‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 196 sur 351 · Epist. ad Pison?s · texte numérisé non relu

Epist. ad Pison?s

..ita vertere seria ludo, Ne quicumque deus, quicumque adhibebitur heros,

Regali conspectus in auro nuper et ostro, “

Migret in obseuras humili sermone tabernas, Et plus loin :

Effutire leves indigna Tragædia versus,

Ut festis matrona moveri jussa diebus,

Intererit satyris paulum pudibunda protervis.

2. Alceste a 1163 vers dans l'édition Dindorf; la plupart des autres pièces d’Euripide en ont de 1300 à 1400.

En ce qui concerne la nature et la division des parties du drame satyrique, voici ce que nous apprend létude du Cyclope. Cette pièce est ainsi composée. — Un prologue de quarante vers, où Silène raconte comment il est tombé avec les satyres au pouvoir du Cyclope, qui les retient prisonniers et les emploie à son service; une parodos qui a été citée plus haut; elle accompague l'entrée des satyres. — Premier épisode de 274 vers; nous y voyons Ulysse et ses compagnons, à peine débarqués, acheter à Silèn: les fromages du Cyelope et s’entretenir avec les satyres. Au beau milieu du marché, le Gyclope revient. Silène épouvanté rejette tout sur Ulysse, qui, au contraire, plein de sang froid, explique franchement ses intentions et implore la pitié du sauvage; à son discours, celui-ci répond par les paro!es insolentes citées plus haut; puis il entre dans sa grotte et y fait entrer les Grecs, tandis que le chœur, resté seul, chante un chant libre qui peut être considéré comme une sorte de stasimon abrégé et simplifié. — Second épisode de 107 vers; Ulysse sort de la grotte, bouleversé, raconte comment le Cyclope vient de dévorer deux de ses compagnons,etrapidement prépare sa vengeanceen distribuant les rôles à ceux qui l'entourent; suit un second chant

libre, fort peu étendu, qui est, lui aussi, comme un sta-

simon, plus abrégé encore. — Troisième épisode de 110 vers ; au début, le Cyclope,ivre, échange un couplet avec le chœur, puis Ulysse le fait boire et boire encore; enfin le Cyclope entre dans la grotte pour dormir, suivi d’Ulysse, et le chœur chante son troisième stasimon (de 13 vers) tout à fait analogue aux précédents. Un quatrième et dernier épisode, de 85 vers, nous montre la lâcheté des satyres, qui reculent au moment d'agir, et par contraste le sang froid et la présence d'esprit d’U-

lysse, qui conduit tout résolument; la vengeance s’ac-

complit derrière la scène; le Cyclope ressort alors et il

est insulté par Ulysse et les satyres, qui s’éloignent ensemble pour s'embarquer.

Ce simple aperçu analylique montre immédiatement que le drame satyrique était, quant à sa structure, une sorte de tragédie, réduite et resserrée dans toutes ses parties. Le plan d'ensemble est le même et les membres se correspondent exactement. Nous y trouvons un prologue et quatre épisodes, c’est-à-dire une division générale en cinq parties; mais aucune de ces parties n’a l'étendue qu’elle aurait normalement dans une tragédie. L'élément lyrique est plus réduit encore que l’élément dramatique proprement dit. La parodos seule est développée, et, seule aussi, elle semble avoir été accompagnée de danses. Les chants qui servent de stasima sont tous extrèmement courts et ils n’ont pas la forme antistrophique. En fait de dialogue lyrique, une strophe seulement avec une double antistrophe (495-518), et en outreune demi-douzaine de vers libres mèêlés à l’action (656-662). D'ailleurs le drame satyrique n’a rien qui lui soit propre, comme la parabase l'est à la comédie, aucune partie qui ne se retrouve dans la tragédie. En tant qu’organisme, il ne s’est pas développé d'une manière indépendante. C’est là une confirmation indirecte de la conjecture qui a été émise plus haut à propos de son origine.

Les anciens, dans leurs renseignements épars, ne distinguent pas spécialement le chœur satyrique du chœur tragique, ce qui nous autorise à appliquer à lun ce qui est dit de l’autre !. On admet donc que le nombre des choreutes dans le drame satyrique était le même que dans la tragédie et qu’il passa de douze à quinze ?.

