‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 21 sur 351 · PREMIERS POÈTES TRAGIQUES AAA · texte numérisé non relu

PREMIERS POÈTES TRAGIQUES AAA

simplement. » Comme ce fut, d’après lui, cette habitude nouvelle qui fit substituer l’iambe au tétramètre, on est en droit de penser qu’on se servait encore du tétramètre quand elle fut introduite.

On voit d’ailleurs que, bien avant cette dernière 1nnovation, la tragédie, dès le vit siècle, possédait assez de ressources propres pour atteindre à une remarquable puissance d’effet. Ainsi s’explique qu’elle ait alors pris possession de la faveur publique avec une force toujours croissante et qu'elle ait suscité des poètes de valeur, qui furent les prédécesseurs d’Eschyle.

Il est impossible aujourd’hui de faire la part exacte de chacun de ces poètes dans les progrès que nous venons d’esquisser. Il ne l’est pas moins d’apprécier exactement leur talent. Leurs œuvres ont péri. N’étant Jamais remises sur la scène à partir du temps d’Eschyle, elles furent oubliées dès le siècle suivant et disparurent alors presque toutes. D’une manière générale, nous devons nous représenter ces poètes comme des entrepreneurs de spectacles et des maitres de ballet. Ils excellaient autant à instruire un chœur, ou mêine à danser, qu’à composer des chants ou des dialogues !, Disons rapidement le peu qu'on sait de chacun d’eux.

Le sicyonien Épigène est cité quelquefois comme un devancier de Thespis. Mais aucune innovation précise ne lui étant attribuée, 1l est bien probable qu’il faut voir simplement en lui un de ces poètes lyriques doriens, qui, au commencement du vie siècle, adaptèrent

1. Athénée, I, p. 22: Daot dE «at Ott où &pyator nountai Déonts, IIpativac, Kpativos, Podviyos dpynstat Enalodvro d1ù To ph povoy Tù ÉauTüv

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le dithyrambe au culte des héros, et, par Là, préparèrent l'avénement de la tragédie. Ce que nous avons dit plus haut des chants tragiques de Sicyone en l'honneur d’Adraste s'applique à son œuvre. On comprend ainsi comment, d’après une tradition, les mots oùdiv toûs roy Atvucoy purent être prononcés pour la première fois à propos de ses poésies !.

C'était sans doute du nom d’Épigène et de quelques autres poètes du même genre que les Péloponnésiens s’autorisaient pourrevendiquer l’honneur d’avoir donné naissance à la tragédie *. En un certain sens, cet honneur paraît bien leur avoir appartenu en effet. Mais cette tragédie péloponnésienne se distinguait à peine du dithyrambe. Ce fut en Attique qu’elle devint vraiment une chose nouvelle.

Les traditions athéniennes personnifiaient en Thespis l'invention de la tragédie. En fait, les témoignages qui se rapportent à lui nous font entrevoir plutôt toute une série d’essais, tentés peut-être par plusieurs poètes à la fois; 1l fut le plus hardi et le plus heureux, il eut l'instinct le plus sûr de ce qui était bon, et ce fut lui qui marqua la voie. L’apogée de sa vie littéraire doit être placé vers l'an 535 avant notre ère, date pro-

1. Suidas, v. Oeéomis : Toayrxds ÉxuardÉxATOS amd ToŸ TpwTOU yEvouLÉvOU Tpaywôtomotoù ’Enuyévous ToŸ Erxvwviou ribégevos * ws dE vives, GeUrepos per ’Ernryévnv. Nous ne savons pas à quelles listes de fantaisie se réfère ici le lexicographe. Cela importe peu. Il est clair que plu sieurs contemporains d’Épigène ont dù faire ce qu’il a fait. On aurait pu constituer ainsi tout un catalogue d’obscurs chorodidascales de Sicyone et des villes voisines. — Zenob. V, 40: Tic yap notoeuws êx DÜvpauGou Tv narTapyhv ElAnpuias ai Tàa mpds Atbvuoov &vhxovra npayuatevomévnc, Enryévnc 6 Eixvwvioc o0y oÙtw norouc fxovoe robtov Tov Àoyoy * ovdÈv mpdc Tov Azvuoov. — Mentionnons, à titre de simple curiosité, le fabuleux Thémis, signalé par Malalas (Chronogr. V, 60, p. 142, éd. de Bonn) comme ayant le premier donné des drames après la prise de Troie. Thémis n’est-il pas là pour Thespis ? simple distraction de l’auteur ou du copiste.

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