LE MIME
Il cut pour principaux représentants Sophron et Xénarque.
Le premier semble avoir été un homme d’un talent indiscutable !.Né à Syracuse, ildut y vivre au milieu du peuple, en fia observateur, tout en étant lui-même au-dessus de ceux qu’il observait. D'après Suidas, il fut contemporain d'Euripide ?. Ses pièces, intitulées mimes, se divisaient en deux groupes, les mimes d'hommes (uipot ävSoeiot) et les mimes de femmes (pigor yuvaweiot), ainsi distingués d’après les personnages qui y figuraient. Il n'y avait guère d'action à proprement parler dans ces petites pièces; chacune d’elles se réduisait probablement à quelques scènes entre deux personnages,toujours les mèmes. Rien ne peut nous en donner une idée plus vive ni plus juste que les Syracusaines de Théocrite, cetamusant dialogue qui est expressément désigné par un scoliaste comme imité d'un mime de Sophron. Point de situations dramatiques, mais de simples prétextes, une visite, une rencontre, une emplette, une fête, une bousculade, n'importe quoi. Et, là-dessus, un entretien vif, sans cesse changeant, où chaque mot était un trait de mœurs. Cela semblait fait avec rien, et ce rien était pourtant substantiel et charmant. Quelques titres des œuvres de Sophron nous ont été conservés; 1l y en a de peu intelligibles; mais d’autres ont leur valeur, tels que ceux-c1 : le Pécheur de thons, les Vieillards, le Péêcheur et le Paysan, les Ravaudeuses, les Pécheurs, les Femmes qui attirent la lune, les Sorcières, les Femmes aux fétes de l'Isthme, les Femmes à table. Toutes ces pièces élaient
1. La notice de Suidas est notre unique source biographique, et elle se réduit à presque rien. Suidas distingue deux Sophron, ce qui paraît étre une simple bévue de sa part.
2, Suidas dit « contemporain de Xerxès et d’Euripide. » Il est probable que le premier de ces deux noms rappelle simplement que Sophron naquit, comme Euripide, au temps de la seconde guerre médique, vers 480.
en prose, ce qui permeltait à l’auteur d'imiter de plus près la réalité; mais cette prose rappelait la poésie par un habile emploi de rythmes variés, qui s’y trouvaient rapprochés sans règle fixe ‘. Le langage dont il usait était le dorien populaire ; nous en pouvons juger encore par une centaine de fragments, malheureusement très courts. Diogène Laerce rapporte que Platon se délectait à lire Sophron, qu'il l’introduisit à Athènes et qu'il l’a imité dans ses dialogues ?. Il n’y a rien là qui doive nous étonner, malgré la différence des genres. La gräce alerte et spirituelle du Syracusain devait être pleine de charme et de suggestion pour le maitre du dialogue attique. Et ce goût du philosophe nous indique bien en quel sens l’œuvre de Sophron était populaire: il représentait le peuple dans ses pièces, mais il est plus que douteux qu’il écrivit pour lui. Cette fine peinture de ses mœurs et cette spirituelle imitation de son langage ne pouvaient être bien goûtées que par la bonne société de Syracuse.
Après Sophron, le même genre fut cultivé avec moins d'éclat par son fils Xénarque *, dont nous ne savons à peu près rien. Le mime demandait une main singulièrement habile et légère. Médiocrement traité, 11 était exposé à dovenir ou grossier ou insipide. D’ailleurs la
1. Le passage d’Aristote (Poétique, c. 1) est fort obscur. Suidas (Zwppwv) dit expressément que ses mimes étaient en prose : Eioi DE xaTaloyadnv dtauléentw Awpi3:. Mais le scoliaste de Grégoire de Nazianze (Chant d'exhortation à une vierge, éd. Bill) s’explique ainsi : Ev roûtw rov Eupaxobarov pimeïtar ‘ oÙtos yap môvos Tounrov ÉUOÜmEc Te xal xwhot Éypnoato mountixns dvakoyiacs xatappovnouc. M. Christ (Anthologia carminum chrislianorum, Prolegom., p. XIV) a expliqué cette scolie. II admet que Sophron se servait de membres rythmiques, mais qu’il les assemblait à sa fantaisie, sans tenir compte des lois ordinaires et des règles d’affinité (mountuxnc avahoyias xatappoynoac). De là résultait quelque chose d’intermédiaire entre la prose et la poésie.
2. Diogène Laërce, III, 18. Cf. Suidas, Zwppwv. 3. Aristote, Poélique, c. 1. Suidas, 8. v. ‘Pryivou toùc dechos.