1. Pollux (IV, 109) expose en détail les divisions du chœur tragique et du chœur comique; s’il ne parle pas du chœur satyrique, . € so évidemment qu’il l’assimile au chœur tragique. . À. Müller, Griech. Buehnenalt. p. 204, note 2. Tzetzès (Didot, Hist, de la Litt. grecque. — T. III. À 24

Nous savons d’ailleurs que c'était un chœur carré ft. Quant aux acteurs, à en juger par le Cyclope, ils étaient au nombre de trois ?, et rien n'autorise la supposition arbitraire de ceux qui ont voulu réduire ce nombre à deux *.

Il est à peu près évident que les changements survenus peu à peu dans Part tragique ont dû avoir leur contre-coup dans Part satyrique. On peut donc admettre que, au temps de Pratinas et d'Eschyle, les drames étaient plus simples, et que, peu à peu, chez Sophocle et surtout chez Euripide, l’action s’est faite plus variée et plus complexe. L’analyse que nous venons de faire du Syleus d’après le témoignage de Philon donne assez bien l’idée du genre de péripéties qui convenaient à ce drame. D’autres se laissent deviner par la seule indication du sujet. Dans Busiris par exemple, on peut être à peu près certain qu'Héraclès, d’abord inconnu, se révélait brusquement, au moment où Busiris et ses sacrificateurs s’apprêtaient à l’immoler. Nous venonsde voir que le Cyclope se termine par un coup de théâtre analogue ; Ulysse, qui s’est fait appeler Personne antérieurement, jette fièrement son vrai nom au Cyclope, quand la vengeance est accomplie. Il y avait donc des reconnaissances dans les drames satyriques comme dans les tragédies, et il y en avait surtout chez Euripide.

Scholia gr. in Arisroph., p. XXIV, v. 109) dit expressément qu’il y avait seize choreutes dans le drame satyrique, mais il en attribue le même nombre à la tragédie, ce qui est contraire aux témoignages les plus sûrs.

4. Tzetzès, ibid., à propos des trois sortes de chœurs, tragique, satyrique et comique :

roÿtorc Ôi xotvdyv Tote TOIOÙ YOPOGTATRLS ÊV Tetpaywvé Th oTacet xaDeoTava. 2. Protagoniste, Ulysse ; deutéragoniste, Silène ; {rilagoniste, Cyclope.

3. À. Müller, Griech. Buehn., p. 173; Bernhardy, Griech. Lit., 2 par- HIeMIL; p.188,

Les reconnaissances supposent les malentendus, les avertissements méconnus, les oracles incompris; en somme, tout ce que nous rencontrons dans la tragédie proprement dite. Toutefois, le drame satyrique étant plus court, la préparation et les délais étaient forcément réduits. Il en était de même du développement des caractères. Les effets dramatiques avaient par suite quelque chose de plus brusque, les sentiments devaient être plus instantanés, le dialogue allait plus droit au but et la marche de l’action était plus rapide. Cette action excitait chez les spectateurs des émotions parfois voisines de celles de la tragédie. Ils s’intéressaient au héros, ils éprouvaient pour lui de Padmiration à certains moments, parfois une légère crainte et mêmeune sorte de pitié, sans que cette pitié ni cette crainte pussent jamais devenir profondes, soit parec qu’elles étaient sans cesse chassées par des spectacles ou des propos sa. iyriques, soit parce qu’on était sûr d’avance que les choses tourneraient à bien. En effet le dénouement ne pouvait être qu'heureux; on considérait cela comme un des caractères essentiels du genre ‘. C'était aussi son défaut. Un drame qui côtoie le pathétique, mais qui n’a pas le droit d'y entrer, qui doit amuser et auquelpourtant le ridicule franc est interdit, est une chose d’une nature hybride, dont la perfection même doit toujours avoir quelque chose d’imparfait. Il a fallu sans doute toute la finesse de l’esprit attique pour réussir en ce genre et pour en observer les convenances propres. Mais l’exemple d’A/ceste prouve que de bonne heure les plus remarquables poètes dramatiques ont eu conscience de ces inconvénients et qu’ils ont essayé de s’y soustraire par une altération du genre lui-même. Le langage du drame satyrique était en principe celui 1. Argument d’Alceste : To 35 Gpäua éoti ourupuuwrepov Ori els yaoàv al AÔOVNV XATATTPÉPEL.

de la tragédie. Horace, dans ses préceptes, ne veut pas qu’on y emploie seulement les mots de la langue commune, et sur ce point ses recommandations sont en accord évident avec l'usage dont témoignent la plupart des débris encore subsistants du théâtre satyrique !.

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