‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 22 sur 351 · THESPIS · texte numérisé non relu

THESPIS

bable de l'institution des concours tragiques officiels à Athènes !. Si l’on songe, d’ailleurs, que l'établissement de ces concours implique tout un développement antérieur du genre nouveau, il paraît naturel d’admettre que Thespis put commencer à se faire connaître vingtcinq ou trente ans plus tôt, vers 560 environ, c'est-àdire au temps de la vieillesse de Solon. Le témoignage de Plutarque qui les met en rapport l’un avec l’autre confirme ce calcul ?.

Durant ce laps de temps, il est évident que Thespis, esprit inventif et créateur, ne manqua pas de perfectionner sans cesse son art. Né à Icaria, au nord du Pentélique, à peu de distance de Marathon ?, il fut un des premiers à introduire dans les spectacles dionysiaques des

dèmes voisins les innovations péloponnésiennes, c’està-dire les récits des aventures des héros. Un passage bien connu de l'Art poétique d'Horace nous le représente promenant de bourg en bourg ses tragédies sur un chariot;, il ajoute qu’on les jouait, le visage barbouillé de lie . Ce qu’il peut y avoir de vrai dans cette tradition, évidemment fort confuse, c’est que Thespis à ses débuts se produisit surtout dans des fêtes de village ; il y régnait une liberté qui permettait au poète de se soustraire plus hardiment aux usages recus. Bientôt, pourtant, le succès

1. Suidas, Oéon:s, dit qu’il fit jouer des pièces (éd/daëe) dans la soixante-et-unième Olympiade (536-533). Nous prenons 535 comme date moyenne. Cf. : Chronique de Paros, ép. 43, et Clinton, Fasti hellenici, anno 535.

2. Plutarque, Solon, 29. Sur les relations de Thespis avec Pisistrate, rien de bien certain. Donaldson, Theatre of the Greeks, p. 69, fait de lui «un agent du tyran ». Cela est par trop conjectural. Pisistrate protégeait les lettres, les spectacles, tout ce qui occupait êt charmait le peuple. Il dut voir d’un bon œil le succès de la tragédie naissante. N’allons pas au delà.

3. C’est aujourd’hui Dionysos. Sur la situation topographique de ce dème, établie par des recherches récentes, voir un extrait d’une

lettre de M. Bikélas, Revue des Études grecques, I, n° 1, p. 125. 4. Horace, Art poétique, 215-177.

4k CHAPITRE II. — ORIGINES DE LA TRAGÉDIE

l'enhardit. Sortie d’Icaria, sa tragédie se fitrecevoir dans Athènes. Elle inquiéta d’abord les vieux Athéniens !. Ce qui les troublait, c'était cette fiction hardie qui mettait sous les yeux du publicles personnages légendaires euxmêmes, comme s'ils étaient vivants. Il leur semblait qu'on n’avait pas le droit de disposer ainsi des héros ; ils ne voulaient pas qu’on leur fit dire ce que peut-être ils n'auraient pas dit. Il y avait là une sorte de mensonge qui offensait ces esprits honnêtes et simples. Mais le peuple était charmé et ses chefs trouvaient bon qu’il le fût. Le succès fut tel que, à chacune des grandes fêtes dionysiaques, plusieurs poètes à la foisse présentèrent avec des tragédies pour se disputer la faveur du publie ?. Concours d’abord privé, qui ne tarda pas à devenir officiel.

On a fait honneur à Thespis de presque toutes les inventions capitales quiont constitué l’art tragique et de quelques autres moins importantes. C’est lui qui aurait, le premier, ajouté au chant du chœur un prol/oqueetdes récits * ; lui encore, — et ceci au fond revient au même, — qui aurait institué le rôle de l'acteur en face de celui du chœur {; enfin c’est lui qui aurait créé la mise en scène, par l'introduction du masque *. Vraisemblables d’une manière générale, ces assertions ont peut-être le tort de ne pas tenir assez de compte de ce qui avait pu être fait déjà avant Thespis, et surtout de ce qui se fit

4. Plutarque, Solon, 29. Diogène Laerce (I, 60) va plus loin : Kai Oéonty éxwvoe Tpaywdlos adeiv al DLDdonev, We &VwpEAR Tv Yevdolo- Yiav.

2. Platon, Minos, 16 : "Ecr: dè ts mornosws ONLOTEPTEGTATOV TE Ka Yuyaywyiwrarov à Toaywôla. Cette vertu propre de la tragédie, qui tient à sa nature même, dut se faire sentir dès le début. Le peuple aime le pathétique.

.3. Themistios, Orat. 26, p. 382 Dindorf : To piv rpwrov 6 yopèc eictwv nÔev ets rodc Beodc, Oéonrc dÈ mpôhoyov ral Prioiv ÉÉedpev.

&. Diog. Laerce, III, 56.

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