‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 213 sur 351 · Diog. Laërce, III · texte numérisé non relu

Diog. Laërce, III

Li LE

Le fragment qui suit est plus dialectique encore. On y sent le procédé éléatique des distinctions subtiles, qui semblent d’abord naïves, quand elles se prennent aux choses communes, mais d’où se dégagent peu à peu des définitions abstraites. Il Y manque une prémisse qu’on peut rétablir ainsi : « A. Agir n’est-il pas le propre de l'homme? — B. En effet. » Ceci posé, la discussion continué ainsi

« À. L’aulétique, n’est-ce pas une action ? — B. Sans aucun doute. — A. Donc l’aulétique est un homme. — B. Oh, pour cela, je le nie. — A. Eh bien, voyons: et l’aulète? Qu’est-il selon toi? N'est-ce pas un homme, lui ? — B. Assurément. — A. En ce cas, ne crois-tu pas qu’il y a là une distinction applicable au bien? Le bien est un certain type d’action qui existe par soi-même. Qu'un homme en soit instruit et le connaisse, celui-là devient bon. Il en est de lui comme de l’aulète qui devient tel quand il à appris l’aulétique, du danseur quand il sait danser, du vannier quand il sait tresser, et en général, de tous ceux qui pratiquent telle profession de ce genre que tu voudras ; l’homme n’est point l’art, mais c’est un homme de l’art 1. »

La finesse ingénieuse de l’esprit, le goût du raisonnement, l’agilité de l'argumentation, voilà donc dès qualités qui étaient aussi manifestes chez Épicharme que la malice facétieuse et observation. Il aimait à faire discuter ses personnages entre eux, et, comprenant tout, il les laissait dans leurs entretiens toucher à tout. Cela n’empêchait pas que ses comédies ne fussent en somme de vraies et simples comédies; mais on y apercevait cà et là comme des dessous et des lointains de philosophie contemporaine, qui faisaient dire que le poète élait luimême philosophe.

À peine pouvons-nous aujourd’hui parler de la versification d'Épicharme. Dans les fragments que nous pos-

Page 1