose bien curieuse, la dignité tragique était si naturelle aux héros de ce genre de drames qu'ils la retrouvaient par moments, jusque dans les situations où elle semblait le plus compromise. Dans Alceste, après la scène indiquée, Héraclès, apprenant que son hôte pleurait sa femme, devenait soudain tout autre. Honteux de lui-même, il ne songeait plus qu’à réparer sa faute par un service éclatant, et il allait arracher Alceste aux mains rapaces de Thanatos, forcé pour la première fois de se dessaisir de sa proie. Dans Syleus, même contraste. Menacé par Eurysthée au début de la pièce, Héraclès, en vrai fils de Zeus, refusait de s’hurmilier, et cela avec une énergie indomptable :
« Brûle, consume mes chairs, remplis-toi de mon sang comme d’une noire boisson. Les astres descendront sous la terre, et la terre s’élèvera à la place de l’air, avant que tu n’obtiennes de moi un seul mot de flatterie !. »
Philon d'Alexandrie admirait avec raison ce langage, fier jusqu’à l’héroïsme ; et il ajoutait : « Et ce héros si « ferme, ne le voit-on pas, bientôt après, mis en vente « sans qu’il paraisse esclave ? il frappe de surprise tous « ceux qui le voient; on sent, non seulement qu’il est « libre, mais qu’il sera le maître de celui qui l’achètera.