‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 209 sur 351 · Suidas, Pépuos · texte numérisé non relu

Suidas, Pépuos

2. Platon, Théélèle, p. 152 E : Kai roy rorntov ot dxpor ts rounoews Exatépac, xwmwÔac LÈv 'Etiyapuoc, Tpaywdtas de "Ounpos.

3, Aristote, Poétique, ©. 5 : To à pUbous moreiv ’Eriyapuos xat D6pue. Cf. Suidas, ’Exiyaouos ds edpe tv xwpwdlav èv EupaxoŸoats ua Pépue.

&. Poétique, ©. 5 : "Hôn dé cyapara viva aÙris Épouans 0 Xeyouevor QÛTHS TOLNTAL LVNLOVEUOVTEL,

décisive de l'influence qui püt être exercée en cela par la tragédie, tout nous porte à croire que les grands exemples qu’elle donnait alors ne furent pas étrangers à l’heureuse tentative des deux poètes siciliens.

Il est bien probable qu'avant eux la comédie populaire, sous sa forme naïve et spontanée, s’occupait plus de réalité contemporaine que de mythologie, Toutefois les dieux et Les héros n’étaient pas complètement à l’abri des moqueries qui s’adressaient surtout aux hommes. Le chant phallique mettait enscène Bacchus et son cortège. On y pouvait parler de ses aventures et de mille autres choses. Donc à côté des sujets empruntés à la vie commune, on en connaissait déjà d’autres, qui étaient mythologiques. Quand Épicharme essaya de transformer ces réjouissances bruyantes en représentations dignes d’un vrai théâtre, ces deux sortes de sujets s’offrirent à lui.1l ne dédaigna ni les uns ni les autres. D'après les titres de ses pièces, on peut rapporter au premier groupe le Paysan, les Rapines, le Second, l’'Espérance ou la Richesse, les Théores, Logos et Loginna, la Mégarienne, le Raffiné (Hectxos), les Perses, Pithon, les Marmites ; au second, c’est-à-dire au groupe mythologique, A/cyon, Amycos, les Bacchantes, Busiris, la Terre et la Mer, les Dionysos, les Noces d’Hébé, Héraclès insensé, le Cyclope, Héphestos ou le banquet, Ulysse transfuge, Pyrrha ou Prométhée, les Sirènes, Sciron, le Sphinx, les Troyens, Philoctète, Chiron ‘. La simple comparaison de ces deux listes semble dénoter une préférence du poète pour les sujets du second groupe; c'étaient cependant, selon toute apparence, ceux qui tenaient le moins de place dans les divertissements popu-

1. Nous connaissons par leur titre 29 pièces d’Épicharme, celles qui viennent d’être énumérées. On lui en attribuait 40, mais 4 passaient pour non authentiques (Bibl. Didot, Schol. græc in Arisloph.,

Proleg. III). Ses œuvres avaient été recueillies et divisées en dix tomes par l’Athénien Apollodore (Porph., Vie de Plotin, 24),

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laires d’où sortit la comédie. Cela doit nous confirmer dans l'opinion que la réforme dramatique d’Épicharme lui fut principalement suggérée par quelque chose d’étranger au genre comique lui-même; et ce quelque chose ne, peut être que la tragédie avec le drame satyrique. Il est très remarquable en effet que beaucoup de ces titres de comédies mythologiques se trouvent être aussi des titres de tragédies ou de drames satyriques. On peut dès lors soupconner avec une grande vraisemblance ce qui dut se passer. Ce furent les pièces athéniennes, qui, de loin ou de près, servirent de modèles à Épicharme, et ses premières comédies furent sans doute des drames satyriques sans satyres, avec un mélange de réalisme populaire qu’on ignorait encore à Athènes. Les légendes des dieux etdes héros lui offraient des actions dramatiques presque toutes faites; ce fut en les mettant à la scène qu’il apprit son métier et qu'il fit approuver au public ses innovations !. Celles-c1 s’appliquèrent ensuite tout naturellement aux sujets que suggérait la vie réelle.

Malheureusement nous n’avons ni une pièce entière d'Épicharme, ni même une analyse d’une de ses comédies, qui nous permette de dire au juste de quelles parties elles se composaient ni comment ces parties étaient liées entre elles. Deux ou trois fragments nous laissent soupçonner seulement que ses pièces, ou du moins quelques-unes d’entre elles, étaient précédées de prologues. Parfois le poète y mettait en scène un des personnages de la comédie, à peu près comme Euripide devait Ie faire

4. Quel était le public d’Épicharme? aucun témoignage ne nous l’apprend; mais il esten somme évident que des œuvres de ce mérite ne s’adressaient pas à des gens grossiers. À Syracuse, comme à Athènes, le peuple remplissait sans doute la plus grande partie du théâtre, mais c'était la classe moyenne, peut-être même l'élite de la société, qui donnait le ton à cette multitude, d’ailleurs très intelligente,

hhk CHAPITRE X. — ORIGINES DE LA COMÉDIE

plus tard dans la tragédie. À cette manière se rapporte un curieux fragment de son Ulysse transfuge, récemment retrouvé. Ulysse, semble-t-il, sortait du camp pour aller espionner les Troyens chez eux et il exposait ainsi aux spectateurs ce qu'il allait faire :

