‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 212 sur 351 · Id · texte numérisé non relu

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5, Id., 255. 6. Id., 256.

de petits groupes de vers, où éclate tout à coup une pensée élevée ou simplement piquante. Il disait, à propos de la mort d’un homme : « Son être qui était composé s'est décomposé: il est reparti vers l'endroit d’où il était parti, la terre retournant à la terre, le souffle vers les hauteurs. Quel sujet de plainte en cela? Je n’en vois aucun !. » Et à propos du mariage : « Se marier, c’est à peu près la même chose que jeter trois fois les dés au hasard en demandant six ou trois (?). Si tu trouves une jeune fille. de bonnes mœurs, sans défaut grave, tu seras heureux en ménage; mais si tu en rencontres une qui aime à sorlir, à bavarder, à dépenser, tu auras pour toute ta vie, en guise de femme, une élégante calamité ?». |

D’autres passages plus étendus nous font assister à de véritables discussions philosophiques. L'influence de la dialectique naissante y est sensible. Épicharme voulait évidemment donner à son public Le régal de ces argumentations subtiles et pleines de surprises qu’on inventait alors dans l’école et qui enchantaient déjà presque tous les Grecs, nés discuteurs. D’ailleurs, comme Socrate devait le faire un peu plus tard, il savait, par des exemples familiers, leur donner une forme populaire. Un personnage, peut-être Ulysse, s’exprimait ainsi dans une de ses pièces :

« Eumée, la sagesse n’est pas le privilège de quelques-uns:

2. Id., 280. — Le mérite des sentences d’Épicharme était universellement reconnu dans l’antiquité. Tout le monde lui faisait des emprunts. Jamblique, Vie de Pythag. 166 : OÙ re Yvwuoñoyñoat tv xatà Toy Biov Boudouevor Taç En:yapuou Üiavoius npopépovrat 4 oyeddv navres abrac of priécopor xaréyouorv. Cf. Didot, Schol. græca in Aristoph. Prol. LIT : +5 è roro yvwu:xés. C’est aussi pour la finesse précise de son esprit que Cicéron le loue, dans un passage deses Tusculanes (I, 8) : Sed tu mihi videris Epicharmi, acuti nec insulsi hominis, ut Siculi, sententiam sequi.

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tout ce qui vit est doué de raison. Dans la race des coqs, que font les femelles ? Sois-y attentif, et tu verras qu'elles ne mettent pas au monde leurs petits tout vivants ; elles couvent leurs œufs, et ainsi leur donnent la vie. Ce qu'est cette sagesse, la nature seule le sait ; car c’est elle-même qui s’instruit spontanément !. »

Voici, dans d’autres morceaux, la méthode interrogative, l'échange des objections et des réponses. Un personnage, qui fait le maitre, démontre à un disciple quelconque que tout change sans cesse, sauf les dieux ; les mots de commencement et de fin n’ont point de sens : il n’y a que l’être éternel, toujours changeant : ce sont les idées d'Héraclite, traduites en un langage aisé à comprendre.

«A. Les dieux ont toujours été : il n’y a pas eu de temps où ils ne fussent pas. Ce que nous voyons esttoujours semblable, à travers la série des formes qui se répètent. — B. Mais on dit pourtant que le chaos fut le premier des dieux par l’ordre de la naissance. — A. Et comment cela se pourrait-il ? D'où tirerait son existence un être qui serait venu le premier ? Non, point de chose qu’on puisse appeler première, non plus que seconde, de toutes celles dont nous parlons. La vérité, la voici. Prends un nombre quelconque, pair ou impair, et ajoute à ce nombre une unité, ou encore répète-le deux fois ; pensestu qu’il sera encore ce qu'il était? — B. Non certes. — A. Et de même, si à une longueur d’une coudée, il te plaît d’ajouter une autre longueur, ou au contraire d’y retrancher quelque chose, la première longueur n’existera plus. — B. En effet. — À. Eh bien, applique ce principe aux hommes : l’un grandit, l’autre décroit; chez tous, le changement est incessant. Or ce qui change naturellement et ne reste jamais dans le même état est autre dans sa forme actuelle que dans celle qui a disparu. Et pareillement, toi et moi, nous étions autreshier, nous sommes autres aujourd’hui, autres encore demain, et jamais les mêmes, selon notre raisonnement 2. »

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