« Prêt à partir, je vais m’asseoir ici un instant et je dirai ce que je compte faire; les gens avisés me comprendront. Car certes, j'estime que mon souhait est tout à fait selon la nature et le bon sens, pour peu qu’on veuille voir ce qui est vrai. Puissé-je arriver là où l’on m’a commandé d’aller ! puissé-je ensuite réussir plutôt qu'honorer mon insuccès en mourant! Que je me tire de cette dangereuse entreprise et que j’obtienne une gloire divine en pénétrant dans la ville des Troyenst! Puis, qu’informé clairement de toutes choses, je revienne tout révéler aux divins Achéens et au cher fils d’Atrée, et que je sorte de là sain et sauf 1, »

D'autres fois, le poète parlait de lui-même et en son propre nom. On a vu plus haut deux vers, probablement empruntés à un prologue de cegenre,où ilopposait sa manière à celle de ses prédécesseurs, et notamment d’Aristoxène. Dans un autre morceau, qui consiste en cinq tétramètres trochaïques, Épicharme, pleinement conscient de la force et de la nouveauté de quelquesunes de ses pensées, déclare fièrement qu’on en conservera le souvenir et qu’un jour il se trouvera quelqu'un pour les dépouiller du mètre de la comédie et les revêtir de vêtements de pourpre ?. De tels morceaux

1. Ce fragment, retrouvé sur un papyrus égyptien, a été publié pour lä première fois par M. Gomperz en 1889, avec d’autres fragments divers provenant de la collection de papyrus de l’archiduc Régnier. M. Blass l'a commenté et corrigé dans les Jahrbücher fur classische Philologie, 1889, p. 257. Je traduis ici d’après le texte qu’il a établi. Le morceau est composé de dix tétramètres trochaïques.

2. Diogène Laërce, III, 17. Je ne vois aucune raison pour douter de l’authenticité de ces vers. Ce qui les rend suspects, c’est qu’on a voulu y voir une allusion à Platon s ’appropriant les doctrines d’Épicharme (voyez plus loin). Mais Épicharme a bien pu dire

établissent, d’une manière à peu près certaine, l’existence de prologues dans la comédie d’Épicharme. En revanche, nous ne savons même pas s’ilavait un chœur à sa disposition; et quant à ses plans, il n’en est pas un seul que Pon puisse essayer de restituer avec quelque certitude !, Ce que nous en savons de plus précis, c’est encore ce qu'Horace nous laisse entendre, quand il dit que Plaute rivalise avec Épicharme pour le mouvement et la rapidité,

Plautus ad exemplar siculi properare Epicharmr ?. Voisin encore de la comédie populaire, le grand poète de Mégare avait dù garder quelque chose de ses habitudes. Il est assez probable que chez lui Les scènes étaient courtes, l’intrigue simple et presque élémentaire, les péripéties peu nombreuses. Ses pièces allaient vite et droit au dénouement, comme les tragédies des contemporains. |

Était-ce d’ailleurs l'observation ou la fantaisie qui en faisait le principal mérite? Peut-être l’une et l’autre à la fois. Certains fragments des pièces mythologiques nous laissent entrevoir une imagination aussi variée qu'amusante. Les Noces d'Hébé contenaient la longue description d’une pêche miraculeuse de Poséidon et d’un banquet olympien. Le poète, pour l'écrire, avait dû évoquer én esprit l’image du marché de Syracuse, avec ses étals garnis de poissons et de coquillages, connus et inconnus, de crustacés étranges, de volailles et de gibier de toute sorte; et il avait tiré de là une sorte d’énumération pan-

cela dans un sens général, Ceux qui fabriquent après coup des allusions les font d’ordinaire plus précises.

4. Welcker a pensé que le sujet de l’Hépheslos d’Épicharme (comme du drame satyrique d’Achéos qui portait le même titre) devait être la légende racontée dans la fable 166 d’Hygin et dans le chap. 20 du 4e livre de Pausanias. C’est là une simple conjecture.

2, Horace, Épitres, IT, I, 58.

tagruélique, dont nous pouvons encore sentir en quelque mesure le mérite propre. L'effet résultait surtout de l’entassement même des noms, du parti-pris imperturbable qui semblait traiter sérieusement les choses les moins sérieuses, mais 1l tenait aussi à la justesse intéressante de la descriplion. Sans recherche de couleur, sans aucune intention d’imiter par la poésie les jeux de lumière et les mouvements, Épicharme y fait voir les choses, il donne l’idée de la profusion et de la variété. Au milieu de cet art descriptif, son esprit éclate à chaque instant en traits humoristiques. Point de grosse et large gaieté; une plaisanterie vive, rapide, un peu sèche et gouailleuse, faite de malice, d'à propos gamin, l’aliquid facete et commode dictum que Cicéron attribue aux Sicihens !. Écoutons-le énumérer ses coquillages : « Des pectens, des balanes, des murex, des huîtres obstinément fermées, — pour les ouvrir, on a de la peine; mais, pour les avaler, ça passe tout seul, — des moules, des buccins et des écuelles, des anariles, fort bonnes quand on les mange, mais bien pointues quand on s'y. pique. ? » Le défilé continue, et voici venir « les can-. cres et les oursins, — des êtres qui, vivant dans l’eau de mer, ne savent pas nager, et s’en vont à pied tout bounement ?; » après eux, les « astaques et les colydènes, et un animal qui a les pieds tout petits et les bras très longs, et qui se nomme le crabe # » ; puis encore « les sargines, les mélanures et les ténies qu’on aime tant, minces et savoureuses, qui se contentent d’un petit feu *. » À peine peut-on dire en tout cela si le poète plaisante ou s’il décrit; il voit les choses telles qu’elles

1. Verrines, IV, 43 : Nunquam tam male est Siculis quin aliquid fazete et commode dicant.

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